KT ADDITIONS
POLI» LK LIVnK PHEMIKK.
Au Chapitre V, Leu jours de la Vieille, p. ^7, ajoutez ;
Nos pères avaient un moyen facile de prévenir le fléau des gelées; ce moyen abandonné n’a été remplacé par rien ; c’était le son de la cloche. Suivant un dénombrement des droits du curé et du marguillier de Ramonchamp (i), fait en 1696 , et vu parle savant M. Richard, bibliothécaire de la ville de Remiremont, auteur d’un petit Essai curieux sur les mœurs et usages anciens de la Lorraine , le marguillier n’était obligé de sonner pour les gelées qui arrivent au printemps , que la première nuit, mais il devait commander, pour les autres nuits, les paysans dont le tour avait cessé l’année précédente ; et ainsi , de village en village , les habitants avertis les uns par les autres , allaient remplir la même obligation [Mjur empêcher les gelées.
Uépaiiriiiciil Hf- \ (isKf-
NOTES ET ADDITIONS
Il faut aussi entendre le docte Pausanias dans son Voyage de Corynthe (i); incrédule pour de certaines fables et crédule pour d’autres, il vous dit tout uniment que des neuf îles de Pélops, il y en a une où il ne pleut jamais, lors même que les autres iles sont inondées des eaux du ciel. Je ne sais pas ce qu’il en est, fait-il observer, mais ceux de Métane inc l’ont assuré. Pour moi, j’ai vu des gens qui, par le moyen de certains enchantements , détournaient la grt'Ie de dessus leurs terres.
Or , voici la recette indiquée par le géographe , qui l’a recueillie à Métane même : Quand la vigne commence à pousser, si le vent d’Afrique qui vient du golfe Saronique se fait sentir, il brûle tous les bourgeons , et détruit l’espérance de l’année. Lors donc que ce vent souffle , deux hommes prennent un coq, de plumage blanc , èt le tirant chacun par une aile , le déchirent en deux ; ensuite ils courent tout autour des vignes avec cette moitié du volatile à la main ; puis , revenant au point de départ , ils enterrent l’animal , et s’imaginent par là garantir leur propriété.
Cette recette n’est pas non plus dispendieuse ; elle ne coûte pas lo fr. par hectare comme celle de ce bon viticulteur du Midi , qui offre à ce prix de préserver nos vignes de la maladie de l’Oïdium.
(Il l.ivir II.
m: LIVKE PKKMIER.
Chapitre XI , Les bois harmonieux de Ciihers , page 49 , ajoutez en note à la dernière ligne :
L.C lieu de Citbers u etc connu des Roniains 4]ui ont pu lui iinposcrle nom latin de Cythara : on y trouve outre autres marques de >on antiquité deux voies romaines encore bien conservées dans les bois.
Au Chapitre XX , Lu Chasse du roi Hérode, p. 87. Ajoutez :
Réflexions faites , ne soyons pas trop surpris de voir le roi Hérode devenu chasseur nocturne, ou prenant la place du chasseur éternel. Il a son pendant féminin dans les traditions populaires de la Saxe. Une intéressante dissertation de M. Georges Zimmermann sur le changement de l’ancien culte de cette nation , fait longue mention de la déesse Holda, identifiée à Diane par les Romains. Holda y prend encore plusieurs noms, et, entre autres, celui d’Hérodiade. Ce nom, qui ne date que de l’introduction du christianisme dans le nord de la Germanie, lui fut attribué d’après la tradition répandue au moyen âge, qu’à la mort de saint Jean-Baptiste, la fille d’Hérode fut condamnée à errer chaque jour, dans les bois , sans prendre de repos , depuis minuit jusqu’au chant du coq.
NOTEB BT ADDITIONS
Au Chapitre XXIX , La Vouirre de Milan , p. 125. Ajoutez :
Ne serait-il pas permis de supposer que c’est à cette image (qui était déjà sculptée sur le monument de la porte romaine) que le souverain Pontife Alexandre III faisait allusion, en H77 , lorsque l’empereur Frédéric l’y visita et lui baisa la mule? On prétend que le pape dit en ce moment à ce prince : Super aspidem et baeiliecum ambulabûs, et conculcabis leonem et draconem. « Tu marcheras sur l’aspic et le basilic, et tu fouleras sous tes pieds le lion et le dragon. »
Au Chapitre XXXI V , Le Papillon^ p. 144, terminez par la citation suivante :
En France , les paysans rendaient un culte aux chrysalides de la chenille qui vit sur la grande ortie. Il y a peu do temps que ce culte est supprimé.
