LES MEYUR ET LES HAÏR
trois nymphes qu'invoquaient les femmes Scandinaves enceintes , pour obtenir une heureuse délivrance (1) ; et les Ma*r, c’est-à-dire les Mère» , étaient , pour tes femmes de la même nation , des divinités identiques (2). C’est probablement par suite d’un vice de prononciation , que les mots meyiar et mai'rse sont tellement confondus, qu’on a fini par les prendre l’un pour l’autre ; à moins que nous ne revenions franchement à l'antique prophétie répandue chez tous les peuples du globe , sur la mission de la Yierge-mère , mission qui marie deux titres très-étonnés de se voir de si près ! De Maïr, on peut aisément faire le nom de Marie , en y ajoutant un e muet.
Les sybilles chaldéenne et persique avaient jeté aux générations futures ces paroles recueillies par Lactance (3) : « Voilà que tu fouleras aux pieds le serpent (4) , et que , du sein d’une vierge , sortira le salut des nations: »
origine sua , quam fcmina. — Mty , virgo, puella ; in pl. meyiar. Est autcm mey apocopatura cx antiquo meig ( Meya , quasi meygim). Note de M. Henri Schreiber, p. 55 de son mémoire intitulé : Die Feeni in Europa.
(1) Keisicr. Anliq. eeptenl.
(2) Ibid. , p. 394 , 497.
(3) Eeci Iteelia conculcaberù , et dignetur Domintu in orbe terrarum ; et gremiam virginii erit talut gentium , et inviiibile verbam palpabitar. Lactance. De falta religione.
(4) Figurez-vous une madone debout sur un globe et écrasant le serpent qui en fait le tour ; c'est ainsi que l’on représente la Vierge Immaculée sur nos autels.
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Celte prédiction est répétée par Isaïe , plus fidèle encore à la tradition antédiluvienne (1) : « Voilà que la Vierge concevra , qu’elle enfantera un fils , et que le nom de ce fils sera : Dieu avec nout. »
En passant de bouche en bouche , de pays en pays, l’idée de cette vierge s’est singulièrement altérée chez les générations qui se sont éloignées du berceau commun , et qui n’ont plus si bien nourri leur mémoire de révélations primordiales.
Les Grecs rapportaient l’origine des Scythes à une vierge céleste , moitié femme , moitié serpent , sans doute , parce que ce grand reptile figurait sous les pieds de la femme dans les prédictions chaldéenne et persique , ou que la Vierge des constellations a , du côté de ses pieds , une hydre immense. Si telle était réellement la croyance des Scythes , nos pères , qui ont inondé le nord de l’Europe de leurs invasions , il n’est pas étonnant que le culte de la femme s’y trouve généralement répandu , et qu’on y voie presque partout la virginité en contact avec la maternité.
Les Druides qui finirent, en subissant l’influence romaine , par représenter au physique les êtres divins qu’ils n’adoraient qu’en esprit , et par confier à l’écriture une de leurs pensées les plus secrètes : Virgini pariiurœ : tt A la Vierge qui doit enfanter, » avaient donc , de longue main , connaissance du
(I) Ecce Virgn eonripiet rt parift /ilium, ft vnrnbitur nomen eju$ Emmanufl.
LES MEYIAR ET LES MAÏR.
mystère de l’incarnation ; mais ils ne l’ont manifesté que sur la ün de leur règne , ayant souffert jusque là que la Vierge reçàt des hommages sous des noms variés et avec des attributions diverses.
Nous verrons que la Séquanie a surtout connu le culte de la femme , seule , mais sous des titres différents ; la preuve nous en est acquise par toutes nos croyances populaires qui ne roulent généralement que sur la Dame-Verte , la Dame-Blanche, ou seulement la Dame. On s’y entretient plus rarement de plusieurs dames à la fois, si ce n’est dans les lieux ou les Muses , les compagnes de Diane ou les Druidesses ont laissé le souvenir d’un nombre plus ou moins grand.
Les contrées circonvoisines doivent sans doute aux Kymris , venus du Nord , la connaissance des trois déesses Maires , considérées comme vierges par les Scandinaves et par d’autres peuples septentrionaux .
Telles étaient les Valkyries , qui n’étaient pas toutes au ciel , car il y en avait de terrestres : les trois jeunes fdles, que le forgeron Viéland rencontra avec ces deux frères , étaient aussi des Valkyries. Les trois Nornes , qu’on regarde comme les trois Parques des régions boréales, étaient trois sœurs assises au pied du frêne Yggdrasil, l’arbre du temps. En Finlande , quand un enfant vient au monde , on invoque la Junxakka , la jeune Vierge , qui prend soin de lui , (jui veille sur lui pendant le sommeil
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de sa mère , et qui plus tard guidera ses pas pour le préserver d’une chûte (l).
Les Septentrionaux , en conséquence , appelaient Meyiar ces déités (2); et elles furent considérées comme mères par les Celtes , chez qui maire avait ce dernier sens. (3).
Les Mayr étaient , chez les Germains , des divinités qui présidaient aux accouchements (4).
Enhn , deux mots de la langue celtique , maid , vierge , et moid , femme , ont pu contribuer, parmi les gens du peuple, à l’équivoque et à la confusion. En réalité , la distinction entre une femme et une fille n’est guère plus facile : qu’est-ce qui ressemble plus à une vierge qu’une personne du même sexe , qui n’a plus sa virginité ?
Dans les campagnes, les Deæ Mairœ présidaient à la fertilité de la terre et à la conservation des fruits ; dans les cités , elles étaient les protectrices des marchés , où elles faisaient régner l’abondance.
Allons en visiter des monuments , et nous assurer de leur culte par des inscriptions.
,IJ .Vav. Marinier. .Soiieenir» de vnij.
(2) Baxter, liéjà cité.
13) Riillet. /)iet. reltûiue. — En annéiiieii , mair sigiiille mère é({alemenl.
(4) Dict. abrège det mgthol.