LES FÉES CHRÉTIENNES
entrepreneur de travaux publics , pour creuser près de là le bassin d’un lac ; que le Diable , amoureux d’une aussi belle âme , se mit bien vite à la besogne , et qu’il s’acquitta largement de ses obligations , comme on peut le connaître encore aujourd’hui par un monticule de terre qu’il forma sur le bord du bassin. Au moment où il allait saisir sa proie , elle le marqua fort adroitement d’un signe de croix sur le front , ce qui le fit fuir à tout jamais.
Cette fée , si toutefois elle mérite ce titre , par un acte de religion qui nous surprend dans une créature du panthéisme , n’est pas la seule de sa race qui se soit faite chrétienne.
De telles particularités nous renseignent sur une époque de transition du culte des Galls au nouveau culte romain. Elles nous portent à considérer la Dame de Foncine-le-Bas comme une druidesse ou comme un oracle attaché d’abord au culte de la source , puis converti au christianisme , à l'époque où l’Evangile prévalut au fond de nos montagnes , dernier refuge des druides. Dans cette supposition , qui ne semble pas dénuée de toute vraisemblance , il est permis de reconnaître , près du petit lac de la Grange à la Dame , le séjour d’une de ces prêtresses gauloises qu’on appelait Sénés parce qu'elles vivaient saintement ou qu’on les croyait saintes.