LE FOLLET DE CORROD
botte OU le panier qu’ils portent, ou glisse sur leur tète comme un coup de vent. Heureux le passant , quand ces espiègleries ne dégénèrent pas en voie de fait ; car on sait que, de sa main invisible , il a quelquefois imprimé sur des joues de vigoureux soufflets ! C’est ainsi, qu’au dire de la même dame dont j’ai cité plus haut l’autorité, c'est ainsi que Mademoiselle Couronnée Rocbet , qui revenait de Santonnas, ayant à son bras un petit panier de couturière , se sentit tout à coup arrêtée par une force incompréhensible ; puis elle entendit comme un grand vent passer près d’elle. Son panier fut, à plusieurs reprises, secoué violemment, puis un rude soufflet faillit la renverser. Au même instant , un long éclat de rire l’accompagna longtemps ; mais à la fin tout rentra dans le silence. Cette personne a cent fois raconté son aventure à qui voulait l’entendre, et chaque fois avec la même émotion et dans les mêmes termes , ce que l’on regarde comme un garant de sa sincérité.
En Conçu , montagne du territoire , sous le village de Thorigna, l’esprit follet fait dégringoler jusqu’à vos pieds d’énormes cailloux. Vous entendez comme l’éboulement d’un vieux mur. On ne suppose pas que ces cailloux se détachent naturellement de la pente , ni que de malicieux bergers vous les envoient; on sait que l’esprit est souvent là. Chose singulière, c’est que plusieurs personnes fpii ne croient certainement pas au follet de Conçu ,
LE FOLLET DK COBHOD.
convieaneal très- franchement qu’ellee ont ellesmêmes entendu cet ébonlement mtystérieux et toujours au même endroit. On ne se rend pas compte , d’une manière naturelle, de ce phénomène do l’air se heurtant à quelque rocher de telle ou telle formej c’est plus tôt fait de l'attribuer à l’esprit du lieu.
A Varambeau, territoire de Turgon, le même follet est plus que malicieux , il est méchant ; il vous secoue , il vous traîne de buissons en buissons , il vous déchire, il vous meurtrit; témoin ce malheureux couple de Gornod, dont on n’a pas osé me fournir le nom , de peur que je ne lui donnasse trop de retentissement. La femme avait été saisie par une main invisible mais vigoureuse; puis elle avait été roulée à terre , au point qu’elle était rentrée chez elle le visage tout ensanglanté. Son mari avait pâti, une autre fois, d’un pareil supplice au même endroit. Souvent il revenait à la maison tout égratigné , meurtri , confus , roué ; car , il faut bien le dire , le follet l’avait pris de guignon^ parce qu’il médisait de lui, dans le vin ; et, si vous lui demandiez d’oh lui venait sa veste en lambeaux et son oeil poché, le brave homme ne manquait pas de vous répondre : « C’est ce coquin de follet de Varambeau qui m’a traîné. »
Tout le canton d’ Arinthod connaît le follet , soit pour en avoir journellement entendu conter les prouesses , soit pour avoir eu directement alTaire à lui.