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LA PIERRE DES ÉPOUSÉES, DANS LES ALPES

H4iN â défaut de monumcDtis , le* habiljot* de Four* posoèdciu une foule d'oMge» qui déuotCDt l'*n cieoneté de leur origine.

(UExiiT. Bcchorcbe* *ur les Ba»»es>Alpeft)

Parlant des usages de l’anlicjuité qui se conservent dans les hautes vallées des Alpes françaisi^s ,

(I) Iteviie iIh Li/vimais , 1652

1)U LIVRE SECOND

M. Henry en a rapporté un qui, observé et décrit isolément , pourrait être regardé comme unique ; mais , quand on a lu ce qui précède dans nos recherches, on ne le trouve plus aussi singulier; on voit , au contraire , qu’il se rattache à un reste de culte, où certaine divinité, — Vénus probablement — figurait'sous la forme d’une pierre brute. C’est à la Pierre des Epousée» que nous avons maintenant à conduire nos lecteurs.

Dans la vallée de Fours (1), autrefois habitée par les Veamini^ après la bénédiction du mariage, le plus proche parent de l’époux donne la main à la nouvelle épouse, et la mène dans la partie de l’église où elle devra se placer désormais avec sa famille adoptive. Ensuite il la conduit , hors du vaisseau religieux, puis, nou loin de là, vers une pointe de rocher qui s’élève seule au milieu d’une petite place, et qu'on appelle la Pierre des Epousées. Il l’a fait d’abord asseoir sur ce siège , de forme à peu près conique; puis il l’y l'ail tenir debout, sur un pied. Dans ce roc vif, une entaille est faite au ciseau , pour y recevoir le pied droit de la jeune femme. Là , le pied gauche suspendu en l’air, sans appui, l’épouse reçoit les embrassements de tous les membres des doux familles, qui lui passent chacun ries anneaux à scs doigts. Il arrive souvent , dit M. Henry, quand la parenté est un pou nombreuse.

NOTES ET ADDITIONS

que tous les doigts des deux mains sont couverts de ces bagues.

Ces présents de bagues, ce baiser accordé à tant de monde par la jeune vierge qui va passer aux bras d’un mari, nous paraissent être un arrière souvenir de certaines institutions de la Chaldée et de la Syrie , dont la géographie de Strabon (i) et le livre de Baruch (2) nous ont fait connaître l’existence , mais que nous n’avons pas à retracer ici , nous réservant ce soin pour une autre composition. Seulement, nous ajouterons que c’est une trace, bien purifiée par l’influence du christianisme, d’un usage apporté dans la Provence par les Phéniciens , où les plus anciennes annales du pays nous les montrent installés , et où nous avons observé nous-méme une continuation d’autres actes religieux , phéniciens , sur ia montagne de la Sainte-Baume (3).

Revenons à la Pierre des Epousées pour dire encore que la Vénus des Syriens n’était, suivant Maxime de Tyr , qu’une pierre brute qui servait à la fois d’idole et d’autel de sacrifice, suivant un célèbre archéologue (4).

A peine la dernière bague est-elle mise au doigt de la mariée des Basses-Alpes qu’il se livre un com-

(1) Livre II.

(2) Chapitre vi , v. 42 cl 43.

(3) Les tas de pierres votifs dont nous avons fait mention, p. 195, ehap. xLix.

(4) Dulaure. De$ culte» attlérieun à l’idolâtrie , p. iii.

DU LIVRE SECOND

bat entre les habitants du hameau de l’épouse et ceux du hameau de l’époux. Cette lutte honorable est un témoignage de l’estime publique , et il faut, pour le mériter, une conduite exempte de reproche. Voilà un dernier trait de mœurs qui prouve une fois de plus l’origine syrienne des habitante des Basses-Alpes et de leurs institutions.

Nous retrouvons à une autre extrémité de la France (en Bretagne) la trace d’un usage qui a une grande analogie avec celui qui vient de nous occuper. Il s’agit du saul des mariés. « Le premier dimanche de carême , toutes les mariées de la juridiction de l’abbaye de Saint-Georges étaient , sous peine d’amende, obligées d’aller à Saint-Uélier , paroisse des faubourgs de Rennes. Là, après vêpres , elles entraient dans le cimetière , et sautaient en chantant une chanson relative à ce droit , pardessus une pierre d’environ un pied de haut. Quand il faisait beau, dit M. Lemière de Corvey (1), c’était un but de promenade pour voir sauter les mariés. »

Au Chapitre LXXXVIII , Les nains du Jura , p. 602 , ligne 21 , intercalez le paragraphe suivant :

Les géographes chinois ont publié de pareilles fables sur un royaume étranger , nommé Syautin-

(1) itfcm. de la Soc. roy. det Anl. de France, tome vi , p. 168-

79() >OTES ET^ADDITIONS

que, ou le pays des Nains. Il était, disaient-ils, habité par des lioinmes de si petite taille , que , dans la crainte d’étre enlevés par les aigles et les éperviers, ils étaient obligés de se lier plusieurs ensemble (1).

