LE VERRAT DU VARAIS
environs de Moutier sur la Braine. Celle parlie de la Bresse chàlonnaise s’appelle Ættica dans nos plus anciennes Charles, où l’abbaye de Moulier-en-Bresse esl nommée Monasterium œtlicense ou Monasterium in Æatica. Nous avons toujours pensé que ce pays avait été colonisé par des Æstii de la grand*? confédération suévique, qui habitaient, aux extrémités de la Germanie , les bords de la mer Baltique ou Varégienne, et qui révéraient la Terre sous la figure du sanglier. On remarque, dans cette Bresse , quelques places qui ont été jadis occupées par des silos à conserver les grains , ou par des habitations à moitié souterraines qui ont dû ressembler à colles des Æstiens. On observe également que les habitants s’y livrent en masse à l'élève du bétail et des pourceaux. Enfin , le sanglier abonde plus généralcv ment dans les forêts de cette contrée que partout ailleurs. A ces diverses particularités , on est porté à reconnaître le peuple æslien de Tacite, qui était presque le seul de la Germanie qui cultivât le blé et autres céréales , peuple qui avait pour la Mère des Dieux ( la Terre ) une telle vénération , que chacun y portait à la main , en signe de cette dévotion particulière , une figure de sanglier qui leur tenait lieu d’arme ou de talisman (1).
Les Æstiens sont compris , par les géographes , dans la grande division des Vénèie» ; et personne
(1) ttr morib. Germ. , ch. A5.
o04 LE VERRAT DU TARAIS.
n’ignore aujourd’hui que les savants font sortir ce dernier peuple de l’Hindoustan.
Il n’est pas jusqu’au nom de W arraha ou de Wara , donnés aux dieux-porcs de l’Asie , qui ne se retrouve dans notre langue avec la même prononciation et le même sens (1). Le Warra des Indes répond parfaitement à notre mot français Ferrai , à notre mot rustique Farrait , et au mot latin Ferres , cochon mâle.
Si quelques-uns de nos lecteurs ne sont pas trop prévenus contre les étymologies , peutrêtre s’aviseront-ils, sans que je leur en suggère l’idée , de rapprocher le nom de ce divin TFara de la dénomination de JVarais que portait autrefois celle de nos contrées séquaniennes où ce culte aurait été plus spécial. Scey sur la Loue dépendait de cette division politique comme Maiche ; aussi , pour la distinguer d’un autre Scey , qui est situé sur la Saône , l’appelle-t-on encore Scey-en-Farais. C’est la même contrée qu’on nommait autrement le canton des Farasques ou le comté de Waresco. Or, nous venons de dire que c’est dans cette contrée de Farais que saint Agile et saint Eustase avaient évangélisé des peuplades d’infidèles qui restaient encore attachées à leur antique idolâtrie.
Celte dévotion dominante des montagnards avait pour objet la Terre représentée par l’animal qu’on
(I) Céirm. eivoul.^ I. \i, p. 243 el3ll.
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lui sacrifiait. Les Suèves Æstiens , qui nous ont donné plus d’une colonie, se faisaient honneur surtout de ce symbole ; et, comme ce sont leurs descendants qui forment la masse de la population le long du Rhin , il n’est pas étonnant que, dans la Souabe et à Bàle , on ait mis par habitude tant d’hôtels sous les auspices du cochon noir ou du sanglier. La plupart des vieilles maisons y sont couvertes d’inscriptions et d’enseignes de ce genre avec des vers allemands qu’on peut traduire ainsi :
En Dieu je mets tout mon espoir.
Et je demeure au cochon noir.