‹ Traditions populaires comparéesChapitre 252 sur 386 · LE VERRAT I)U VARAIS · texte numérisé non relu

LE VERRAT I)U VARAIS

pect que je lui dois , après avoir été trop attaché aux biens et aux sensualités de ce monde aurait été condamné aux flammes éternelles , à moins qu’il ne parvînt , en revenant à son exil terrestre , une fois tous les cent ans , à trouver un homme assez hardi pour lui prendre entre les dents une clé toute rouge de feu , à l’aide de laquelle on peut prendre possession de ses trésors , qui sont encore cachés dans les décombres de son ancien château; ces trésors, peut-être mal acquis, ces trésors qui ont été la source de ses péchés ,‘ tomberont-ils un jour entre les mains d’un mortel assez intrépide pour braver tout cet appareil de diablerie ? l’âme de notre haut baron sera seulement alors délivrée des flammes qui le brûlent sans le consumer , et leur nouveau possesseur sera , dans ce cas , assez riche et assez puissant.

Nous dirons le reste ailleurs.

On s’aperçoit , à la contexture de ces récits populaires, qu'on tâche de lier; par quelque point, un mythe du paganisme à la foi chrétienne , mais que cela n’a pas trop le sens commun. C’est ce que je prie le lecteur de remarquer, afin qu’il ne s'arrête pas trop longtemps à la pensée qu’il ne s’agit, à Maiche, que d’une histoire de revenant. Quoi qu’en puisse dire l’entière population de cette commune , tout ceci est un reste de la superstition payenne , que saint Agile , sur l’invitation de Lothaire , était venu déraciner dans le canton de W aresco. La vie

LE VERRAT DU TARAIS. oOl

de ce saint personnage nous apprend qu’il sortit , à cet eflet , du monastère de Luxeuil , accompagné d’Eustase , et qu’ensemble ils convertirent à la religion du Christ des peuples qui croyaient encore aux dieux champêtres , vulgairement appelés Faunes. Mais cette tête de porc et cette clé proviennent des images sacrées de l’Hindoustan.

V Tout cela sent la religion de Bouddha, qui était déjà répandue sur l’Âsie quelques mille ans avant notre ère. Dans ces quartiers de l’Orient, on voit des Dieux représentés avec 'des têtes de cochon et souvent avec des clés à la main. Wisnou en est 1e principal exemple dans sa troisième incarnation. On voit, à la pagode de Trimottam, près de Siazi , la tête d’un cochon qui , si l’on s’en rapporte à la véracité des Bràmines , s’est formée dans la terre comme une truffe , et à laquelle les peuples rendent des hommages religieux (1). Il s’agit toujours de la terre, quand Wisnou se déguise en sanglier.

Wisnou , sous la figure d’un homme avec une tête de sanglier , retira du fond de la mer la terre que le géant Paladas y avait plongée en rouleau comme une feuille de papier ; Wisnou la ramena snr ses défenses et l’étendit sur l’eau comme elle était auparavant. Dans cette troisième transformation , il prend les noms de Varagnen ou de Ladevarague.

(I) Raldariis Itescript . liu ('.uvumandcl.

o02 LE VERRAT DU VARAIS.

Il y a , dans les pagodes du Japon , une imitation de l’image de Wisnou , c’est celle d’une divinitt^ nommée Tiedebaik , tête de sanglier, et armée d’un sceptre à l’une de ses quatre maias. On y trouve une autre imitation de Wisnou dans l’une des figures symboliques de Ouanon , fils d’Amida , dont une main est munie d’une clé à large boucle (1). Un arrière-souvenir de ces représentations , appor- ' tées dans nos pays par des peuples originaires de l’Asie orientale , a pu produire une figure à tête de cochon , portant un sceptre ou une clé ; et les Romains , prenant ce sceptre pour le caducée de Mercure , et cette clé pour celle qu’on mettait à la main du fils de Maïa , auront fait , à Langres , un Mercure-cochon (mercurio mocho).

Dans le Boutan et parmi les Indiens d’Assem , on professe une grande vénération pour les dents de porcs (2). — Cette circonstance nous rappelle que , lorsque nous fouillons les plus antiques tombeaux de nos basses contrées , nous y trouvons toujours des dents de porc ou de sanglier bien conservées (3).

Nous voulons surtout signaler les plaines des

(1) Cérém. mœur» et coût. , elc., I. vi , |i. 27 , pi. vin.

(2) Tavernicr. Voyage des Indes , liv. ni, ch. 15 cl 16.

(3) Les mottes et les poiprs de la Bresse ont ordinairemcal an (•entre des dents de sangliers mêlées à d'autres objets antiques , tels que des pierres tranchantes, des armures de flèche ou de lances, de» hachettes et des tisons qui ne sont pas romplètemcnl brûlés

Page 1