Au Chapitre CXI , Le lièvre d' Augerans, p. 678, ligne 5 , ajoutez le paragraphe suivant :

Les Gaures de la Perse ne mangeaient pas non plus , et ne mangent même pas encore à présent la chair de cet animal ; on en donnait une singulière raison au voyageur Tavcrnier ; c’est que la femelle du lièvre , dit-il , a ses mois réglés comme les femmes.

Au Chapitre CW, Le cheval sam tète, p. 689 , ligne 5 , ajoutez :

La jument Boraeh du manuscrit Ouïgour a quelque chose de plus surprenant peut-être que le cheval sans UHe : elle se distingue par une tête de femme, et n’en est pas meilleure pour tout cela. On ne peut s’empêcher de rappeler à l’occasion d’une tête humaine placée sur une forme chevaline, le mythe grec de Boreas, le vent du nord, qui, devenu amoureux des cavales d’Erichtonius prit la figure d’un coursier pour leur plaire. Père de douze

(1) Wi.«e ijêntr. <iet Voij. , par l’abl)é Prévost, tAi, p. 2G8.

poulains, si légers à la course, qu’ils galopaient sur les moissons sans les endommager , Boreas pourrait bien avoir eu pour extrait la jument Borach. La fécondation des Juments par l’air était chez les anciens une opinion tellement accréditée qu’une foule d’auteurs l’ont attestée, et que Virgile la consigne dans ses géorgiques (1).

O prodige inoiii ! le zéphir les féconde !

On connaît plusieurs médailles grecques recueillies dans le pays des Cénomanes (2) , sur lesquelles on voit Céphale attelé au char de l’Aurore : il y est représenté comme un cheval ailé avec une tête humaine qui est une espèce de rébus , puisque Céphale en grec signifie tête.

Au Chapitre CIX, Le culte du Taureau, p. 700, ligne 24 , intercalez ce paragraphe :

Un taureau en bronze, d’un très-beau travail , découvert en 1832, sur le territoire de Salins, a été

(1) Voici les vers du poète :

üpc omnes versæ in Zephirum sUnl rupibus nltis , ExcepUintquc levés auras ; et sæpc sine ullis Conjugiis vento gravida: (mirabile dictu)

Saxa per et seopulos cl depressas convallcs Uiflugiunt ; non , Eure , tuos , ncque solis ad ortus In Boream , etc. (G. liv. ni, vers 273 et suivant). Virgile met la scène dans la Troade.

(2) ftcüMC numitMaliqne , 1850, pl. ii.

NOTES ET ADDITIONS

acquis par M. Prudhomme, ancien substitut du procureur général de Besançon.

Ibidem , page 70o , ajoutez à la note :

D'aulrcs chartes paraissent désigner Bulle ( ou un lieu voisin de Bull* et de Bouverans ) sous d’autres dénominations latinisées qui sont analogues, telles que Mon» Taurineu» , Mon» Ton» , Montorier , ce que l'on peut aisément traduire par la montagne aux taureaux , mon» tauri». On pourrait croire qu’il s’agit ici du raureni» , la plus ha\itc des montagnes des environs de Pontarlier; mais ni M. Droz , ni M. Bourgon , ni M. de Charricrc ne le disent. On suppose le Mon» Tauri» à Bulle , sans en donner la raison. Nous ferons cependant observer, en terminant, qu'on voit, près du village de Bulle, des vestiges remarquables de construction romaine , ce qui prouve du moins que nous avons raison de supposer à ces lieux une haute antiquité ; et nous ajouterons que Bal en celtique signifie bœuf.

Au Chapitre CXXI , Le bison de Besançon , commencez par les paragraphes que voici :

Dans la Revue numismatique de 1837, M. le marquis de Lagoy attribue à la capitale de laFrauche-Comté une médaille gauloise sur laquelle sc fait lire le mot biso , partie du mot Bisontium. Au revers de cette médaille est un bœuf qui marche à droite; sur l’autre face, se montre un cavalier casqué, dont la présence nous rappelle ce vers de Lucain :

Optima gens flexii in gyrum »equana frœni» ,

OÙ la nation des Séquanes est vantqp pour son ha-

ou LIVRE SECOND. 799

bileté en équitation (1), ce qui doit confirmer M. de Lagoy dans la justesse de l’attribution qu’il fait de cette médaille à la ville principale de la Séquanie.

Le même numismaliste rapporte également à Besançon une autre pièce, du même type, mais qui n’a pas de légende. #

Ces signes monétaires ne sont pas les seuls que Içs Francs-Comtois aient à revendiquer comme ayant appartenu à leur ancienne province : M. Duchalais propose d’attribuer également aux Séquanes d’autres médailles à bucrane , c’est-à-dire à la tête de bœuf vue de face; et d’autres pièces encore qui ont principalement pour type un bœuf passant , marchant à droite, et pour légende : ambactus, client.

