CHAPITRE XXX VIII
PÉGS DE L4 MO>TAUNE UES VUSGES.
Cuaaie tu boi» de Fifkos , comme «ai jerdiot d'Armsd* , Chtque erbre enlànle oftcore uoe vierge limîde .
A la taille élaec^ , aui élégants atours.
I üiüdhk UK Mavcv Rcbos du Jura )-
Delà, si je connaissais bien ma roule, nous monterions ensemble dans les Vosges , pays des fées par excellence , où nous irions avec un véritable charme fureter tous les coins et recoins révérés que la reconnaissance humaine a consacrés à ces brillants génies du panthéisme des Celtes ; tels que le For de la Fée dans une roche située sur le chemin de Plombières à Remiremont ; tels que l’arire des fée» aux environs de Vaucouleurs , sous lequel Jeanne d’Arc avait eu , disaient ses bons juges , de mystérieux et criminels entretiens avec les démons du paganisme, à une époque où , simple pastourelle, elle n’était pas encore la gloire de notre nation ; tels enfin que les autels dédiés aux Déesses-Mères et aux Junons , par Fadula , la petite fée; mais nous sortirions d’un cercle où
FÉES DE LA MONTAGNE DES VOSGES. iü7
notre intention est toujours de nous circonscrire, afin de paraître plus complet.
Cependant je puis , sans excursion lointaine, intéresser vos pas à travers les premières collines de cette montagne divinisée , et dans les forêts de pins qui couronnent sa tête.
Aux environs de Faucogney, il existe un hameau que nous trouverons bien favorisé par les nymphes vogésiennes : c’est Rouge-Vie. Douze jeunes filles charmantes ( pas moins de douze) y viennent avec leurs jolies quenouilles , égayer la soirée sous le chaume. Délices de ces rustiques réunions, on les respecte trop pour se permettre de leur demander le secret de leur origine; et quand elles se retirent,— ce qui arrive toujours exactement à minuit,— elles ne souffrent point que les jeunes garçons les reconduisent jusqu’à leur mystérieuse demeure. Mal advint à un curieux de la troupe qui eut , une certaine nuit, la témérité de les suivre secrètement , et qui , arrivé sur un plateau de la montagne , nommé la Planche aux belles filles , les avait vu se souhaiter la bonne nuit les unes aux autres, et entrer chacune dans un arbre : on assure qu’il n’en porta pas loin le châtiment , car , trois jours après , l’étourdi montagnard , ayant monté sur un pin de leur forêt , pour recueillir de la poix, fit une chûte à se rompre le cou.
L’auteur d’un curieux manuscrit , auquel j’em-
iOK PÉES DE LA MONTAGNE DES VOSGES.
pruDte le fait, par réciprocité de service (1), ajoute que ces douze dryades se mêlèrent un beau jour à la suite d’une gentille fiancée qui leur plaisait beaucoup , et qu’avant d(> prendre congé de la noce , (illes laissèrent à la nouvelle épouse et à ses compagnes des présents de fort peu de prix en apparence , puisque c’était à chacune un bout de branche de sapin ; que la jeune femme , honnête et excellent cœur s’il en fut jamais , reçut son petit rameau vert avec plaisir et sentiment , comme un souvenir de l’insigne faveur qu’elles avaient bien voulu lui faire par leur présence à son hymen ; mais que ses amies , peu soucieuses de conserver de pareils cadeaux , avaient dédaigneusement jeté le leur dans la rue. Le lendemain, l’heureuse épousée , en quittant la couche nuptiale , trouva sa tige de sapin changée en or ; et le bruit de ce prodige s’étant bientôt propagé dans la joyeuse chaumière, les folles jeunes filles de la noce coururent chercher sur le chemin leur bouquet de verdure Empres-
sement tardif, intéressé, superflu! De onze bouquets de verdure on n’en retrouva pas un seul.
(1) M, Clovis Guyornaux.