CHAPITRE LXXXIII
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Telle fui, sans doute, l’origine de la Pierre de Saint Vit, que j’ai vue en 1824 dans l’église de Mouthier-en-Bresse (1), et que le curé de la paroisse a depuis fait jeter dehors. « Cette pierre de saint Vit, disait Courtépée (2) , déshonore l’Eglise et la religion : on la suppose avoir été transportée du royaume de Naples ( 300 lieues ) , où le saint fut martyrisé sous Domitien. On y porte les enfants malades , auxquels le froid de la pierre ôte quelquefois la vie». J’ai été moi-môme témoin de ccs pratiques superstitieuses , et j’ai vu une noble dame des environs faire rouler, sur le fragment de cette prétendue tombe chrétienne , sa fille âgée de 3 à 4 ans, pour lui rendre la vitalité qui menaçait de l’a-
(1) Di'parlciiiPiil (le Saonc-cl-Loirc.
(?) l)f>criplion tir la Bretse rhàl. , )). ?49.
bandonner. Les gens du commun , en roulant sur la pierre cette pâte humaine , lui disent, par allusion au nom du saint qu’ils invoquent : FU, ni* , ni*! Comme dans l’église de Saint-Wast, à Arras, sur une pierre aussi miraculeuse, lorsqu’une mère apporte un enfant trop tardif à marcher , elle lui dit : Fa* , va* , na* ! en l’honneur de M. saint Wast. Un exemple d’analogie , tiré de plus loin , nous étonnera davantage. N’est-ce pas une chose bien remarquable qu’une dévotion, également superstitieuse envers saint Vit, ait été signalée au Xll* siècle parle prêtre Helmodas, dans l’île de Rugen(l), où les Suèves Æstyens révéraient la mère des dieux (2). Cette identité de culte m’a fait saisir d’autres rapprochements : j’ai remarqué alors que Mouthier-en-Bresse était désigné dans les plus vieilles chartes de l’Abbaye de Baume , dont il était un des principaux prieurés, sous les noms de Moncuterium Æsticense ou Monasleriunt in Æstica , et que les habitants de Moulhier pourraient bien être des Æ»tii qui seraient venus avec d’autres Suèves s’établir dans la Bresse. Nous ajouterons qu’il n’y
(1) Chrun. des Slaves , t. i, cli. 3. Quelques missionnaires ayant converti les liabilonls de cette île y linlirent une église sous l’invocation d'un saint martyr nomme Vitus ; mais les insulaires, retombés dans leurs anciennes erreurs , firent de l’église un temple et du martyr un faux dieu , qu'ils adorèrent sous le nom de Zwant-ith. .Nous avons parlé de re dieu slave sous le nom de Siertovide. à l'oeeasion du chasseur sauvage. ( Voyez notre chap. xvin ].
(2) Tacite. De mnnbus Germ. , ch.
o88 LA PIERRE DE SAINT VIT.
a pas de contrée en Bresse où l’on élève plus de pourceaux que dans celle-ci , et qu’il n’y a pas de forêts qui foisonnent plus de sangliers que les forets de Dissey et du Défan ; observation que nous faisons ici , parce que chez les Æstii ces animaux étaient sacrés, et qu’ils représentaient la mère des dieux , la Freya , la Vénus des Scandinaves.
Mais, pour en revenir à la pierre de saint Vit, qui rend la vie ou la vitalité , il n’est peut-être pas oiseux d’ajouter à ces exemples du culte des pierres, celui de la pierre de saint Widon dans l’église de Fay-en-Montagne (1). Cette église appartenait aussi aux moines de Baume : un JVidon ou Guy y mourut ermite dans le XI® siècle. L’épitaphe de son tombeau , que J’ai déchiffrée , commence par ce vers latin :
Forlibu» ornalu» , virlutitm» irradiutu».
<• Doué de forces , rayonnant de vertus. »
Soit qu’on ait dans le temps fait allusion à certain sens caché aujourd’hui , dans le nom de Widon (2), soit qu’on ail plutôt médité le mot fortibwi , le peuple s’est accoutumé à désigner l’ermite Widon sous le seul nom de saint Fort , et , par suite de l’équivoque , il est venu et il vient
(1) Département du Jura.
(2) Tout-à-l’heiirc , nous avons vu comment chez les Slaves de rile de Ru^^en, saint V'itus était desenu ou peut-être redevenu le dieu Swant-Wit, ou Swélo-Vidc. Rapprochez ce dernier mot de H'irfo
encore intercéder sur la pierre sépulcrale, et y déposer les enfants débiles. Ce n'est pas à dire pour tout cela, que saint Guy ou Widon soit fabuleux, ou que sa dalle tumulaire provienne d'un peulvan comme celle de saint Vit à Mouthier-en- Bresse , nous entendons seulement montrer que le vulgaire est naturellement porté à former ses opinions sur des équivoques , et à introduire dans un nouveau culte des idées favorites qu'il tenait déjà d'un ancien. Voyez encore la connexion de ces idées dans la dernière citation que nous allons faire ! Les noms de saint Vit et de saint Guy vont se reproduire ailleurs accompagnées de circonstances trèsdignes d'observation.
.M. Schweighæuser , dans son bel ouvrage sur les antiquités de l’Alsace (1), a décrit la grotte de saint Vit, près du château de GrciflFenstein, autrefois habitée par des ermites. Saint Vit y est invoqué ( comme à Paris et dans l'abbaye de Corbie en Wesiphalie , où ses reliques furent transportées aux VlIP et IX' siècles) pour la guérison d’une maladie convulsive, appelée, dit-il, de son nom différemment altéré , en allemand veitstauz et en français datMede Saint-Guy . « De notre temps encore, ajoute l’auteur , ce lieu est l’objet de fréquents pèlerinages : on s’y rend surtout en foule le premier jour du mois de mai; et, pendant toute l’année,
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les femmes sujettes à des maladies hystériques déposent sur l’autel des crapauds de fer, croyant que la forme de cet animal ressemble à la partie du corps où siègent ces maux . »