CHAPITRE XXX
LE BASILIC
• Or, Toili que Je tnuteDTrrrai de» ba»ilicft contre Uftquel» il n'y » pas d’incantation» a»sei puiftuntes ; et il» TOU» mordront, dit le Seigneur • (l|.
(JÉR^uir. . eh. >111 , T. 17r
Chez nous, le Basilic est un autre animal fantastique, plus redoutable encore que la Vouivre, avec laquelle on l’a quelquefois confondu. On se le représente d’ailleurs sous la forme d’un serpent, pourvu ou non pourvu d’ailes, ce qui contribue beaucoup à la méprise; mais, comme on le dit sorti d’un œuf de coq couvé par un crapaud, il est arrivé quelquefois qu’on lui a donné la tète, le cou et les pattes du coq. Tel est à peu près le portrait qu’en faisaient les artistes du XIl* siècle, d’après la Bgure que l’un d’eux a mêlée aux signes du zodiaque représentés en bas-relief à Sainte-Foy
(I) Quia me etjo mitlani v(jbis Herjientes Ketjulof , <fuibux mm eft ifnanttUio, et mifrfiebuitl ait Dominutt.
LË BASILIC.
près de Lyon, bas-relief incrusté aujourd’hui dans la maçonnerie moderne du clocher de cette paroisse, et sous lequel est écrit en lettres onciales le mot Bctsilicus (1). Celui-ci n’a pas des ailes emplumées comme son père, mais bien des ailes de sauterelle ou de papillon.
Si le papillon y est, en effet, pour quelque chose la figure panthée n’en sera que plus facile à saisir, comme l’aimable et gracieuse image de l’âme dans Psyché ; et nous dirons que le basilic est la forme combinée d’une intelligence immortelle qui est douée de vigilance et de finesse. Je ne crois pas en cela m’abuser, car le basilic passait dans l’esprit du vulgaire pour jouir d’une plus longue vie que les autres serpents, ce qui a donné lieu aux païens de le proclamer immortel, de le compter au nombre de leurs dieux (2). A ce point de vue, il pourrait être classé parmi les animaux symboliques dont les hommes se faisaient des gardiens, môme des gardiens bien terribles, puisqu’ils passaient pour tuer les gens d’un seul de leurs regards.
Toutefois, s’il est si perfide assassin, il ne faut qu’un faible animal, selon Pline, pour le faire mourir; c’est la belette au long corsage.
(1) Bulleliit muiiumrntiil (If .M. de Cutimunl , t. vu, ii" H, |i. GO.'v. , d’après ,M. Crépol , iirehilecle de In (îuillnlière.
;2) Sn-iptunr iiirrir niniM» rnmplftus , I. iii , p. 761), vila (juiiqiir i itlrris hnyiorr frui suppunitur ; umie piujuni velerrit ilium immor- Inlem prnnuntinrunl , ri ih Itrorum suiii iim numrro rrrriifurrmil .
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Il est fort question du basilic dans les livres saints. Dieu s'adressant au Juste, en lui prometUint ses anges conducteurs, lui dit : « A l’abri de leurs ailes tutélaires, tu pourras marcher impunément sur l’aspic, sur le basilic, et fouler sans crainte le lion du désert et le dragon » (1).
Le prophète Jérémie se sert du regultu^ c’està-dire du basilic (car les deux termes signifient également le serpent royal) pour rendre les menaces du Seigneur plus saisissantes, et il crie aux peuples prévaricateurs ; et Voilà que je vais vous en- « voyer les serpents royaux, contre lesquels toute « incantation est impuissante, et iis vous mor- « dront » (2).
Isaïe a recours à la môme menace contre les Philistins : « De la race de la couleuvre, dit-il, sortiront le basilic et son fruit, qui est un serpent ailé et de feu » (3).
Un commentateur latin de la Bible, de Taylor, pense que le régulus ou basiliscus n’est autre chose que le Naja des Hindous, appelé par les Portugais cobra di capello , la couleuvre à capuchon ; mais il ne sait pas que les enchanteurs de l’Inde ont
(1) Super aipidem et basilieum ambulabii t et conculcabit leonetn et dracunem. Psaumes de David, ch. xc.
(2) Quia ecce ego mittain vobis ierpenlet régulas guihus non est incantatio et mordebunt vos, ait Dominus. Jér. proph., ch. viii, v. 17.
(.3) De radiee enim eolubri egredietur Degulus et fruetvs ejiis igneus wrpeus vnhirris. Isaï. proph., ch. xiv , v. ?9.
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le talent de la charmer , aussi bien que les autres couleuvres au sonde leurs instruments de musique.
On dit que c’était jadis une coutume des rois de l’Orient de se faire précéder de l’image de ce serpent en signe de leur puissance (1). C’était le type de la royauté qui leur plaisait (2). Peut-être les dragons enflés de vent et quelquefois lumineux que l’on portait à la tête des armées , chez plusieurs nations de l’Asie, n’ont-ils pas eu d’autre origine que ce royal emblème (3); et de là serait venue l’idée qu’ils étaient de feu (-t) comme nos vouivres.
Mais, comme la vouivre de nos Jours, le basilic serait beaucoup déchu de ses grandeurs : il joue aujourd’hui un rêle mesquin, où on ne le reconnaît plus pour le serpent des rois de l’Orient : il se tient dans des trous de mur, et il porte malheur aux maisons dont il habite secrètement les combles. Par exemple, je sais qu’il en existe un dans un
(1) At rrgulum , m tignmn ri’giœ {wlrstalm , cætrriK nmnibu» antrponebant orienlalet regel.
(2) Graitt» igilur enaiil reginn lypui.
(3) Les Indiens, les Perses , les Chaldéens-, les Egyptiens adoraient le serpent sous plusieurs iiiudifienlions de formes.
(4) Ignili volucres lerpenles.
On dit, à l'oceasion du Séraph ou du serpeni de feu, ignitux lerpeni, que son nom hébraïque signifie hri'der , soit qu'on le lui ait donné à enuse de la couleur rouge de sa peau , soit qu'on ait voulu faire allusion à In rhaleiir, à la riiisante douleur que sa morsure fait suulT rit.
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moulin du vallon delaSeille(l), qui s’oppose éternellement à la prospérité des meuniers. La notoriété publique du moins le signale comme tel.
(1) IVpnrlciiipnl (lu Jiirj.