CHAPITRE XCIII
l’esprit de fiestke
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« Pendant les longues soirées d’hiver, les habitants de Gcndrey (1) s’occupent des merveilleux travaux des fées au bon vieux temps, dit M. Marquiset (2) , et des nouveaux prodiges de ces intelligences immortelles , qu’ils ont vues souvent voltiger à fleur de terre , sous la forme d’une flamme d’azur , ou fuir dans les forêts profondes en poussant de longs cris.
a Tous les anciens du village connaissent la dame blanche du ChAlelard et l’Esprit du Fiestre ; mais , à quelques naïves exceptions près , la jeune génération a moins de crédulité. Pour vous, sylphes aériens , fantômes insaisissables , où vous ca-
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H20 l'esprit du fiestre.
chez-vous donc maintenant ? Ah ! vous n’avez pu survivre à la grande tourmente du siècle passé! Quinze cents ans de féodalité , un temps immémorial de croyances superstitieuses ont été effacés en un seul jour, et si bien que les enfants de ceux-là mêmes qui se sont courbés devant vous vous couvrent de sarcasmes , malgré les sages conseils de leurs pères, qui vous redoutent encore aujourd’hui !
a Car vous étiez réellement l’esprit malin , esprit du Fiestre , quand, sur la lisière du bois , votre domaine , vous arrêtiez net et court conducteurs et chevaux , jusqu’à ce qu’il plût à votre malice de les laisser continuer leur route.
« Puis , dit-on , vous aviez pour imiter les voix et les cris des animaux un merveilleux talent.
« Si vous vivez encore , Esprit du Fiestre , vous souvient - il de ces malheureux que vous promenâtes si tard et si avant dans la forêt , à la recherche de leur bétail qu’ils croyaient égaré ? Ils passèrent toute la nuit sous les chênes , effrayés qu’ils étaient de vos diaboliques ricanements. Et vous rappelez-vous encore le jeune amoureux qui , revenant par une nuit obscure, crut entendre près de lui la douce voix de sa maîtresse? Il vous suivit, suivit bien loin pour voir l’étrange spectacle que vous lui aviez préparé.
« Ce pauvre garçon raconte — car il vit encore— qu’auprès d’une fontaine, il aperçut sa bien-aimée
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assise, le visage caché dans son devantier , et sanglotant amèrement ; et qu’ayant voulu lui prendre les mains, la tête se détacha subitement du corps , et roula sur l’herbe avec d’effroyables convulsions, a Alors , dit-il , je perdis connaissance , et lorsque je revins à moi, j’aperçus dix hommes monstrueux placés en rond à quelques pas l’un de l’autre ; ils se saisirent de ma personne et la lancèrent de main en main avec une telle vitesse que je demeurai tout étourdi. A l’aube du jour, quelle fut donc ma surprise de me trouver couché dans le fossé de la grande route, au pied d’un buisson d’aubépine! Et je vous jure , mes amis , que tout ceci n’est point un rêve , ni le travail d’un cerveau échauffé par le vin; car, à Vigearde , je n’avais guère bu que deux ou trois bouteilles , et un verre de vieille eau de vie du pays. >