LES GÉANTS DES VOSGES ET DE LA PROVENCE
Pour roi (le* i»c«ndiQ«Yc« ), 1* force pbiiique e*i la force par exccUeoce -, et toute leur îmagiDitiou rat employée i groaair les proportions ordinairei d« rbommr. lia ont de* Géanti qoi feraient honte au ifargnntua de Rabelais et de Fischart . ou à l'Oufira de* Indien*.
( X HatMiEn. Hist. de la littèr. en Danemark et en SuMr).
Il nous sera facile un jour , au moyen d’une foule de points de comparaison , d’établir les rapports qui ont existé entre les Indes et le nord de l’Europe , et nous ne serons plus obligé de nous excuser, pour ainsi dire, de trouver si souvent l’occasion de rapprocher les idées de l’Asie de celles qui nous occupent encore en occident.
Ne trouverez-vous pas , en effet , quelque chose d’oriental à ce géant du Ballon do Servance ( l’une des principales sommités des Vosges Iranc-comtoises), que nos aïeux avaient sans doute adoré sous le nom de Vogesus (1), et que les enfants de
(I) Voyez i'in<;cri|)lioii latine ; vosego maximinvs v. s. l
LE GÉANT DES VOSGES, ETC. o33
la vallée se représentent assis devant la haute montagne du Them , comme devant une table servie , pour prendre son frugal repas ? Un étang , voisin du hameau de Reulaxer , se nomme ta Goutte du Géant, car il s’est formé d’une goutte d’eau tombée du creux de sa main , après avoir bu (1).
M. Clovis Guyomaud a ouï dire que ce Polyphême vosgien était farouche et cruel ; mais il parait que l’accusation repose sur le vague , et que s’il avait appris des traits de cruauté de sa part, M. Guyomaud n’est pas homme à les dissimuler par ménagement pour une pareille puissance.
Le Polyphême des Vosges rappellerait aux habitants des provinces méridionales de la France leur géant Crussolio.
La Provence a eu , dans l’antiquité , ses géants gaulois , ennemis d’Hercule , qui furent écrasés par Jupiter sous une grêle de grosses pierres , dans les plaines de la Crau; mais elle ne s’en souvient plus. On y a seulement conservé le souvenir d’un géant fondateur du sublime château de Crussol , si audacieusement perché sur sa roche verticale. Lorsqu’il s’ennuie de sa solitude , le Polyphême se lève pour aller à la promenade , et , d’une seule enjambée , franchissant la plaine et le Rhône , il se trouve à Valence (2).
(1) Traditions encore manuscrites de M. Clovis Guyomaud
(2) M. Alph. Balleydicr.