‹ Traditions populaires comparéesChapitre 60 sur 386 · LA VOLIVRE AUX ENVIRONS DE LYON · texte numérisé non relu

LA VOLIVRE AUX ENVIRONS DE LYON

— Est-il vrai , monsieur, dit-il , qu’on voit à cette exposition un diamant gros comme un œuf, et qui vaut des millions?

— Oui; on l’a surnommé Montagne de lumière. C’est un petit caillou qui vaut une belle fortune.

— J’en ai vn un, il y a un mois, qui valait bien autant, pour ne pas dire plus.

— Où çà?

— Un peu plus loin , à dix minutes d’ici. Je revenais de Lyon, il était dix heures du soir. Tout à coup une grande clarté se fait autour de moi ; je regarde.... et j’aperçois un Dragon qui vient du côté de Saint-Genis... Vrai, un instant j’ai eu un peu peur.

— Mais, à Saint-Genis, ce sont des cuirassiers qui sont cantonnés dans ce moment.

— Oh ! ce n’est pas un dragon-soldat que j’ai vu, c’est un Dragon de l’air. Vous ne croyez pas aux Dragons, vous, monsieur?

— Ah! oui; un Dragon-volant?

— Oh! des bêtises, j’en conviens, mais, que sait-on?

— En voyez-vous dans ce pays-ci? Je croyais que la Vouivre , qui a un diamant sur la tête , ce que vous appelez un Dragon, ne se faisait voir que dans les montagnes de la Franche-Comté, du Bugey, du Dauphiné... c’est singulier...!

11 y eut un moment de silence;... après ijiiel-

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qiies pas , le bonhomme reprit : Vous n’en avez jamais vu ?

— Si ; deux fois dans le Bugey, pendant la nuit, j’ai vu des traînées de feu passer assez près de moi, au-dessus de ma tête. Des vignerons avec qui je me trouvais m’ont bien dit que c’était des Dragonsvolants ; mais je n’ai pu m’en assurer.

— Beaucoup de gens n’y croient pas. Les bourgeois rient et se moquent, quand on leur parle de cela, et les curés ! . . C’est le nôtre qui crierait si on lui disait ce qu’on voit : il dirait qu’on a bu. Ce soir-là, je n’avais rien pris, et j’avais bien faim. Après cela, on se trompe peut-être... N’en parlez pas à monsieur le curé , quand vous le verrez ce soir, je vous prie ; cela ferait toujours des tracasseries... Est-ce méchant, çà?

— Je l’ignore. Ce que j’ai vu , quoique passant près de moi, no m’a fait aucun mal.

— El si on lui prenait son diamant, quand il boit à la fontaine, que ferait-il?

— Que puis-je vous dire ? ce sont des choses qii’on ne peut pas savoir. Il faudrait avoir essayé.

— Quand le mien a passé, je me suis jeté dans le buisson; puis, quand je n’ai plus eu si peur, j’ai bien regardé pour voir où il allait. Il se dirigeait du côté d’une fontaine que je sais; et je me disais : si lu pouvais arriver à temps ta fortune serait faite. J’ai bien un peu couru , puis je me suis dit : bah ! c’est pcut-iHre mauvais. Je n’arriverai pas à temps.

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Mais , si je lui ravis son diamant , qu’en ferai-je ? A qui pourrai-je le vendre? Que ferait le Gouvernement? me le laisserait-il? et monsieur le curé ? Ces choses-là ça s'entend peut-être avec le malin esprit? A mesure que j’y pensais, je courais un peu moins vite. Puis enfin j’ai dit : bah ! j’ai assez de bien comme çà. On n’est pas très-riche , mais on vit : restons tranquille. Je suis rentré chez moi tout doucement... Eh bien ! vous me croirez si vous le voulez , pendant plusieurs jours, j’ai été triste de penser quelle fameuse fortune j’avais peutêtre manquée... Vous n’en parlerez pas, hein?

Le bourgeois promit tout ; mais il ne tint qu’à moitié sa promesse. Le soir, en faisant la partie d’échecs de M. le curé, il lui dit :

— Vos paroissiens de Vourles ont-ils quelques croyances populaires ; croient-ils au follet, au servant? croient-ils à la Vouivre? ce qu’on appelle le dragon-volant, qui a un diamant sur la tête?

— Ah bien oui ! ils sont trop près de la ville. Beaucoup ont de la peine à croire en Dieu. Quant aux drôleries dont vous parlez, ils en riraient. Vous aurait-on dit par hasard...

— Non, je vous demande cela... pour mon instruction personnelle.

— Ils n’ont aucune de ces idées superstitieuses. La plupart lisent le journal. Quelques-uns, malheureusement, sont très-avancés, beaucoup plus

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