I.A CHASSERESSE DE MOISSEY
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Le Jura n’a pas seulement des chasseurs mâles et infatigables pour animer l’air, dans ses contrées boisées si riches d’ailleurs de traditions : on y fait aussi les honneurs de la chasse nocturne à une belle dame blanche , qui entretient des sons d’un gentil oliphant les échos de la longue forêt de la Serre , aux environs de Dole.
Cette forêt se recommande aux amateurs du merveilleux par une ancienne résidence druidique , connue sous le nom de l’Ermitage de la Serre. On y voit une grotte multiple qui a un rez-de-chaussée dont les portes et les chambres voûtées sont taillées dans le roc. Au dessus de cet appartement est un étage composé également de plus d’une pièce , et où l’on remarque surtout une paroi percée d’un
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œil dp bœuf, à l’instar de certains dolmens. Le cachet du druidisme le plus pur est là ; et l’aspect de ce monument delà nature et de l’art, sous une forêt de chênes nous semble si pittoresque et si extraordinaire , que nous le croirions digne de figurer parmi les décorations de l’opéra des Bardes.
A ce lieu révéré se rattachent encore les apparitions d’une dame blanche , et nous avons tout lieu de croinî que c’est la même dame que la chasseresse nocturne de la forêt , à moins qu’elle ne vienne elle-même révéler sa véritable origine à ceux (pji s’informent d’elle, et leur dire : Non, je ne suis pas la Diane de ces parages , mais je suis la druidesse de cet antique sanctuaire.
Il y a , parmi les hommes , des esprits assez mal faits pour se plaire à tout dénaturer : ils se sont avisés d’oter à la dame de Moissey jusqu’à sa jeunesse et à ses grâces : ils en font une naine vieille , ridée , malicieuse , marchant toute courbée sur son bâton blanc de coudrier , comme une sorcière de l’ancien régime. Si le fait est vrai , c’est que les esprits de l’air s’amusent quelquefois à sc travestir pour éprouver la foi des mortels.
Quant à la dame aérienne qui conduit la chasse à travers les nuages , au dessus des bois agités par ses expéditions , ne la voit pas qui veut. On sait qu’elle a une robe blanche , mais on n’en sait rien de plus. Seulement , on entend , avec une certaine •'motion , ses chevaux , ses lévriers , ses pi(]uotirs ,
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ses cumpagnons et les sons harmonieux de sa trompe.
« On croit , dans le Périgord , à une chasse volante , qui se compose de chevaux ailés , montés par des chasseurs , et de chiens courants. Les animaux poursuivis sont le cerf , la biche , le lièvre et des oiseaux. Ceux qui prétendent avoir vu cette chasse , disent qu’elle est très-bruyante, et qu’on y distingue parfaitement le hennissement des chevaux , le glapissement des chiens , le claquement des fouets , le son du cor et les cris des chasseurs. C’est une dame blanche qui est à la tête de la chasse ; elle donne elle-même de la trompe, commande à tout le monde , et , armée d’une pique , elle se fait remarquer par la couleur de son cheval qui est blanc aussi. L’apparition de cette chasse est un signe certain que de grands événements doivent avoir lieu. On ne manque pas d’ajouter que celte chasse parut en 1792, avant le règne de la Terreur (1). »
La chasseresse de la Franche-Comté et celle du Périgord ne peuvent se ressembler davantage.
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