CONJURATION
« Qu'est- ce donc que tout cela':* leur cria-t-il. Allons, qu’on se taise, ou l’on verra beau jeu! vous aurez affaire à moi. » En même temps, ayant détaché une de ses chaussures, il la lance en l’air... et elle ne retomba point sur terre, car elle fut emportée.
— Par qui? demandai-je à l’excellente villageoise.
— Par qui? par qui? je n’en sais rien, moi. C’est par ceux qui faisaient tout ce tapage là-haut. Est-ce que l’on m’a dit leurs noms ?
• — Je serais curieux de savoir ce qu’ils ont pu faire d’un des souliers de M. le curé. S’ils en avaient attrapé une paire entière, à la bonne heure!
— Mais tout leur est bon, monsieur.
— Et la tempête que devint-elle ?
— Elle fut apaisée sur le champ.
— Et, à coup sûr, à peu de frais ?
L’Allemagne n’est pas étrangère à des idées de cet ordre : Grimm nous en fournirait au besoin la preuve, dans sa tradition relative au gant de Sophie (1). La scène se passait dans la Hesse, au palais de Henri, margrave de Misnie, qu’elle pressait de lui rendre les états de Thuringe. Quand elle se vit définitivement évincée, elle s’écria : « O toi, l’ennemi de toute justice , prince des ténèbres , je t’invoque ; tiens, prends mon gant et tous les
(1) Trad. !. ii. p. 'il fi TraH. Diitheil.
UES ESPRITS DE l’aIR. 3.^
conseillers avec. » La princesse jeta ce gant en l’air, et personne ne le revit. On dit de plus que, par la suite, aucun des conseillers de Henri ne mourut de sa bonne mort.
Que l’esprit malin et galant qui se trouvait là fort à propos au-dessus de la tête de Sophie pour entendre son imprécation et pour recueillir son gage, se soit emparé successivement de ces âmes si dignes de l’enfer qui avaient trempé dans l’injustice et l’oppression, je conçois de tels enlèvements ; mais qu’il n'ait pas rendu le gant qu’on lui avait jeté, c’est ce que je trouve au moins fort extraordinaire. Ce champion-là n’avait pas relevé le gant de la belle dame en galant chevalier.