.\u Chapitre XLVI , Le soleil des Celtes honore à la source des rivières, p. 180, dernière ligue, ajoutez au texte :
HeluLsoii dcM'ail s’écrire Belhuison , car ci'ttc
Dr LIVRE DRESirER. 749
dénomination se compose de Bel^ de Aum, et d'on, qni vealent dire embouchure de l’eau de Bel. Q> hameau domine effectivement l’embouchiire du ruisseau de Font-Belin.
Au Chapitre XLVIII , Fête du soleil au vallon de la Seille, p. 190, ajoutez:
Ce qui nous confirme ici dans l’idée qu’il était bien question d’acquitter des vœux, c’est que le lieu où se voient ces tas de pierres se nomme Vote-Roche, c’est-à-dire la roche des vœux.
Au Chapitre L, Culte du soleil à Mirihel , p. 203 , ajoutez :
La contrée de V elin se serait-elle étendue jusqu’au château de Bèchevelin ;1), situé sur la rive gauche du Rhône , en aval du pont de la Guillotière ? Nous ne saurions le dire ; mais nous suppo-
(1) Nous n'essayons pos d’interpréter UèchevpUn ^ muis nous le croyons compose de deux mots dont le dernier est précisément le nom de la contrée, comme l’indique Vau\-cn-l>/m , déjà cité plus haut. Fe/tn, comme nous l'avons avancé, est le même que Beh'n, et on voit comment , dans les pays méridionaux le V cl le B, qui sont de même organe, sc substituent , quand on suit que [u Dplinunrin (Apollinaire, ou jusqniame , mi fleur de Bé/én»#*) se dît I>/e«o en espagnol.
7oO
NOTKS ET ADDITIONS
sons sans peine qu’il a existé des rapports entre ces lieux. M. Cochard avait découvert dans les archives de l’ésÿlise de Lyon, de l’an 1339 à 1381 . une foule d’ordonnances relatives à la monnaie qui se fabriquait au château de Bèclievelin , ordonnances dans lesquelles on lit qu’on frappait des blancs, (les dcniiTS forts et des deniere noirs , sur lesquels, outre l’ancienne légende , devaient figurer le soleil et la lune. Pourquoi ce soleil et cette lune ? j’abandonne cette question à ceux qui tiendront à reconnaître que le culte du soleil avait laissé des traces sur cette rive du pays Velin jusque dans le XIV* sii^cle.
Au Chapitre L , Culte du .toleil à Miribel , p. 203, ligne 23, ajoutez le paragraphe que voici :
Pendant l’impression de notre ouvrage, nous avons appris d’une personne de Lyon , qui a beaucoup fréquenté et qui connaît parfaitement les provinces situées à l’ouest du Rhône et de la Saône , qu’il existe là une coutume encore toute idolâtrique, attestant que le sabéisme n’y est pas encore absolument aboli. Au coucher du soleil , les gens de la campagne saluent cet astre par des cris. Il s’élève en ce moment des voix de toutes parts qui n’ont pas d’autre objet que de rendre un dernier hommage au dieu de la lumière et du feu.
Diaiti. r ; , "005117
UU LIVHli PREMIER.
Au Chapitre LU , Le soleil adoré sur les bords de la Bienne, p. 211, ajoutez :
Il existe dans la Bienue même , sous le hameau d’Étables, commune de Saint-Claude, une roche qui porte eucore le nom de Pierre-çui-Vire , bien quelle ne présente plus l’aspect d’un peulvan , l’aiguille de rocher qui la surmontait jadis ayant sans doule été culbutée dans la rivière. Ce qui nous porte à croire que ce monument du paganisme représentait alors le dieu Beau , ou Bel , c’est que le point culminant de la haute montagne qui domine l’antique village d’Etables s’appelle Beauregard.
Au Chapitre LUI , Le soleil au.v Bouchoux , p. 215, ligne 0 , ajoutez :
Quant au Beau-jule, il va s'expliquer par une note que j’emprunte à M. Alfred Maury.
« Les Gaulois , les Germains et les Scandinaves célébraient , à l’époque des solstices , des fêtes .solennelles; ou, pour mieux dire, il existait chez ces peuples deux grandes fêtes ; celle d'hiver qui , suivant les lieux , variait du solstice d’hivei- au mois de février , et celle du printemps qui variait de l’équinoxe du printemps au solstice d’été , c’est-
7;>2 NOTES ET ADDITIONS
à-dire de i’époque de Pâques à celle de la Saint- Jean. La fête d’hiver s’appelait loule , c’est-à-dire du soleil. Hiaul et houl signifient encore soleil dans les dialectes de la Basse-Bretagne et du Cornouaille. A l’établissement du Christianisme , cette fête, sans changer de nom ni d’époque, a changé d’objet; et dans les langues septentrionales, jaul signifie aujourd’hui la fête de Noël. Ce nom n’est pas la seule trace qui soit restée de l’origine païenne de cette fête. Ces mascarades , ces déguisements bizarres , usités dans le commencement de l’hiver , sont certainement un reste de l’usage où étaient les Germains, dans la fête de/w/, qui durait chez eux du 19 janvier au b février, de se revêtir de peaux de bêtes, et de courir sous un accoutrement bizarre. » Ne semble-t-il pas que les Allemands aient apporté leur fête de jul à ces hautes montagnes de Saint- Claude que domine le cret d’.\llemogne (1), et parmi lesquelles les travestissements sous des peaux de loups ont accrédité si longtemps les contes de loupgaroux qui .se mêlaient aux histoires de sorciers?
