CHAPITRE CXFV
LE CHALCEIÎK.
*$uiraiu (ui . li> poidft qui «^mbli' alor» comprimer ia poitrine , cl dont on e»t en quelque aorte «lan« rimpuiaaapce de ae délivrer e«t celui d uu être malfaiiant qui rerél on corp« pour aauter sur les victimea de son caprice , et les tenir noua Ini de manière A gêner leur respiration. C'est ce qne les anciens Grees désignaient par le nom d'Ephialtès ( id est super salieos) et les Romains sons relui d'In ciibns. CoQi'CBEST nr. MosTanrr
Au canton d’Arinthod , cette aflection passagère prend un nom masculin, sans prendre une forme déterminée , car rien ne prouve que le Chauceur ait figure humaine : on ne l’a pas vu , on ne l’a pas touché. Les savants, qui ont déjà tant disserté sur sa forme en divers pays , disserteront encore, s’ils le jugent utile , sur celle que peut faire supposer ici son nouveau nom.
Madame Palmyre, M.-L. , qui m’a communiqué tant de Iraditions recueillies sur place, me mandait un jour dans une de scs piquantes missives : « Il me serait bien dillicile d’analyser Ions les rapports que l’on m'a faits sur le Chauceur. Sujette moi-même
LE CHAIICEUR.
an eaucheinar , lorsque je me plaignais , (levant certaines do mes voisines , d’en avoir subi les angoisses , elles ne manquaient pas de me dire : O (lama, éietlou Chauceux que vous a enchaussâ; mais elles ne le dépeignaient point.
« Christine de Rougemont ( je dois vous dire par parenthèse , que cette honnête et simple paysanne est issue d’une maison noble , et que l’on conserve dans sa famille l’épée d’un de ses an(îêtres , Christine de Rougemont me racontait un jour, à peu près en ces termes , la connaissance qu’elle avait faite avec cet l'être fantastique , enfant de l’angoisse et du rêve.
« J’étais couchée: j’entendais dans la charabn' comme les pas de quelqu’un qui aurait marché légèrement. Ce n’était pourtant pas quelqu’un. Puis, on sauta sur le pied de notre lit. Les feuilles de la paillasse crièrent sous la pression , et bientôt ma poitrine fut oppressée d’un poids qui s’y posa. On me saisissait par le cou ; j’entendais han ! han / (Expression des efforts que l’on faisait pour me suffoquer. Mon mari, m’entendant gémir et râler , me secoua vivement. Ça me quitta aussitôt , et nous entendîmes tous deux le froissement des feuilles de la paillasse, et le même genre de pas dans la chambre. J’étais délivré du Chauceur. La porte et la fenêtre étant fermées, ça dut passer par la serrure. »
On aurait tout à fait mauvaise grâce à supposer ici quelque aventure galante : on ne vient pas siir-
LE CHAL'CEI R. (J87
preiulro une femme quand elle est à côté de son époux ; on n(; s’efTorce pas surloul de l’étrant^ler. l^i palienle, honnête créature s’il en fut , se sérail bien gardée de raconter une historiette scabreuse qui aurait compromis l’honneur de sa maison; et M™* Palmyre, la plus pudique de toutes les femmes, ne se serait certainement point permis de comprendre un sujet digne de la reine de Navarre, dans scs agréables récits de traditions.
Quelle idée les gens simples de la classe commune se forment-ils donc du Chauceur? — Impossible à eux de la rendre intelligible. Il en est de ce mauvais génie comme de l’esprit du pré de la Fontaine Rouge dont se plaint Raphaël J., dans l’un des chapitres précédents , et qu’il ne peut exprimer que par Ça. Ils ne sauraient concevoir une nature immatérielle ; ni l’esprit sans la forme , ni la forme sans la pesanteur. plus grande incohérence règne dans leurs idées en pareille définition. î.e monstre invisible et insaisissable qu’ils rêvent a des pieds pour former des pas, des mains pour les saisir vigoureusement, une bouche qui parle, un corps qui pèse; et pourtant tout cela passe par le trou d’une serrure en s’en allant !