CHAPITRE XIX
LA CHASSE n'OLIFERNE.
(^ibui •) creJori* »
ExpecUr« pot«ris Artunicn rum BritoDibaR.
BLtsrvstt. Ertur 17.)
Si BrllODum rideadâ fldrs et credulus error .
Arturum etpectaot, eipectabootqae pereane (loft. 1»CAM*, De ricidio trojinu )
En l'année 1598 , Henri IT cbaMait dan» la forêt de Fontainebleau > tout à eonp il entendit le» Jappement» d'ane meute et le »on du cor ii une distance de demi* lieue... Les berfer» du toisinage prétendent que e'e*t un démon qu'ils appellent le Grand Veneur ; mai» on croit aussi que ce pouvait bien être la chawede «aint Hubert , prodige qui a lieu dans d'autre» province».
(CoLt.t?t tiF. PtiMCY. Dici. infernal. I
La Grande-Bretagne , la Bretagne , la Normandie, le comté de Foix , la Guyenne, et bien d’autres provinces sont des pays de chasse pour le fameux Arthus, roi des Bretons, si souvent nommé dans les romans de la Table ronde. Le Char r oie ou le Carré est le nom que l’on donne en plusieurs lieux de France à la bruyante chasse aérienne du roi Arthus , autrefois réputé grand magicien , d’où est venu , dans le comté de Foix , le mot
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LA CHASSE ll'OLIFERNE. 81
d’énartây enchanter, user de la puissance prestigieuse du roi Artus. Les Bretons des environs de Huelgoat (Finistère) y montrent les rochers énormes dont se composait un château de cet illustre personnage, ruines grandioses, gardées par des animaux aux cris lugubres, et quelquefois visitées par la cour enchantée de ce bon roi.
On assure « qu’il passe encore souvent en l’air, criant après ses lévriers ; mais ce sont des sornettes, dit un auteur sérieux , et erreurs populaires anciennes , qu’il est impossible d’ôter de leur esprit , pour être enracinées de trop longue main. C’est pourquoi l’auteur du roman de la Rose dit fort bien et avec jugement :
« Mais garde que ne soil si sotte Pour riens que clerc ne la lui not*‘;
(Jue jù riens d'enchaiitctnenl eroye,
>e soreerie , ne c/iarroijf,
Ne Hélénus ne sa science,
.Ve magique ne nécromancc (I). »
(]e n’est pas seulement en Normandie , nous dit l’auteur du Dictionnaire infernal, qu’apparaissait autrefois le mystérieux chasseur. En l’année 1598, Henri IV chassait dans la forêt de Fontainebleau ; tout à coup il entendit les jappements d’une meute et le son du cor à une distance de demi-lieue. Presque au môme instant , le môme bruit retentit à quelques pas de lui. Henri ordonna au comte de
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Soissons d'aller à la découverte ; le comte obéit en tremblant , ne pouvant s’empêcher de reconnaître qu’il se passait en l’air quelque chose de surnaturel.
Quand il revient auprès de son maître : « sire , lui dit-il, je n’ai rien pu voir; mais j’entends comme vous , la voix des chiens et le son du cor. — Ce n’est donc qu’une illusion, dit le roi. » Mais alors une sombre figure se montra à travers les arbres et cria au Béarnais : « Vous voulez me voir, me voici ! »
On a supposé que ce spectre était un assassin déguisé. « Il ne manque pas de gens, dit Matthieu (historien contemporain, connu personnellement de Henri IV), qui auraient volontiers relégué cette aventure avec les fables de Merlin et d’Urgande , si la vérité n’avait été certifiée par tant de témoins oculaires et auriculaires. Les bergers du voisinage prétendent que c’est un démon qu’ils appellent le Grand Veneur^ et qui chasse dans cette forêt; mais on croit aussi que ce pouvait bien être la chasse de saint Hubert , prodige qui a lieu dans d’autres provinces. Démon, esprit, ou tout ce que l’on voudra, il fut réellement aperçu par Henri IV, non loin de la ville de Fontainebleau et dans un carrefour de la forêt qui a conservé la désignation de la Croix du Grand Veneur fl). »
fl) Collin Ae Planc\ , d'apiT5 le (Junlfi-li ^nf/iizinr.
LA CHASSE U’ULIFERNE. 83
Reodons-noiis maintenant à la montagne toute boisée où s’élèvent les ruines solitaires du château d’Olifernc (1), antique dominateur des sombres vallées de l’Ain , de l’Anchéronne et de la Vallouse., Célèbres par leurs enchantements, les flancs de cette verte montagne retentiront toujours du son des cors , des voix humaines et des aboiements prolongés qui composent le concert magique où se plaît encore , dit-on , l’âme de l’ancien seigneur de cette terre, comme on entendra toujours ailleurs les chasses miraculeuses du bon roi Arthus.
Un garde forestier, témoin oculaire de ces prodiges, m’assurait , il y a bien longtemps, tout ému qu’il en était encore , qu’attiré un beau matin par le bruit de la chasse , il était arrivé à une clairière de la forêt ; que là il avait trouvé rassemblés, sous les amples rameaux d’un chêne, une foule de grands seigneurs, de belles dames et de piqueurs, les uns mangeant sur le gazon , les autres gardant les chevaux ou distribuant la curée à de nombreux limiers ; que la joie la plus vive animait le banquet; que, n’osant aborder une société aussi brillante , il s’était reculé; qu’il avait pris, pour s’échapper, un oblique sentier dans le bois ; mais qu’enchanté d’un spectacle si nouveau pour lui, il avait retourné la tête, afin d’en jouir encore... Plus rien, tout avait disparu.
(I) Pivs <rAi'ir)lh(Kl Jura .
LA CHASSE d’oLIFERNE.
Je doute si je dois profiter de l’occasion , pour dire que, dans de vieilles chartes, le nom de ce château fut quelquefois écrit Holoferne, comme celui que portait un général persan des troupes de Nabuchodonosor et qu’a rendu illustre l’acte courageux d'une héroïne d’Israël (1). Holofeme signifiait le vaillant capitaine (2); et tout ce que l’on raconte du courage indomptable du seigneur d’OIiferne est si prodigieux, que je serais tenté de croire à un secret rapport entre le chasseur sauvage de cette montagne et la signification du nom qu’elle a porté.
(1) Judith , liv. II.
(2) Suivant les interprètes dos noms delà Bihie.