(1) AHemotjnr rapprllc Rwz clîtiremml le séjour des Àltemani sur la terre de Coiidaliscone, dont U est parlé dans la rie de saint Eugende. Au reste , avant de songer à ces Allrmani du V» siècle . j'avais déjà remorqué que Virs' et Sièges, lieux voisins des Bouehoiix, étaient des élablissements germaniques.
ur LIVRE PREMIER.
Après le Chapitre LV , La lune adorée à côté du soleil , placez ce chapitre :
LA BÉLINÜNCIA.
I.n» (Gaulois appelèrent air»i cette herbe de Bn.i: MUü f qui êuit le nom d’Apollon parmi etii , comme le» Humain* rappelèrent AentLiMAiHE , du nom de ee même dieu
( RtLLr.T. IMel. celt. ).
Nous ne quitterons pas le culte du soleil sans mentionner la fleur qui lui était dédiée dansJes pays celtiques , la jusquiame , qu’on avait décorée du nom de Bélénua. Le selage et la verveine(l ) n’étaient pas les seules plantes consacrées par le druidisme : la helinuncia se cueillait comme les autres avec des cérémonies mystérieuses , et furtivement. On s’étonne qu’une fleur aussi triste que la jusquiame, une plante narcotique dont l’usage à l’intérieur apporte une perturbation morale chez les individus , et dont l’emploi à l’extérieur n’est pas exempt de danger, ait reçu un pareil honneur chez les docteui s de la Gaule. Du suc de cette herbe, les Galls empoisonnaient quelquefois leurs flèches ; il est vrai que le peuple attribuait à la helinuncia la vertu de faire tomber la pluie , et qu’à cet effet on la cueillait en
(IJ La verveine qui n’a pins, depuis longtemps de propriété médicinale , jouit encore, toutefois , d'une grande faveur dans les eanipagnes , par suite de la haute estime dont elle était l’objet sous l'inlluencc du druidisme.
NOTES ET ADDITIONS
Jurande solennité pour faii’e cesser les temps de sécheresse.
La jusquiame est encore appelée en gallois Beley-bele il J, ce qui se rapporte assez clairement an culte de Bel.
Nous profitons de cette occasion pour dire que le nom de Bélénu» a été arrangé par les chercheurs , de manière à ce que , de la valeur numérale de ces lettres (étant additionnées) on puisse former le chiffre 365 , nombre des jours de l’année.
rt S': I- c
iw
sn
« Mais , dit-on , dans le Dictionnaire de Trévoux, « est-il sér que ÜZ , ou US , soit du nom gaulois , « et que ce ne soit pas une terminaison grecque ou « latine, ajoutée au mot gaulois,' illyrien ou phé- « nicien?»
Le Dictionnaire de Trévoux a raison de douter , car le nom primitif de ce dieu, chez les Celtes, n’avait pas de terminaison en o», ni en u«, et alors Bel, Beil , Belin ne pouvait fournir le chiffre 365. Belin ne vaudrait, à ce compte, que 97, nombre qui ne signifie rien. Bel ne vaudrait que 40 qui n’a pas non plus de signification astronomique*. Cependant un
(I) IHrt . Celliij. de llidirl.
DU UIVnE PREMIER.
7ofi
auteur sérieux , M. l’abbé de Voucoiix , savant annotateur, en 1846, de l’hisfoire d’Autun , par Edme Thomas , a fondé sur la valeur cabalistique des lettres grecques un système d’interprétalion des noms et des monuments tout à fait excentrique , mais en même temps si ingénieux, qu’on serait quelquefois tenté de raccepler en quelques occasions. « Il est certain, ditM. de Voucoux,quelesgnostiques symbolisaient le soleil dans le mot A6px^ai; qui vaut également 366. » (^ette citation, toutefois, ne nous convertit pas : Abraxaa est un terme de convention cabalistique, que les peuples n’ont jamais consacré par un culte public et général.
