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LES DAMES MOIRES

des Planches (i) , s'efh'aient des apparitions de la Dame-Blanche de leur pays , comme de celles de la Dame-Noire , ou plutôt d’un certain esprit féminin, quand elle change de vêtements. Vers l’an 1812, une jeune mariée, revenant de Gillois à Syam , par un sentier tracé dans le flanc de Côte- Poire, s’arrêta près d’une fontaine qui était sans doute fameuse par des visions surnaturelles. C’était un dimanche après vêpres. Des paroissiens de Crans , qui , déjà le matin , avaient aperçu une dame noire au même endroit, y trouvant le soir une dame blanche , s’irritèrent de ce travestissement, retournèrent à leur village, et, s’armant à la hâte de pieux, de tridents et d’autres instruments d’agriculture , vinrent bien ' vite à la recousse, et auraient fait à la jeune' femme un mauvais parti , si , par bonheur pour elle , un d’entre les valeureux champions ne l’avait alors reconnue pour la femme Freignier.

Nous savons par le témoignage de divers auteurs allemands que la dame Bertha de Rosemberg, quand elle revient aux châteaux de sa noble lignée, ne se montre pas toujours sous la robe blanche des veuves de l’ancien temps ; et que, lorsqu’elle se couvre d’un voile noir , c’est pour annoncer quelque chose de sinistre.

Il ne faut pas essayer de concilier les contradic-

(I) Drparli'iiipnl du Jui-h.

lions perpétuelles de l'esprit humain, la tâche serait trop forte pour un seul homme. Je suis tenté de croire que ces robes noires sont d'invention trop récente pour arrêter notre attention : elles sont dues à des récits qui ne sont plus empreints du sceau des traditions pures. Cependant ne les dédaignons pas trop , afin de n'étre pas exclusif ; car être exclusif , c’est être absurde.

Un auteur de nos jours (1) a recueilli en Bretagne des idées singulières sur les prêtresses de l’Armorique, idées que nous n’avons vu consignées dans aucun auteur, mais que nous nous faisons pourtant un devoir de rapporter ici.

« Les druidesses , dit-il , étaient vêtues de noir. Leur habit portait une queue traînante , qui était retenue autour des reins par une ceinture , et leur tête était couverte d’un voile violet. Lorsqu’il fallait immoler une victime humaine , elles prenaient un habit blanc et un voile noir. Elles assistaient à des sacrifices nocturnes presque nues, le corps teint de noir , les cheveux en désordre , et s’agitant dans des transports frénétiques. Une de leurs principales résidences était l’ile de Séna , sur la côte du Finistère. »

(I) Alfred de Non-, ('.nul. mylli. , p. 181.

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