UNE PIERRE-FÉE
de Saint-Vincent, Pierre-Fée ^ nous retrace la croyance aux génies , ou aux femmes divinisées , qui date de la même période.
Ne parlons pas des autres antiquités celtiques et romaines qu'on a recueillies sur ce territoire, ni du temple d’Âpollon , qui aiderait à nous fixer sur la naissance païenne d’Arlay ; mais parlons des traces de superstitions qu’elle y a laissées dans l’esprit des habitants.
La mémoire des fées druidesses y vit encore dans une croyance qui fait voir aux plus peureux de la commune trois dames blanches dansant à l’ombre d’une saussaie , au confluent de la Seille et du Serein. Ces dames répandent encore une telle frayeur religieuse que les habitants de la campagne n’osent pas, à la chute du jour , s’aventurer en ce lieu redouté.
CHAPITRR XLV.
LA FÉe BUCHERONME.
I.M njmphe* babilaieot l<^ vcrferi ft lr« boi« . LMdtent pour le« chanter ataient Cait naître ttoven* poaranl etpliquer la natore et «et loi# ,
Le« antiena encbantiieni la terre.
(Aine Vanm. Lettre* 1 Sophie
Si l’on s’avisait encore de faire des romans avec des fictions , nous recommanderions à leurs auteurs le territoire de Cornod(l). Semées parmi leurs compositions , les chimères des vieux âges , qui s’égarent au milieu de notre éclectisme, offriraient de piquants et gracieux contrastes ; car les contes et les fables auront toujours le don de plaire et d’amuser.
11 y a des climats privilégiés du territoire auxquels se rattachent plus particulièrement les traditions de ce genre. De ce nombre sont le roc et 1a prairie de Blouissia, au bord de la Valouse. Cette prairie est exclusivement réservée au pâturage,
(1) Déparicmml Hii Jiini
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et très-fréquentée |)ar les bergers. Ils y devancent l’aurore et n’en sortent qu’à la nuit close.
C’est à ces heures de lumière douteuse que leur apparaît la dame de Hlouissia. Trop de gens, tout à la bonne foi, l’ont vue et l’ont dépeinte, pour douter de l’exactitude du portrait qu’ils en font. Elle porte , disent - ils , un gentil chapeau pendu derrière son dos , et une charmante pannetière à son bras. D’un pas léger , elle passe lestement près de vous , sans qu'on entende même le froissement des plis de sa robe. Vous la voyez monter , sans le moindre effort, au haut de la roche d’où tombe en cascatelle le fflet d’eau de la Péchouère. Puis la dame disparaît.
D’autres en font une bûcheronne. Ils l’ont vue quelquefois au pied d’un gros poirier qui a cru à la Condamine , autre climat voisin de Blouissia , et non moins célèbre dans les narrations de la veillée. Cette pièce appartient à la famille Vuillot. On ne sait trop pourquoi la belle fée , devenue bûcheronne , frappait de vigoureux coups de cognée cet arbre fruitier, qui n’était pas de ces arbres stériles que l’on condamne au feu , ou dont on fait descier le tronc pour la menuiserie. Au reste, lorsque après avoir entendu très-distinctement le bruit de la hache , vous allez voir si ce grand végétal est enfin renversé , vous le trouvez debout, intact, sans le moindre indice des coups qu’il a reçus.
Vuillot se rendant , avant l’aube, à la foire d’A-
LA FÉE BUCHERONNE.
rinlhod , fut un jour frappé de ce bruit ré|»étG , qui venait directement de son poirier. Il ne doutait point qu’un délinquant ne se permît d’abattre cet arbre; mais comme il n’était pas dominé par la passion de l’intérét , Vuillot ne prit pas la peine d’aller s’opposer à ce vol. Sur le soir, revenu de la foire, il fut curieux de vériûer le fait, visita le poirier de Condamine, et ne fut pas peu surpris de le retrouver sain et sauf. Cependant , il était bien sifr d’avoir entendu retentir les coups de la cognée , et ses compagnons de voyage ne s’y étaient pas mépris non plus. Alors , il était pour eux de toute évidence que la mystérieuse bûcheronne avait travaillé ce jour-là.
Or , pour vous dire clairement pourquoi la dame de Blouissia se livre ainsi à un travail qui reste toujours sans résultat, c’est un peu malaisé. Ou cette âme en peine a été condamnée , dans l’autre monde, à revenir en celui-ci expier ses fautes par des efforts superflus , comme les Danaïdes étaient condamnées à remplir d’eau un tonneau sans fond ; ou elle s’amuse à tenir la vigilance des prolaiétaires éveillée , dans l’intérét de l’agriculture. .\près un laps de tant de siècles , il n’est pas étonnant que les cultivateurs , pour qui cette fable aurait été forgée , en aient laissé perdre le véritid)le .sens.