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CHAPITRE LXXr

LA FILLE DES GÉANTS

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Dans ses souvenirs de voyage, M. Marmier parlant des traditions finlandaises nous donne occasion de remarquer que les Géants de cette partie du Nord ne manquent pas d’un certain air de ressemblance avec les nôtres; Kalewa , le mauvais principe, géant qui a douze fils prodigieusement forts, et plusieurs filles , lesquelles ont formé des montagnes en portant des blocs de rochers dans leurs tabliers. Une de ses filles , qui s’était égarée dans la campagne , rencontra sur son chemin un laboureur à son travail : elle prit sur le bout du doigt l’homme , les chevaux et la charrue , les porta à sa mère , et lui demanda ce que c’était. — « Hélas! « lui répondit la mère , ce sont ces petits ôtres-ià « qui nous ont fait quitter le pays. Nous avons en « vain combattu , il a fallu fuir devant eux (11. »

(I) Trad. Finland. , |>. 348

LA FILLE DES GÉANTS

M. Vinglrinier a retrouvé cette légende dans les Vosges, et voici comment il l’a mise en vers d’après un poète allemand :

Sur le somme! des Vosges orgueilleuses ,

Sur ce rocher battu par les autans ,

Connaissci-vous ces tours silencieuses ,

Jadis demeure des géants ?

Ils ne sont plus. Le vent de la tempête Les a chassés comme un fétu léger ;

Nais autrefois ils élevaient la tête,

Pleins de mépris pour le danger.

Un jour l'enfant de la race hautaine ,

Fille rieuse échappée aux regards ,

En s'amusant regardait dans la plaine ,

Du haut de ses nobles remparts.

— oh ! que c'est beau ! que c'est grand ! disait-elle ; C'est là le monde ? oh ! j'y suis en deux pas.

Comme au matin le soleil étincelle Dans le Rhin qui s’enfuit là-bas ! —

Elle descend du haut de la montagne ,

Passe les monts, les torrents, la forêt.

— Ab ! qu'on est bien , ici , dans la campagne ! Comme tout est beau !... j'ai bien fait I —

Mais à ses pieds elle voit quelque chose ,

Un laboureur aiguillonnant ses bœufs ;

Elle voudrait le saisir, elle n'ose ;

Elle pousse un grand cri joyeux.

De son mouchoir elle couvtc la terre ,

Y met les bœufs , le petit laboureur ,

Ferme le tout, remonte vers son père:

— Père , où donc es-tu ? quel bonheur I

LA PILLE DES GÉANTS

— Eh î bien , enfant , qui te rend si joyeuse ?

— C’est un jouet que j’ai trouvé là-bas.

Tu dis parfois que je suis curieuse.

Aujourd’hui ne me gronde pas.

Je viens de loin. Vois comme ça remue ,

Tiens , sur la table ; ici le laboureur ,

Ici les bœufs, maintenant la charrue.

Oh ! ça me fait battre le cœur.

— Qu’as-tu fait là ? s'écrie alors le pci c ,

Pressant sa fille avec un air d’effroi ;

Va le porter bien vite sur la terre !

Va le porter , obéis- moi.

Le laboureur n’est pas ce que tu penses ,

Un vain jouet. Sans loi que ferait-on ?

Tu vois ees tours , ees murailles immenses Qui partent dn bas du vallon ;

Rien ne serait sans ce pauvre attelage Qui va, qui vient, qui travaille pour nous.

Le paysan nous donne son ouvrage ,

Mais prends bien garde à son courroux ' —

Les temps ont fui. J’ai trouvé dans la plaine Le laboureur qui travaillait toujours.

On ne voit plus de la raee hautaine Que les débris de quelques tours.

Non loin encore de nos provinces a vécu le géant Einher, dont le nom signifie une armée , parce que , par sa valeur et sa force, il valait une armée entière. C’était un Suève, natif de Turgovie (f). Il suivit Charlemagne à la guerre contre les Van-

(1) Canloii Suisse.

LA FILLE DES GÉANTS. 537

dales et les Huns ; et la tradition avait appris à Grimm (1) que ce soldat féroce ne revenait pas de la bataille sans rapporter sur son épaule sept ou huit petits Huns embrochés sur sa lance , comme une brochette de petits oiseaux prêts à présenter au feu.

(I) Trad. Allem. , t. i., p. 3U. (Traduction Duthcilj.

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