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CHAPITRE XXXVll

tmaMiMiil* féM du aud de l'AfiitlHerrc étaieot lésera et badina ; leur reaaeutîmetit n alUil qu'à pincer et à égratigner iea objetade leur mèconteniment ; le goAt particulier qu’ellea avaient pour la propreté récompenMit lea bounea nénagèrea en plaçant une pièce d'argent dana leur aoulier.

Walt» Scott.

Oal dana 1a protondeur de cea aombrea valléea . U'un daia religieux par lea chénea vniléea ,

Qu'en cea antrea aacrèa habitaient aotrefoia Lea déeaaea dea monta, dea rochera et dea boi» :

La bientaiaante fée et la nymphe légère H'y montrèrent aouvent au aanvage Ganloia.

I Miaao!«. Poème dea Relvétiena).

Dans son poème des Helvétiens , Masson avait sans doute en vue /a Cave aux fées de Romain- Moutier; la Baume des fées de Valorbe et de Mont- Cherrand , dont nous avons dit l’histoire ailleurs ; la Grotte aux fées de Roche-Jean ; celle de Twann sur le lac de Bienne , et la Côte des fées des Verrièresde-Joux, lorsqu’il commençait son V® chant par les vers que nous venons de prendre pour épigraphe.

Arrivé au Temple des fées , à quelque distance du fort de Jonx , vous frémissez à la vue du précipice qu'il domine; mais vous trouvez un tableau qui déroule devant vous tout le grandiose d’une nature alpestre, car vous voilà , pour ainsi dire , tête à tête avec l’aride Chasserale, élevée de 3,62â pieds au-dessus du niveau du lac de Neufchâtel. A 1,500 pieds au-dessous de vous, murmure la source de la Reusse qui ne s’apaise qu’en s’éloignant dans le Val-Travers , fameux par la victoire de Raimond de Saint-Sulpice sur un épouvantable dragon. On n'entre dans le sanctuaire souterrain que comme le pieux Gall pénétrait dans un bois sacré, comme le Chinois entre dans sa pagode , en rampant sur le ventre, tant le cintre du portail de cette basilique est surbaissé. Et il faut convenir, après en avoir visité la tortueuse nef, trop vantée par des voyageurs qui ne l’avaient peut-être jamais vue, que ce palais est peu digne de la majesté des Génies. Les diamants n’y scintillent pas dans la stalactite; et, d’ailleurs, tout l’enchantement de cette demeure s’évanouit au magique aspect de la vallée, quand, arrivé au fond de la ténébreuse caverne, vous atteignez une fenêtre naturelle qui s’ouvre inopinément devant vous.

La vallée de l’Orbe ne le cède pourtant pas en pittoresque à celle de la Reusse ; et la mythologie celtique n’y a pas laissé moins de souvenirs. C’est là qu’une rivière qui avait disparu dans un goufire

à l’extrémité du lac de Joux (i ) , renaît tout entière au pied d’une roche escarpée d’environ tOÜ mètres, entre la dent de Vôlion et le Mont^de-Cire , deux aspérités de la chaîne jurassique, dont l’une présente aux nues un front chauve et ridé , et dont l’autre , plus humble que le Mont-d’Or , se couvre de l’ombre de ses sapins et de ses hêtres jusqu’à sa plus haute aiguille. Longtemps cette rivière, autrefois si belle à contempler à sa naissance , a jailli vive et blanche d’écume de la Baume des Fées de Valorbe ; mais quelque bouleversement intérieur de la montagne ayant obstrué les canaux souterrains par lesquels l’Orbe y arrivait , elle sourde maintenant à cent pas au-dessous , d’une manière moins pompeuse , parmi des blocs de pierre noirs et moussus. Derrière ces blocs, nos champêtres divinités avaient leurs bains et leurs boudoirs. Un peu au-dessous de ces magnifiques cascatelles , l’Orbe met en mouvement les usines de La* derrain , qui ont joué un rôle dans la féerie de la vallée. Plus bas encore , elle fertilise les prés du hameau de Lara, où je voyais, au mois de juin, de jeunes Vaudoises , vêtues de gris et coiffées de noir, composer des bouquets de narcisses odorants, et mêler aux blanches corolles de ces fleurs les cornets bleus de l’ancolie. Oh! s’il n’y a pas un peu

(1) La l<Trc monasli(|Uc de Saint-Claude Vétendaif ju^sqii’à l>n droit où l'Orlie i« foveam iniral

FÉES DU MONT-JURA. iOl

de poésie dans ce séjour de Péristères, il n’en faut pas chercher ailleurs dans ces défilés du Jura.

Les grottes de Valorbe que fonne une spacieuse caverne à deux étages , ne ressemblent pas mal à l’intérieur d’un édifice gothique , niais dans le délabrement où se trouve un château qu’auraient depuis longtemps déserté ses maîtres. C'était jadis la résidence respectée, inviolable, de grandes et belles dames, dont la douce influence se fait sentir encore dans la contrée. Pour ceux qui, par hasard , auraient vu une de ces créatures du bon Dieu , debout , dans une des niches du rocher , avec sa blonde chevelure tombant comme un manteau d’or sur sa robe blanche et flottante , elle aurait paru être une do ces vierges d’albâtre , que la piété de nos pères érigeait dans les cathédrales du moyen âge. Ces charmantes personnes étaient bonnes musiciennes; elles faisaient quelquefois sortir de leur buffet d’orgues en stalactites des sons si mélodieux qu’il n’y avait rien de comparable à leur talent que l’harmonieux éclat de leur voix , car on se souvient encore de les avoir entendues chanter au bord des eaux et dans les précipices les plus inaccessibles.