Au Chapitre LV , La lune adorée à côté du soleil, p. 221 , ligne 23, ajoutez :
Nous sommes tentés d’attribuer la même origine, à cause des mêmes termes, à des localités du Jura, où il paraît assez clairement que nos pères avaient associé le culte du Soleil et de la Lune. Nous remarquons tout autour de /îea«fort(1) des dénominations trop significatives, pour qu’elles ne nous arrêtent pas. Disons d’abord que Champ-ZJcaM est de la section de Raraiey , et que Biel, situé au sud de Beauforl, paraît être le même nom (\ue Beil. En-
(I) (lu Jura
7o6 NOTES ET AUDITIONS
suite , passons de là au village «le Maina) , au-dessus duquel , sur le bord escarpé de la montagne , on montre les derniers restes d’un établissement religieux , si ancien qu’on ne sait s’il était affecté à des moines ou à des nonnes. Le nom de Mainal , prononcé Menai ^ indiquerait un lieu consacré à Mena, ou Mène la Luno(1), présidant à l’évacuation mensuelle du sexe. Et maintenant, si nous nous transportons de l’autre côté de Beaufort, nous y trouvons le Champ de la Lune traversé par le (îhemin d’Orbagna à Versia , et le Chemin de la Reine. La Reine , Regina, était un autre titre de la Lune. Il existait plus d’une fable de Mena ou Regina : suivant les uns , Regina aurait enfanté le soleil et la lune; suivant les autres, Regina et la lune auraient été la même divinité. Titéa, femme de Cœlus, fut divinisée sous le nom de la Terre. Elle enfanta deux filles, Regina (on croit que c’est Regina astrorum, la reine des astres, la lune) et Rhéa ou Cybèle. C’est Diodore de Sicile qui pensait ainsi.
Ne trouvons pas surprenant qu’il ait existé à Salins , parmi tant de signes de l’adoration du soleil ou Bélénus , un lieu consacré au culte de la lune : entre cetUî ville et Château-Guyon , il y avait encore en Io40 un terrain nommé la Belle Lune, c’était un petit bois qu’on défrichait alors jiour le
(1) tpêa $ii dea Mnm ^ dil saint Augustin « (/tmm prœfrcerunt mfnsiruisi fæminnmm.
m LIVRE PREMIER.
roiiiple du prince d’Orange , et. que revendiquait le corps municipal de Salins.
Sur la rive droite de la Saône, entre le bourg d’.Vnse et la ville de Mâcon, ritinéraire romain place la station de Lunna (1) dont le nom, très-facilement ramené à Lutta , semblerait indiquer un lieu oii la lune était révérée du temps des Romains ; ce dont on acquiert en quelque façon la certitude, quand on voit le nom de Belle-ville substitué à celui de Luna, car c’est comme si l’on disait le rUlaffe de la Belle ^ le village de la Lune { Bellœ Villa '. .\u nord des habitations , dans un pré verdoyant qui longe le port, se montre à nu une motU; de gazon, assez élevée , qui frappe les regards de tous les voyageurs, et qui fait surgir naturellement des questions auxquelles nul n’est à même de répondre aujourd’hui. Seulement on vous dit quelquefois que c’était anciennement un bureau de péage de la Saône. Nous serions, nous, plus porté à voir dans cette poype un lieu d’adoration pour les populations frontières des Ségusiaves et des Edus. Il passe tout près de là un ruisseau qui descend du bourg de Monsol , c’est-à-dire de la montagne du soleil , mons-solis. Ainsi , le soleil était encore le voisin de la lune en cet endroit.
(1) M. Rmiard laissa la question indécise , et ccpcndanl il linuvc nue les distances concordent assez bien en faveur de Hellcville. Voir, •i ce sujet, lu l.rllrr de M. Autjiiifte neriiiiiil , »iif l'emplairmeiit dr l.itiinn , par .M. d’Aiguepersc ; l.yon . tS'iT, in-8.
758 NOTES ET ADUITIONS UU LIVHE 1>REH1ER.
Avant de clore ce chapitre , nous avons encore besoin de citer un dernier exemple de l’alliance des deux cultes qui nous ont occupés. Nous nous transportons en Lorraine, et nous y trouvons groupés Lunéville^ Léomont et Blinville. Ce dernier nom qu’il faudrait écrire Belinville , afin de le ramener à sa primitive orthographe (car il doit venir de Belini villa) indique le village de Bélénus ou du Soleil. «Sur la côte de Léomont, dit M. Richard, dans son Essai sur les Mœurs et Usages du dépar tement des Vosges , était un fameux temple de Diane, d’où Lunéville semble avoir tiré son nom ( Villa Lunœ). La fontaine et le bois sacré se voient sur le penchant de la montagne ; on y a recueilli des médailles de la déesse (1). »