‹ Traditions populaires comparéesChapitre 39 sur 386 · LE CAVALIER DE CLÉMONT · texte numérisé non relu

LE CAVALIER DE CLÉMONT

sujets de son maître, serait condamné à errer ainsi, la tête cassée, sur les rochers témoins de ses exactions et de ses crimes. Je conviens que ce mode d'appréciation est plus édifiant, et qu’il vaut mieux que la science ; mais, pour rendre plus d’hommage à la vérité, ne devons-nous pas faire remarquer que les apparitions de Bonlieu et du proscrit du Bugey ont bien des traits de ressemblance avec le cavalier blessé de Montécheroux, et qu’il peut bien avoir été calqué sur un type commun que nous# avons déjà découvert aux monts Caspiens comme aux monts des Gattes. Nos héros disgraciés seraient des imitations effacées d’anciens tableaux, des ombres de Bellérophon, de Wishnou, du roi Arthus, ou de quelques guerriers célèbres que le peuple aurait divinisés, quoique malheureux.

J’en demande humblement pardon à certains lecteurs qui ne voudraient trouver dans nos recherches que des contes bleus, purement et simplement racontés, sans commentaires. Comment et pourquoi s’informer si ces mômes contes se répètent ailleurs, en des pays lointains? — Ce serait, je crois, avoir pris un soin parfaitement stérile que d’avoir recueilli de pareils enfantillages de localité ; et ce. serait de plus avoir signalé nos provinces comme les plus superstitieuses de toutes , que d’avoir négligé de dire qu’elles ne sont pas les seuls pays de l’univers où cette espèce de monnaie fruste ait cours. Ne leur faisons pas cette injustice : indi-

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quons quelquefois, pour servir de point de comparaison , les lieux où nous apercevons des conformités de traditions populaires, sans pour cela prétendre qu'il y ait toujours filiation de peuples et transmission d’idées.

On sait que l'Asie centrale est la région des Esprits par excellence. H’Lassa, la capitale du Thibet, est, comme son nom l’indique, le séjour des Esprits. De H’Lassa à la Chine, le chemin traverse ' une chaîne de montagnes qui en a pris aussi sa dénomination. Lha-Ri est le mont des Génies. Au pied de cette montagne, à l’orient, est la résidence de Lha-Ri, où les missionnaires Hue et Gabet (1), au mois de mars 1846, trouvèrent une pagode en l’honneur d’un fameux général nommé Kouang-Ti. Ce guerrier avait vécu au IH* siècle ; il avait été mis à mort avec son fils Kouang-Ping, après de nombreuses et brillantes victoires. Les Chinois disaient qu'il n'était pas mort réellement, mais qu’il était monté au ciel, où il avait sa place parmi les dieux (2). Les princes Mandchoux , qui régnent actuellement à la Chine, ont nommé Kouang-Ti esprit tutélaire de leur dynastie, et lui ont élevé un grand

(1) Notre vénérable compatriote Gabet , de Nevy-sur-Seillc (Jura) , mort, enl853, àRio-de-Janeiro, emportant les regrets de toutes les personnes qui ont eu le bonheur de le eonnaitre. Le récit du voyage de M. Hue et de N. Gabet, inséré dans les Annalet de la Propagation de la Foi, — Novembre 1849, — a intéressé toute la France catholique.

(2) a Achille reçut chea les Grecs celte apothéose. » ( Collin de Plancy, Diction, infernal).

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nombre de pagodes. On le représente ordinairement assis, ayant à sa gauche son fils qui se tient debout, et à sa droite son écuyer. Le temple de Kouang-Ti à Lha-Ri se nomme Kouang-Ti-Miao, c’est-à-dire, temple du Dieu de la guerre.

Qui ne sera frappé de la similitude du sort de ce généralissime chinois avec celui des Wishnou, des Bellérophon , des .\ratus et des Artus ? Comment expliquer ces conformités de mythes chez des nations qui se ressemblent d’ailleurs si peu ? — Ce serait facile, mais il faudrait disserter.

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