‹ Traditions populaires comparéesChapitre 249 sur 386 · LES GOBES · texte numérisé non relu

LES GOBES

Le lecteur curieux nous permettra une digression qui n’est pas inutile à notre marche. On a raconté de Nabuchodonosor , roi do Perso , quelque chose de fort plaisant en fait d’histoire (1), quand on a dit que , vers l’an 566 avant l’ère chrétienne , furieux de ne trouver personne dans la place de Tyr, qu’il venait d’emporter d’assaut, ce prince s’était élancé sur la mer Méditerranée à la |X)ursuite des transfuges ; qu’il les avait atteints dans l’Hispanie ; qu’il avait ravagé cette contrée par la môme occasion ; qu’il en avait ensuite ramené ses Tyriens captifs avec des Ibères ; et que , pour leur faire expier le tort de lui avoir résisté et d’avoir fui devant lui , il les avait tous colloqués dans la Golcbide et dans l’Arménie , le paradis terrestre de ses États ! Si le fait est vrai , il aura eu lieu dans le temps où Nabuchodonosor avait perdu l’esprit.

Au risque de m’égarer avec le docte Varron et avec l’historien Josèphe , j’aime mieux croire que l’Occident a reçu de l’Orient ses Ibères et ses Curdes. J’en trouve même la preuve dans la présence des

sans y laisser leur mémoire éerile dans sa nomenclature topographique : la province Cuitria dans la Coleliide , où l’antique Uiosevria existe aujourd'hui sous le nom A'htjaur ; la ville de Gory sur le Cur ou Cyrus de l'Ihérie ; la Gorinée des sources de l’Euphrate ; la Corduenc des monts Gordiens , où sont encore les enfants des Curdes de l’histoire ; le désert des Pétijore» , qui s’étend du nord du Caucase au TanaTs des Amazones , sont autant de mémoriaux du séjour des Gores au pays primitif du genre humain renouvelé par le déluge.

(1) Mondr primilif , t. viii, p. 40.

LES UORES.

Jurdes (i) au diocèse de Coria en Estramadoure , et dans celle des Maragatos, au royaume de Léon, peuplades restées incomprises au milieu des Celtibères , et dont on avait infructueusement recherché l’origine étrangère jusqu’à ce que MM. de Humbolt, Michelet et de Bretonne s’en fussent occupés (2).

On ne me pardonnerait pas de m’étendre plus au long sur la filiation de ces familles asiatiques ; mais je ne puis m’abstenir d’ajouter, à ces rapprochements de géographie, une comparaison des mœurs de l’Asie à l’Europe. Les Celtes de l’Ibérie regardaient comme une impiété la coutunie établie de tout temps chez les Ibères, de livrer aux vautours le cadavre des morts et même leurs vieillards caducs. Or, pareil usage existait chez les races d’hommes qui fréquentaient les montagnes voisines de la mer Caspienne. C’est Strabon qui nous l’apprend , et c’est lui qui m’a mis à même de découvrir par là le

(1) Prononcez le J espagnol avec aspiration , ce qui fait à peu près Curdc».

(2) ha Jurdes de la vallée de Ratuéras sont ceux que Quintilien , dans ses Institutions oratoires , a nommés Curdus ils étaient origiginaircs du Curdt»/an (Asie). Quant aux ^arayatos ([UC Mentcllc assimile aux Jurdes de Batiiécas , n'est-il pas aussi évident qu’ils sont sortis de la ville arménienne de Maraya, sur le lac d’Urmic?

On parle également , comme de peuples étrangers à la France , des Cagols du Biyurre , des Cayuts de la Bretagne ; ne seraiUce pas les mêmes Gores de la province du Kaket , partis de l'Ibéric asiatique arrosée par le fCtir , ou quelques détachements des Pélii/ore» de la C.ircassie ?

LRS GOBES

mystère de la fable de Prométhée dévoré par ud vautour à la cime du Caucase , fable que l'on a brodée sur un canevas purement f!;éograpbique. Et quelle est la nation qui continue d’abandonner aux oiseaux de proie les corps humains privés de la vie ? — Les Gaures (4).

C’est une chose qui parait avoir été convenue dans tout l’univers , que cos derniers des mages doivent être conspués au milieu des sociétés où les isole leur opiniâtre fidélité à leurs rites et à leurs usages. Les .Mahométans ont converti en terme de mépris ce môme nom de Gaure qui , n’ayant pas conservé son acception primitive , ne leur présente aujourd’hui , dans la langue turque , que la signification d’infidèles. Ces antipathies s’expliquent par la différence de religions qui se trouvent en contact.

Le nom de Gore ou Gaure n’est pas en moindre, discrédit parmi nous. Le glossaire des invectives à l’usage des habitants de la Bresse chàlonnaise — cette partie de la Séquanio , qui a dépendu jadis de la cité des Édus , — no présente pas de plus sanglante injure que colle de Gores ; et, dans la vallée de la Seille , le mot Goie n’en est qu’une modification nistique : elle répond à cochon.

1 1) l'Iiiirdiii. l'oÿdÿp liant ta Prrtr.

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