DES ANCIENS QCI NE SONT PAS MORTS
le colossal chevalier Claude de Vaudrey , seigneur de l’Aigle (1), celui que Guillaume Paradin, historien de la ville de Lyon , comparait à Goliath et donnait pour le plus fameux des chevaliers de sou siècle, n’est pas encore oublié dans l’esprit des montagnards du Jura , et que , sans avoir conservé son nom chevaleresque parmi eux, c’est lui qu’ils croient voir trish'ment errer dans les bois de la Chartreuse de Bonlieu , ou chevaucher gaillardement dans les airs sur le destrier blanc dont nous avons parlé ailleurs comme d’un Pégase.
De nos jours et surtout au milieu des populations guerrières de nos provinces de l’est de la France, la croyance que l’empereur Najwléon n’était pas mort a été assez volontiers admise dans les chaumières, au moins jusqu’à la fin de la Restauration , et le romancier Balzac n’a été absolument qu’un écho de cette pensée , lorsqu’il fait dire au vieux troupier Goguelat dans son Médecin de campagne : «Ceux-ci disent qu’il est mort! Oh bien oui , mort! on voit bien qu’ils ne le connaissent pas. Ils répètent c’te bourde-là pour attraper le peuple et le faire tenir tranquille dans leur baraque de gouvernement. Ecoutez! La vérité du tout, est que ses amis l’ont laissé seul dans le désert, pour satisfaire à une prophétie faite sur lui, car j’ai oublié de vous apprendre que son nom de Napoléon veut
(1) Château de la rnmmune de la Chaux du nombirr, département du Jura.
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dire le lion du désert. Et voilà ce qui est vrai comme l’Evangile. Toutes les autres choses que vous entendrez dire sur l’Empereur sont des bêtises qui n’ont pas forme humaine. » Et un peu plus loin ; « L’oflicier est encore au service, et c’est leur consigne de dire au peuple que l’Empereur est mort. Faut pas lui en vouloir, parce que, voyez-vous, un soldat ne connaît que sa consigne. »
Mais il n’y a pas que les grands guerriers que le peuple gratifie de l’immortalité physique , puisqu’il a fait cette grâce à Henri-Corneille-Agrippa , surnommé le trismégiste de son temps (\ ) , auteur de la philosophie occulte, pourchassé de Flandres, même de sa chaire théologique de Dôle, pour la hardiesse de ses idées et le commerce qu’il entretenait avec les Esprits.
De Lancre a raconté de Corneille-.Xgrippa des choses si inconcevables au sujet de sa mort , que nous ne pouvons nous dispenser de les livrer à la curiosité des lecteurs.
« Agrippa, dit-il , fut si aveuglé du Diable , auquel il s’était soumis, qu’ encore qu’il connêt trèsbien sa perfidie et ses artifices , il ne les put éviter, étant si bien enveloppé dans les rets d’icelui Diable, qu’il lui avait persuadé que, s’il voulait se laisser tuer, la mort n’aurait nul pouvoir sur lui, et qu’il le ressusciterait et le rendrait immortel ; ce qui ad •
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vint autrement, car Agrippa s’étant fait couper la tête , prévenu de cette fausse espérance , le Diable se moqua de lui et ne voulut (aussi ne le pouvait-il ) lui redonner la vie pour lui laisser le moyen de déplorer ses crimes. — Jamais , non jamais, soit impudence , soit bêtise , on n’avait écrit pareille absurdité sur une mort qui avait été pourtant fort naturelle chez un receveur-général des finances du Dauphiné.
« Tout cela, dit Collin de Plancy, n’empêche pas qu’on ne soit persuadé , dans quelques provinces arriérées , qu’ Agrippa n’est pas plus mort que Nicolas Flamel , et qu’il se conserve dans un coin , ou par l’art magique, ou par l’élixir de longue vie. »
Où se tient maintenant Corneille-Agrippa ? — Il est, sans doute, allé rejoindre , en Bretagne , l’enchanteur Merlin, son maître fabuleux , qui n’a pas non plus subi la loi commune imposée à tous les êtres qui respirent , et qui doit reparaître un jour pour révéler aux générations futures les mystères du magnétisme , ceux des tables tournantes et des oracles du panier, lorsqu’il verra qu’à la fin des hommes sérieux perdent leur temps à les expliquer comme des enfants de deux jours.
KIN DES RÈGNES DE l’aIR ET DE LA TERRE.