Tout ce que nous avons avancé, dans un des chapitres qui précèdent, sur le culte du taureau en Séquanie , tous les monuments restants de ce fétichisme , nous font reconnaître ici qu’une partie de la province a pu avoir pour enseigne nationale ou pour symbole de son principal commerce , l’animal qui peuplait ses pâturages. Voilà, ce nous semble, pourquoi plusieurs de nos localités portent des noms commémoratifs de leur naissance toute pastorale, telle que Bulle, Monstauris, Bouverans; le Taureau, le Bisot, Vacheresse. Voilà pourquoi le bourg de La Rivière avait pour armes un bœuf

(1) Le goût des Francs-Comtois pour la cavalerie s'est perpétue jusqu'à nos jours : Pélisson en faisait déjà la remarque dans sa notice, rédigée après la conquête du comté de Bourgogne.

800 NOTES ET ADDITIONS

traversanl l’eau; pourquoi les sires de Joux avaient pour cri de guerre : au bœuf, et pour timbre de leur écu un bœuf ailé ; pourquoi enfin , suivant les opinions populaires répandnes dans les hautes montagnes du Doubs , la race bovine est sous la gaixle spétiale des génies , comme nous l’avons dé^à vu au chapitre qui a pour objet les Follets, pasteurs de Gilley. «

Descendons maintenant à Besançon, où nous rappelle l’opinion de l’historien do cette ville.

Une médaille d’argent , que le sol de Besançon a rendue à la lumière (1), avait déjà décidé Jean- Jacques ChifOet, etc.

Au Chapitre CXXIII , Forêts sacrées , page 723 , ligne 3 , ajoutez :

Ce fétichisine fut commun à la nation grecque , qui révérait non seulement la forêt de Dodone , mais les bois sacrés de Claros et d’Epidaure.

Au Chapitre GXXV. Lea Iles sacrées^ p. 730,

ligne3',ajoute4i: , ^ .■

N’est-il pas fort singulier , entre autres choses ,

(1) Il y a <lc9 personnes qui ont suspeclé celle découverte ; jKUir nous, qui n’avons pas de raison pour la rejcler, nous supposons que Chifflct a pu en parler de bonne foi ; et ce n’est pas parce que la pièce serait encore unique dans son genre , que nous nous permettrions de la déclarer fausse. Nous ne l’avons d’ailleurs pas me.

DU LIVRE SECOND

que , dans la Dombes , au bord du ruisseau de Font-Belin dont nous avons fait connaître ailleurs la consécration à une divinité gauloise (1), et, près de ce village d’Ars , devenu si fameux depuis quelques années , il existe un reste de forêt nommé le Boi» de la Papesse! Cette dénomination A^Bois de la Papesse est si ancienne, diton, qu’elle se dérobe à toute recherche au sein de la nuit des âges (2) ; et personne n’en indique le sens. Liberté plénière , en conséquence, d’émettre une conjecture à cet égard, et c’est ce que nous nous permettons en effet.

Certainement nous ne sommes pas de ceux qui croient à la papesse Jeanne-, et lors même que nous y croirions, nous ne pensons pas qu’elle ait eu des possessions dans la Dombes. Nous serions plus porté à supposer que le Bois de la Papesse retrace un souvenir confus et dénaturé de la religion des peuples primitifs de cette province , notamment le séjour d’une de ces femmes inspirées de la Gaule , qui n’étaient , comme nous l’avons dit plus haut , qu’une imitation de la souveraine prêtresse du Thibet dans l’ile de Palté. Au pays de Dombes, la mémoire d’une Véléda, remplissant les mêmes fonctions pontificales ou divines, se sera conservée et transmise pendant les siècles , et aura fini par s’oblitérer, au point de ne plus nous laisser

(1) Ch. XLïi , p. ISO.

(2) Le d'Art^ par M. Atl. p. (52.

802 NOTES ET ADDITIONS , ETC

qu’une dénomination vague pour tout indice de

l’existence d’une semblable institution.

Mais, nous objectera-t-on, le mot papesse , non plus que le mot pape , n’appartient pas aux cultes qui nous sont étrangers. — Nous répondons que papas , chez les peuples de l’Inde , est le nom qu’on donne aux souverains pontifes , comme papasath est le nom des prêtres chez les Ethiopiens (1). Le profond Du Gange, qui nous i l’apprend , <Ut aussi que papas signifie clerc ou prêtre, et que le. même terme a signifié pédagogue ou instituteur de la jeunesse , sans doute parce que l’éducation a toujours été entre les mains des ministres de la religion.

, C’est donc au mot papas qu’il convient le mieux de ^arrêter pour l’étymologie dôi poipe ,ou de pape , puisqu’il s’accorde avec nos institutions druidiques et en hù'me temps avec celles de l’Inde. Alors, disons avec plus de certitude ici que les ilôts appdés La Pape ou La Poipe ont été des demeures sacerdotales à l’époque payen/ne , et que le Bois de la Papesse appartenait sans doute à la Véléda de la Dombes. .■ ’

(1) Scribil prætcrea Scaliger, lib. 7 de Emondât, lemp. p. 684. .Cthiopca , sacerdotes paptuath bodie vocarc , ut episcopos cpiscupasalb. Sed et Indes summos sues pontificcs papeu appellare ctiam num tradit Joseph, a Costa., lib. 5, cap. 14, p. 232. Du Cange au mot papal.

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