‹ Traditions populaires comparéesChapitre 380 sur 386 · LE MENHIR DE PLOUARZEL · texte numérisé non relu

LE MENHIR DE PLOUARZEL

Ob]eU de saperttUioD dont le but et l'oriiiDc «o perdent dtnt U nuit de* temps, ce* bosse* reçoivent encore une sorte de culte biisrre de la part des psTMD* deseovlroo*.

(FnivnivtLLi. Guide do voyageur).

Dans les ouvrages où l’on groupe les citations , où l’on confronte les faits , une chose obscure peut

(1^ Voyez le Chapitre XXXVI , Les Fies chrétiennes, page 394. (2) Yé celi mémo zor de grand rézoUsance Per lou Braissan ,

Qun sa tnore ria bolia , aveutin de naissance FU cornent rnn.

Philibert Le Duc.

« C'est ce même jour de grande réjouissance pour le Bres»an > qu'à sa mère une jeune lillc , aveugle de naissance , parla ainsi. »

Dtgitized by GüOgtt

NOTES ET ADDITIONS

s’éclairer par une autre. Multiplions donc les points de comparaison, et s’ils ne suffisent pas encore pour s’expliquer par eux-mômes, attendons, pour deviner le mobile d’un usage , que d’autres données nous soient survenues.

Le plus remarquable des menhirs ou pierreslongues de la Bretagne française est celui de Kerveac’hton , planté dans la lande de Kerloas , aux environs de Plouarzel et de Saint-Renan : ce monument n’a pas moins de onze mètres de hauteur. La forme est en partie prismatique , en partie quadrangulaire.

Si vous désirez savoir le motif apparent de l’érection de celle façon d’obélisque sur l’éminence de Kerloas ou Kergtas , traduisez cette dernière dénomination locale en français , et vous apprendrez que Kergtas est le lieu du deuil ou de la douleur , ce qui vous donnera lieu de conclure qu’il s'agit d’un monument funéraire. Cependant, il se rattache à ce menhir un usage qui contraste singulièrement, par sa gaîU^ avec la tristesse d’une telle destination.

De père en fils , les nouveaux mariés du pays, qui ' suivent cette coutume , se rendent au pied du monolithe ; et , se dépouillant de quelques-uns de leurs vêtements, se frottent le ventre à deux aspérités de la pierre qu’ils trouvent de part et d’autre à la hauteur d’environ deux pieds et demi. Ils se mettent ainsi sous une influence que l’on dit inhérente à l’objet de ce culte. L’un des conjoints prétend ob-

DU LIVRE SECOND

tenir des enfants mâles pour continuer la postérité sous son nom ; l’autre en attend la certitude de la fécondité de son sein , ou la maîtrise absolue dans sa maison.

D’où vient aux Bas-Bretons une croyance aussi ridicule ? D’où vient qu’ils s’adressent à cette longue pierre debout ? Qu’est-ce donc que ce simulâcre autrefois divin et encore si vénéré de nos jours ? 11 n’y a que le lingam de l’Inde qui semble fait pour lui être comparé.

Mais , dira-t-on , y a-t-il quelque rapport entre les Hindoux et les Bretons? — Beaucoup : c’est ce qu’il nous sera aisé d’établir un jour, surtout à l’occasion de Vannes. En attendant, parlons des Grecs. La coutume que M. Yemeniz a retrouvée à Athènes, et qu’il relate en son intéressant Voyage dans le royaume de Grèce (p. 15) qu’il vient de publier, rentre trop dans le cercle d’idées où nous tournons, pour que nous ne citions pas le passage où il en est fait mention :

« En descendant la colline , dit notre auteur , on longe un petit ruisseau contenu dans le rocher ; sur les bords de ce ruisseau , on remarque un siège taillé dans la pierre vive. Les Athéniennes venaient s’y asseoir , puis se laissaient glisser sur le dos jusque dans le ruisseau , en invoquant Apollon , afln d’obtenir d’heureuses couches. Tant de prières ont été adressées à Apollon, que la pierre est noire et polie en cet endroit. Aujourd’hui encore, si l’on se

792 NOTES ET ADDITIONS

(Urigo (le (M3 côté par une nuit claire et lumineuse , on voit de temps à autre une jeune femme s’avancer silencieusement , en regardant autour d’elle , jusque vers la pierre magique ; puis , après avoir accompli cette pratique superstitieuse , reprendre d’un pas hâté le chemin d’Athènes. »

On ajoute — mais nous ne tirons pas cette anecdote du jivre (jue nous venons de citer — on ajoute (jue : n Le roi de Bavière , père du roi Othon , se trouvant en Grèce , et ayant appris que celte antique coutume existait encore, faisait à cet endroit de fréquentes promenades au clair de la lune, pour épier les femmes grecques et les voir s’asseoir et glisser sur la pierre , et (juïl ne put résister à la fantaisie d’en faire autant lui-même » (1).

Page 1