CHAPITRE XXVIII
LA von VUE AIX ENVIRONS DE LYON.
.Mofti ]j Vuttîvrc. vomtnt* loutd te« crojfauct's su l«*rMltlcu»c4 » n'Ml que la pcrMuniflcatioD du bon heur parfait vern lequel l’homme cgaceolre tou» ses effurts sans poUToir ratteiodre. Son escarbouele après laquelle les pavsanit courent au milieu des buis , c'est la pierre pliilosophalc qu*a lonjtiemps et toujours eu vain poursuiri Tastroiogue dans le dedale de son lab'jratoire. L'esprit humain tourne toujours dans le ioLssanaNDor.
La Vouivre n’habite pas exclusivement la Franche-Comté, et on la rencontre assez volontiers pas- .sant , la nuit , à travers les airs dans les provinces voisines. Elle prend alors le nom de Dragon-Volant, et les villageois sont moins effrayés de sa vTie, qu’excités par la convoitise à l’aspect du diamant qui resplendit sur sa tête et qui laisse comme une traînée de feu derrière lui. Les paysans du département de l’Ain et du Dauphiné savent parfaitement quelle fortune gagnerait l’heureux ravisseur de ce diamant; mais ce qui nous a surpris, c’est d’apprendre que le Dragon-Volant ait l’audace devenir, en plein XIX' siècle, jusques dans les
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villages des environs de Lyon , au milieu de la population des laitières et des maraîchers de la banlieue , gens assez incrédules pour la plupart. Nous devons ajouter que ceux qui le voient se gardent bien d’aller causer de ces choses-là avec M. le curé de leur endroit, ou avec le bourgeois de la maison de campagne dont ils exploitent la propriété.
On sait combien les négociants de Lyon sont empressés de quitter, le samedi soir, non seulement le comptoir où ils ont passé la semaine , mais encore la ville dont les rues sinueuses et les maisons élevées les ont privé pendant six jours d’air et de soleil. Tous les omnibus sont envahis, toutes les routes sont couvertes de monde ; c’est un sauve qui peut général. On arrive avec des amis ; la maîtresse de la maison tâche d’amuser ses convives. Le dimanche se passe en jeux , en promenades , en caiLscries; le soir on fait do la musique; et, si l’on a de la jeunesse , on danse au son du piano ; ce sont les plaisirs de la ville portés aux champs. Le lundi, on revient de bonne heure; mais, pendant ce court séjour à la campagne on n’a vu que des personnes de son rang , on n’a pas quitté le décorum des salons, et il n’est venu à la pensée de personne d’aller s’asseoir au foyer du granger, dont la modeste demeure est à quelques pas. De là , des relations d’affaires, mais peu d’intimité entre l'homme des champs des environs de Lyon et le citadin qui n’est sorti de son salon que pour prendre le frais
LA VOLIVRL AUX ENVIRONS DE LYON. H7 SOUS sa saHe d’ombrages et se promener dans les allées sablées du jardin. De là , vie côte à côte entre deux familles qui sont presque sous le môme toit, mais qui sont profondément séparées par leurs relations, leurs habitudes, leur éducation, et ignorance complète chez le bourgeois de ce qui se passe dans la tôle, le cœur et la maison du villageois.
En 1851 , par une belle soirée d’automne, un jeune homme descendait de l’omnibus, à SainKîenis- Laval; il se disposait à prendre le chemin de N'ourles, joli village à quelques kilomètres plus loin dans la traverse, lorsqu’il s’aperçut qu’un cultivateur, sorti comme lui de l’omnibus , se mettait en route pour la môme destination. Le jeune citadin, curieux , cette fois , d’étudier les mœurs si peu connues des pay.sans du Lyonnais , adressa la parole à son compagnon de voyage, lit les avances , et, déployant toutes ses séductions, eut bientôt le plaisir— la première glace rompue — de se trouver en pleine conversation campagnarde , piquante , railleuse , mais surtout méfiante. Au moindre signe d’étonnement, le conteur rentrait sa langue comme un escargot eôt fait de ses cornes ; il fallait une prudence extrême pour manier cette sensitive , et l’empécher de se clore et de se fermer.
Après avoir politiqué , on en vint à parler de l’Angleterre et de l’Exposition universelle dont le grandiose faisait travailler l’imagination de notre agriculteur.