LA CHAUCHE-VIEILLE OU CAUCHEMAR
parties aussi hétérogènes que le latin et l’allemand. » Aussi, la forme équestre attribuée au cauchemar n’a été rêvée qu’en Allemagne ou en Angleterre (^1). Chez les nations où la syllabe é(iuivoque n’est jX)ur rien dans le nom qu’on lui donne , le vulgaire n’en sait pas un mot. Il ne se la ligure ni comme une jeune fille , ni comme une haridelle , mais sous les traits d’une vieille femme au front Jaunissant , comme il l’exprime d’ailleurs par ces noms de Chauche-Vieille et de Chauce-Pail/e , car la vieillesse et la pâleur sont deux choses inséparables dans nos idées (2).
Quant à la première partie de tous ces noms de Chagse-marc , de Cauche-mar , de 6^/iauc«-paille et de Chaitche-VuÀWQ, elle se lire sans plus d’elTorls de l’ancien mot français Chaucer , qui veut dire fouler (3). Ce malaise est appelé partout do son ac-
(1) Dans toul l'Occident , on prononce mar , mais dans tuul l’Orient de l’Europe on prononce mor. Ainsi les élèves de Xotogorod avaient une déesse des songes appelée Kikimnra dont ils faisaient un spectre horrible, où l’on rcconnait aisément le cauchemar divinisé. Smora, Monj, Mura, Mor sont l’expression de la même angoisse dans rillyric, la Croatie et la Hongrie.
(2) Bullet(Dict. celt. au mol fiailA ) induit que la halle et la paille du blé sont ainsi noinmées de leur couleur pâle. Le cheval Bailtel a sa robe de la même nuance, et tel est celui des ehevaux de l’Apocalypse ( etjwu paltidus ) que monte l'ange de la mort. Le elicvul baillard est celui qui a sur le front une tache blanche.
(3) La Combe au mot Chaucer. Bullet au mut Chuuÿal. On disait aussi rauf/uer dans un sens à peu près semlilable ! Le Brlit .Mer! indi(|uc nn secret imur faire i/iir le roq ne cuiique pas la yiow/fc.
684 LA CHALCHE-VIEILLE OU CAUCHEMAR, lion de fouler , de peser, d’écraser en se couchanl ; c’est pourquoi les Grecs le nommaient Ephialtès , qui saute par dessus ; les Latins Incubus , qui se couche sur; c’est aussi pourquoi les Espagnols lui donnent le nom de Pesadilla\ les Italiens celui de Pesaruolo ; les habilants de quelques provinces de France ceux A' Appemnt , <[' Appesard , de Foulon et peut-être de Follet.
Ainsi donc notre chauce-paille , c‘est la fouleuse au pâle visage , et la chauche vieille, c’est la vieille qui foule.
Il est bon maintenant de dire un mot de ses l>rouesses.
•\ minuit de Noël , la vieille incube va méchamment se coucher sur ceux qui , au lieu d’assister à la messe de minuit, se |>ermeltent d’aller jouir des douceurs du sommeil dans leurs draps , peu soucieux de laisser la maison livrée à l’invasion des mauvais Esprits , qui s’y précipitent dans ce momenl solennel.