‹ Traditions populaires comparéesChapitre 333 sur 386 · LE SERVANT OES SERVANTES · texte numérisé non relu

LE SERVANT OES SERVANTES

(l’eau. Elle le trouve eu effet au rendez-vous, (étendu sur un coussin, et pourvu d’un coutelas qu’il porte sur le dos. A cet aspect, la pauvre fille effrayée se pâme et tombe ; mais le drôle , lui jetant sur le corps toute l’eau de son vase , la fait bientôt revenir à elle. »

Voilà bien une curiosité punie ; mais c’est peu de chose en comparaison des vengeances que tire le génie familier d’une servante qui se joue une fois de lui.

Follet , follet , mon j)etit follet , disait à basse voix la gentille Catherine, de Saint-Hyppolite(l), que puis-je faire pour me montrer reconnaissante de tant de bon offices que lu me rends nuit et jour ? C’(;st par toi que je brille: sans toi je ne serais plus rien.

— Être toujours chéri de toi, Catherine, ma bonne Catherine; voilà ma plus douce récompense.

— C’est par toi que je suis stige, reprend la candide jeune fille : sans toi je serais peut-être comme tant d’autres !

— Et moi , réplique l’invisible foulelot, moi qui suis le plus inoffensif de tous h’s êtres , siins loi j’en serais le plus méchant .

— Follet, follet, mon petit follet, (pie ni’arriverait-il , si j’allais devenir arnoun'ii.se cl songer an mariage ?

(I) Orparlcmcnl du Uoiil)'

L£ SËKVANT UËS SEB VANTES. Ü63

— Prends-y garde , Catherine ! la vengeance serait terrible. Tu l’as dit tout à l’heure , c’est par moi que tu brilles , c’est par moi que tu es sage : tu sel'ais sans talent , sans vertu , et bientôt sans emploi.

Mais Catherine n’écouta pas toujours les conseils de l’Esprit ; elle parut du moins les perdre de vue , en prêtant l’oreille à des propos qui n’étaient pas, à beaucoup près , aussi désintéressés : un joli gar- \,^on de la ville lui demanda sa main, et la main fut promise.

Le petit lutin s’a|)erçul du changement survenu dans les aflections de son amie. Plus lidèle à sa menace que Catherine ne l’était à ses promesses, il lira vengeance de cet allront, et voici comment.

A une heure très-avancée de la nuit, que la mal- Iresse de Catherine revenait d’une soirée, elle voit un jeune homme fjui descend avec mystère et précaution de la fenêtre de la domestique, en disant : à demain , Catherine , à demain ! Lii dame croit le reconnaître ; elle monte ; elle va gourmander l’innoeenle qui dormait d’un bon somme. Allons, allons, dit-elle d’un ton sévère , ne faites pas semblant de dormir, je sais tout ; ce jeune garçon sort d'ici; JC l’ai vu, je lui ai {wrlé, il m’a répondu.

— Mais, que veut dire madame?

— Je veux dire , Catlu;rine , cpie je ne puis tolérer une pareille conduite , H cpio votre compte sera fait d(>main matin.

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