LA TANTE ARIE
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toutes les fées , donne l’exemple du travail en même temps qu’elle en dicte le précepte. C’est un être éminemment moral qui exerce une heureuse influence sur la première éducation.
Les enfants la fêtent et ils en sont fêtés à Noël. Une table chargée de joujoux et de mets délicats est préparée dans un appartement. A un certain signal, — c’est d’ordinaire la sonnette de l’âne sur lequel vient d’arriver la tante aérienne, — les portes s’ouvrent. La tante a déjà disparu; mais elle a laissé de précieuses marques de sa munificence, et les joyeux croyants se précipitent dans la chambre enchantée pour y recevoir leur part des bontés de leur invisible protectrice.
La tante Arie est connue des Allemands : sous d’autres noms, elle joue chez eux le même rôle de générosité au jour des étrennes : sous celui de la dame Hollé , Grimm a parlé d’une certaine intelligence divine qui se plaît à récompenser ou à punir les enfants de la Hesse.
En Toscane , pays de Teutches établis en Italie de temps immémorial, les enfants révèrent une fée aérienne (pji ressemble trait pour trait à notre bonne tante Arie , mais à laquelle ils donnent le nom de Befana, de celui de l’Epiphanie, parce que c’est la veille de cette fête chrétienne, que leur génie tutélaire descend des régions nuageuses , pour venir les récompenser selon leur mérite. Elle arrive par la cheminée et s’en retourne do même , si
LA TANTE AniE.
fenêtres et portes sont closes. C’est alors que la Béfane, juge équitable des actions de l’enfance, récompense ou punit : elle remplit les petits bas de ses justiciables soit de friandises , soit d’ordures, selon que les bambins ont été bons compagnons ou mauvais garnements. Au surplus , comme la tante Arie du Montbéliard, la Béfane de Florence .sert à motiver tous les contes que l’on débite à la jeunesse, et quelquefois à la gouverner (1).
Il n’est pas inutile de faire observer au lecteur ami des origines que , dans notre langue populaire le nom d’ Arie est prononcé airie, ce qui le ramène à son point de départ; car il dérive assurément A'aëria , l’aérienne. C’était le surnom de l’épouse de Jupiter, présidant à l’air comme lui (2). Ainsi, nous aurions fait de la reine des dieux une simple fée ; ou bien le génie tutélaire des enfants , chez nos pères, aurait été assimilé à Junon , que les Romains plaçaient au rang de leurs déesses-mères.
Si nous nous en rapportons au sentiment de M. Vallot , membre distingué de l’Académie de Dijon, le nom A' Arie serait devenu, dans le duché de Bourgogne, une interjection patoise de surprise ou d’impatience , Arié! Cette locution explétive est aussi très-familière aux gens de la classe commune en Franche-Comté : Ari! s’écriera quelque
(1) Notes de .M. Moreau de Saint-Mér)’, sur les diverlisscmeiits de Florence, par Fabroni.
(2) Iticlionuftirf des Mythologies .