Parfois elles daignaient se laisser apercevoir de fort loin. On assure que, le dimanche des Rameaux, celle de ces fées qui remplissait l’emploi de pastourelle sortait avec une chèvre, qu’elle conduisait en laisse. Si cet animal était blanc , c’était

l'annonce d’une année fertile ; s’il était noir, c’éUil le pronostic d'une mauvaise récolte.

Dans les tièdes nuits de l’été, on a vu les chastes fées venir, sous la sauve-garde de deux loups, se plonger dans les flots diaphanes de la source. Comme ces êtres délicats étaient accessibles à la chaleur, ils l'étaient également aux rigueurs de l’hiver. Le souffle de la bise les obligeait de s’approcher du feu : lorsque les forgerons de Laderrain s’étaient retirés pour passer la nuit chez eux, elles entraient secrètement dans leurs ateliers, et elles profltaient des derniers degrés de chaleur des fourneaux. Un coq, Adèle à les suivre partout, les avertissait, une heure à l’avance, de l’approche de ces bruyants mortels , et elles regagnaient aussitôt leur palais souterrain.

Partout où la nature , d’une main à la fois gracieuse et sublime , a pris plaisir à dessiner des sites, elle semble avoir aussi préparé d’agrestes séjours pour ces intelligences. Elles s’y plaisent en effet. Le colon des XT et XII® siècles , qui avait sans doute été bercé par les fées de l’Helvétie , fut suivi par elles dans les forêts du Jura , et il leur trouva des logements.

Sur les possessions monastiques de Mont-Benoit, près de Ville-du-Pont (1) et d’une cascade peu élevée, mais qui est d’un effet très-pittoresque, cpiand

(t) Ann. du d^. du Fkiub» pour . par M. liAiimu.

KÉEs nr MOîiT-JîiR\. 403

les eaux abondent , on aperçoit dans un rocher des bords du Doubs la porte cintrée d’une caverne. Cette caverne mérite une attention particulière de la part du voyageur , surtout lorsque l’air frais de la rivière et du bocage lui ouvre l’appétit de trop bonne heure ; car c’est Kà que , si l’on se fie à la tradition des montagnards de la contrée , les fée» Irienfaisanle* viennent, comme à leur four banal , faire cuire leurs gâteaux.

J’ai vu à Sassenage , près de Grenoble , le four de la fée, et j’y ai entendu faire le même conte.

Nous sommes venus au monde un peu trop tard pour admirer de nos propres yeux l’un des ouvrages les plus grandioses de nos bons génies. Les révolutions survenues dans les esprits ont fait crouler le pont le plus hardiment jeté que l’on puisse imaginer. Ce pont-là, supérieur à tous les ponts-dudiable de l’univers , se soutenait en l’air sur une seule arche, et traversait un vallon; il vous aurait fait passer en droite ligne du château de Bornay à la montagne de Geruge (1). Ne me demandez pas à quoi bon une communication si merveilleuse entre des lieux si peu remarquables , car je ne saurais vous l’apprendre ? Mais, dans tous les cas , si c’était du luxe inutile , au moins il ne coûtait rien à personne , et je ne sache pas que les moindres fantaisies de nos fées aient jamais fait voter des

(I) Départpmciil du Jura.

centimes additionnels aux contributions de nos pères. Car, suivant les uns, la fée do Bornay, dont l’histoire ne serait point arrivée tout entière jusqu’à nous , vivait sans faste , à ce qu’il paraît ; à moins que certaine caverne qui lui servit de palais, n’ait été dévalisée dans quelque émeute de la peuplade ressaisissant un jour sa part de souveraineté. Suivant les autres , la fée de Bornay aurait possédé sur le bord de la montagne une somptueuse demeure , à laquelle venait aboutir le pont aérien. M. Gindre-de-Mancy , né à Vaux-sous- Bornay , s’est fait l’historien de cette fée et de sa hile Ida , dans un petit poème (1) auquel nous nous empressons d’emprunter les passages suivants, qui viennent à l’appui de la dernière légende :

Viens , le printemps rit et nous accompagne ;

Entre avec moi dans le Val bien-aimé ;

Puis, au-dessus de l'aride montagne,

Vois ce plateau de ruines semé.

Là s'élevait un chfttcau magnifique ,

Aux tours de marbre, au superbe |>ortiquc,

Qui dominait tous les monts d'alentour.

Ce fiit jadis l'ouvrage d'une fée ,

üe son pouvoir le plus brillant trophée ; -

Elle y vivait , elle y tenait sa cour.

Le poète qui raconte ensuite les amours d’Arthur et d’Ida, constate aussi l’existence du fameux pont :

Un pont dans l'air , entre les deux collines ,

Jeté par charme et par enchantement ,

(1) Le» Echo» du Jura , p. 185-205;

iOS

— Un en peut voir encor quelques ruiues — Là , chaque jour introduisait l'amant.

La pièce se termine par une catastrophe et par les apparitions d’Ida près de l’ancien donjon.

Souvent encor , là , quand le crépuscule |

Voile à demi les bois silencieux , |

Un voit flotter sur un vert monticule ' |

l'n blanc fantôme aux contours gracieux.

C’est Ida meme , Ida, la jeune fée ; •'

C'est elle encor dont la voix étouCTée

Semble mi soupir de la brise du soir ; . i

Elle qui vient visiter , solitaire , |

Le Val chéri , la grotts- du mystère , • 1

Et , l'œil en pleurs, sur un tombeau s'asseoir.

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