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CHAPITRE LXXX

hOCBERS DE CONFIGURATION BIZARRE.

Etant donc de U race de Dieu , nous se devona paa noua imaginer que la ditinlld toit aemblable à l'or , è l'argent , à 1a pierre . dont l'art et 1 induatne dea hommea ont fait dea flgurea.

( AcTta Dca Aedmca , cbap. xvti

Quand nos pères , en se dépouillant de leur simplicité native , eurent cessé de regarder Dieu comme un être incompréhensible que rien ne peut représenter, que l’espace ne peut contenir (I), que nulle voix d’homme ne peut nommer ; quand ils eurent cessé de prendre l’univers pour son temple et les hauts lieux pour ses autels, leur intelligence se resserra dans un cercle de plus en plus étroit. Peu à peu la majesté de l’Infini fut emprisonnée dans les objets mêmes qui jusque-là n’avaient servi qu’à son culte. Ainsi la montagne, qui avait été l’autel, fut à son tour la divinité ; et , par la suite , Dieu

(t) Maxime de Tyr , et Tacite, Dr moribut Genn.

devenant toujours plus petit, quitta la montagne pour se loger dans un bloc de pierre.

Le spiritualisme fatigue l’esprit inculte , et l’œil veut être de moitié dans la contemplation divine.

Si , comme l’ont déclaré quelques anciens penseurs (1), pour Justifier l’idolâtrie de leurs contemporains, la divinité descendit au sein du simulacre qu’on venait de lui dédier, il faut convenir , malgré la déférence justement acquise à la vénérable antiquité, que le maître de l'Olympe devait mieux se plaire dans le chef-d’œuvre de Phidias , que dans le Jupiter -Lapis des Scythes, ou dans le terme quadrangulaire du Capitole. Ami dos progrès , nous ne cherchons pas querelle aux hommes qui, les premiers, s’avisèrent de transporter à des blocs de pierre les grâces de la beauté humaine ; nous ne reprocherons pas au ciseau de Praxitèle d’avoir engendré dans le marbre une Vénus toute diflférente de celle qu’on adorait en Syrie sous les formes sévères d’une borne brute (2) ; nous no flétrirons pas les doigts savants qui se permirent de modeler l’Apollon du Belvédère comme le plus beau des mortels , tandis que l’image du soleil n’était quelquefois, en Phénicie, qu'une pierre ronde, en Egypte, qu’un obélisque , et, dans la Grèce même, qu’une pointe de rocher ; non , mais nous devons

(1) Ariiob. , I. VI , n» 27. — Martial , epig. — L'aul. des CIrtnrn fines, 10, U® 21 , et autres cites , par Bcrgier. lMc(. Ihéol.

(2) Maxime deTvr. — Dtilaure. Oet mil. mil. à l'idnt., ch 21

concevoir , en voyant le culte des simples pierres se maintenir si longtemps à travers les merveilles * de la civilisation , pourquoi les monuments de la nature ont toujours plus inspiré de dévotion que les monuments de l’art. N’y aurait>il pas , en effet, dans une pierre gigantesque qui surgit du sein d’un désert silencieux, plus de mystère qu’il n’y a de prestige dans une figure sortie de l’atelier d’un sculpteur ?

Après cela , ne trouvons pas étrange que le sauvage Sibérien , qui n’a jamais vu briller dans sa hutte une étincelle du fiambeau des arts , fléchisse encore un genou superstitieux devant la pierre dont la configuration bizarre lui impose (1) : il est encore ce que fut le Gall , qui est sorti du même berceau. Les Scythes de l’Iénisseï, de l’Oby, du Wolga , avaient laissé dans leurs steppes d’informes objets de leur vénération; en s’avançant jus- ({u'ici (2), ils ne perdirent nen au change , car ils en retrouvèrent dont la nature seule avait fait tous

(1) Cost. civ. de tous les peuples, t. iii, p. 272.

(2) Notre descendance des Scythes se fonde sur les témoignages de plusieurs auteurs anciens. Plutarque ( Fie de Camille) nous apprend que , pour venir dans le nord et dans l'ouest de l'Europe , les Celtes eurent & passer les monts Riphees , chaîne de montagnes que Pline ( liv. IV, ch. 12 ) indique dans la partie septentrionale de la Scythie, et que l'on connaît maintenant sous le nom d'Ourals. Le sentiment que nous partageons a été suivi par Scriakius, le comte de Bruat , Pellouticr, Picot et Amédée Thierry.

568 ROCHERS DE CONFIGURATION BIZARRE, les frais, et qu’eDe avait même revêtus de beau- * coup de majesté.

Ce genre d’idolâtrie résista si longtemps à la destruction du polythéisme , que divers conciles et plusieurs capitulaires en renouvelaient encore la prohibition au VIH* siècle (1), sans pouvoir la déraciner entièrement , puisque nous sommes aujourd’hui témoins , dans plusieurs provinces de France , et notamment sur quelques points de l’ancienne Séquanie, de pratiques superstitieuses qui en sont dérivées et qui ont encore de certaines pierres pour objet.

A la vérité , nulle ancienne charte n’a constaté, dans la Séquanie, l’existence de monuments de cette nature ; mais, tout observateur doté d’un peu de critique en distinguera aisément quelques-uns à un caractère particulier et à des circonstances accessoires qui échappent à des regards inattentifs. Ce concours de semi-preuves se répète partout avec une telle conformité, ou avec une analogie si frappante qu’il y aurait, je crois, de l’obstination à le répéter comme insufTisant.

On reconnaîtra nos roches autrefois divinisées ;

1* Â leur aspect pittoresque ou imposant ;

â" A leur dénomination propre , ou à celle des lieux qui les entourent ;

(1) Du CaDgts au mol Petra , adpeiram votum reddere.

3" A des restes de paganisme qui s’entretiennent dans l’esprit des habitants de la contrée ;

4" A la proximité de vieilles églises , dont l’érection eut visiblement pour but d’opposer la religion nouvelle à l’ancienne;

5° Au choix des saints auxquels furent dédiés de pareils édifices , et spécialement à celui de la Sainte-Vierge et du prince des Apôtres.

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