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CHAPITRE XVIII

LES CHASSEURS NOCTURNES

P*rmi ce» tr«dUions r«p«Ddtte$ à tnvm l'AU**magne , iJ en eit qoî remontent Jutqn't rOrient , qui te lient de trèe-prÿ» à celle» de l'Inde et de la Grèce. Xavxeh Hahhier , SouTenlr» de Toragee.

Un jour que je montais avec le savant helléniste M. Schweighaeuser, de Strasbourg, au mur païen qui couronne la montagne de Sainte-Odile , il m’apprit que, dans l’opinion des paysans alsaciens, la vallée d’Otlrott était la résidence d’un Esprit qu’ils qualifient de chasseur sauvage. A quelques jours de là, son émule en réputation, son collaborateur aux antiquités de l’Alsace (1), M. de Golbéry , me conduisant à un autre mur payen sur le Tœnichel , par le frais vallon de Ribauvillé, ajoutait à cette première donnée qu’il

(1) Ces «avants ont publié , rn 1828 , un m.ignifique vol. in-fol., sur les châteaux , les monastères , 1rs lieux les plus importants de la Basse et de la Haute-Alsace, avec une foule de dessins lithographiés, sortis des presses de .M. Engelmann.

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n’y avait peut-être pas , en Allemagne , de vallée tant soit peu fameuse, qui n’eût son sylphe chasseur comme la belle vallée des Vosges.

Ces traditions étrangères réveillèrent aussitôt en moi de pareils souvenirs , que j’avais autrefois recueillis dans ma patrie, et dont je dois compte à mes lecteurs. Je leur parlerai donc du chasseur d’Oliferne et de celui de Scey-en-Varais ; mais ils me permettront d’abord de leur indiquer, en dehors de mes limites , quelques autres chasseurs aériens formés sur le même type. Une telle excursion est toute dans l’intérêt de la science , pour les personnes sérieuses qui aiment à remonter aux points de départ de toutes choses, même de celles qui paraissent futiles, mais qui ne le sont pas plus que les sujets mythologiques de la Grèce et de Rome.

Dans le Teutcheland, le chasseur sauvage est une des croyances les plus répandues : Grimm cite celui des environs de Saalfeld et de Wirbach , qui se met quelquefois à la poursuite des pauvres petits nains, ramasseurs do mousse dans les sombres forêts de sapins (1); il cite aussi le chasseur impie Hackelberg, qui a demandé à Dieu , au lieu de sa part du paradis, de continuer l’exercice de la chasse au sein des forêts du Sœlling, et qui chassera sans relâche et sans repos jusqu’à la fin du

(I) Trati. I. i, p. 70

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monde ; il mentionne également le chasseur éternel de Munster qui , ayant à son passage devant une fenêtre essuyé une raillerie de la part d’un tailleur de cette ville , le culbuta rudement de son établi , en lui faisant lancer un coup de pied par son cheval.

Le féroce Chasseur est le sujet d’un poème de Bürger. C’est un mythe d’enseignement moral, au sens de M. Xavier Marmier (1), qui voit en lui la punition d’un homme dont l’impiété aurait habituellement profané le saint jour du dimanche , on pourchassant des cerfs sur les champs de la veuve et des malheureux , au lieu d’aller au temple adorer le Seigneur. Condamné à poursuivre éternellement un gibier fantastique sans l’atteindre Jamais, il bat les hailliers , les buissons ; il se blesse aux ronces , aux rochers, et il ne se reposera plus avant la fin des temps.

La même légende existe dans toutes les contrées du nord (2).

« Dans la Scandinavie, dit M. Guyornaud, Odin révélait souvent sa présence dans les forêts qui lui étaient consacrées par un bruit semblable à celui d’une armée de cavaliers qui volent au combat. On disait alors qu’il chassait à la tête des héros morts, et tous les mortels étaient saisis de frayeur. De

(1) Suurenirii dr Voyages, p. 220.

(2) Ibid.

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cette croyance répandue dans tous les pays teuto niques, est venue la tradition du chasseur nocturne. C’est à minuit qu’il fait ses apparitions au milieu d’un tourbillon de guerriers. Leurs coursiers galoppent sur les nuages , entre le ciel et la terre ; les trompettes sonnent; on distingue la voix du chef faisant entendre à ses soldats fantastiques le cri de aiAo (vieux mot qui signiQe allons! couragef)’, et l’air résonne au loin des cris de la troupe aérienne.

« L’analogie entre le dieu Odin et le chasseur sauvage est évidente, dit M. Guyornaud (f). On appelle , en Allemagne , la troupe d’esprits qui accompagne le chasseur, Woden heer (l’armée d’Odin) ; et Woden, en anglo-saxon, veut dire féroce ou furieux (2). «

Le Swétovide des Slaves de l’ile de Rugen avait également tous les caractères de l’esprit chasseur et guerrier dont là Séquanie a conservé la tradition. On 1e représentait jeune, tenant une corne de métal de la main droite , un arc de la gauche , un sabre au côté, dans un fourreau d’argent. Quelque partie du temple qu’on lui avait bâti dans la

(1) Mémoire manuscrit sur les traditions franr- comtoises , ayant obtenu une médaille d'or au concours sur ce sujet, à l'Académie des Arts et Belles- Lettres de Besançon.

(2) « Les chercheurs , dit Collin de Plancy, ont trouvé que Woden, dont les races germaniques ont fait God (Dieu) en se convertissant au Christianisme . a de l'analogie avec le Boudha des Indiens. »

{Dicl. infernal).

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ville d’Akron, avait l’honneur de servir d’écurie à son grand cheval blanc qu’un prêtre seul avait le droit de panser. L’animal sacré faisait aussi des courses nocturnes, et, le lendemain matin, on le retrouvait tout couvert de sueur et de crotte , bien qu’il eût été laissé la veille propre et frais à sa crèche.

Swétovide accompagnait invisiblement les soldats dans leurs expéditions , et ils lui avaient l’obligation de la victoire.

Or, les Slaves et les Ases étaient venus de l’Asie au nord de l’Europe. C’est à l’Asie qu’il faut demander le chasseur nocturne , et Tacite nous montre un Hercule des Parthes, honoré, avec d’autres dieux topiques, sur le mont Sambulos. Ce vaillant chasseur devant le Seigneur comme Nemrod , avertit en songe ses prêtres de lui tenir, près du temple , force chevaux tout prêts pour une chasse. Les coursiers, dès qu’ils se sentent chargés de carquois remplis de flèches, se dispersent dans les forêts; puis reviennent la nuit, les carquois vides, couverts d’écume et hors d’haleine. Ensuite le divin chasseur révèle encore dans un songe quel bois il a battu , et, le lendemain, on y trouve un grand abattis de gibier.

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