GÉNIES INTERMÉDIAIRES
la terre et le ciel , nous sentons le besoin de chercher un appui dans l’opinion d’un écrivain sérieux, qui a professé avec distinction la philosophie dans la capitale d’une province où nous allons trouver une foule de sujets de méditation, parmi les débris épars des traditions populaires. C’est donc à cet ancien professeur que nous emprunterons le moyen de préparation dont nous avons à faire usage ici , pour introduire nos lecteurs à l’Olympe de la Séquanic. L’orthodoxie de la citation , en nous sauvant du reproche de rendre hommage au panthéisme , montrera le point de départ de presque toutes les théogonies ; et , sans nous attacher toujours à des démonstrations, nous abandonnerons à la sagacité des curieux le soin de tirer les conséquences.
« Quand l’homme, dit M. Perron, multiplie ses dieux et fait les uns bons , les autres méchants , il n’a pour guides que de fausses analogies , et pour lumières que les lueurs incertaines de sa grossière intelligence; voilà pourquoi il tombe nécessairement dans de révoltantes erreurs; mais en est-il de môme , lorsqu’il reconnaît l’existence de génies intermédiaires entre la divinité et lui? Nous n’aurions que l’autorité de la révélation qu’elle serait plus que suüisante pour nous faire atlirmer qu’ici l’homme ne s’est pas trompé. Mais les lois do l’induction la plus sévère et la raison la plus épurée viennent encore se joindre à l’autorité de la parole
ENTRE l’homme ET DIEE. 3
divine , pour démontrer, sinon que telle ou telle classe particulière de ces Génies existe , du moins qu’en général , des êtres supérieurs à l’homme et créatures do Dieu sont possibles, nous dirions pres-
<}ue nécessaires Le plus éclatant caractère do
l’univers , dans ce que nous en connaissons , est l’enchaînement et l’harmonie des êtres qui le composent. Depuis l’insecte invisible dont une goutte d’eau renferme des milliers , jusqu’à la gigantesque baleine qui bouleverse les abîmes, depuis la mousse imperceptible jusqu’aux cèdres du Liban, etc., depuis les plus infimes existences jusqu’à l’homme, toutes les classes d’êtres créés se tiennent étroitement unis comme autant d’anneaux d’une seule et même chaîne. Point d’interruption dans cette chaîne immense ; point d’intervalle à franchir; les diverses parties do la nature se fondent si doucement ensemble que l’esprit qui les parcourt passe des unes aux autres sans s’en apercevoir. Mais, arrivée à l’bomme, la chaîne se brise; toute gradation cesse. Cette série d’organisations progressives et cette harmonieuse continuité par lesquelles toutes les créatures inférieures s'unissent avec le roi de la terre, ne se retrouvent plus au-dessus do lui pour l’unir avec le roi du ciel. De l’espèce humaine pour arriver à Dieu , l’esprit est obligé de franchir, d’un seul bond , la distance incommensurable qui sépare l’être encore trè.s-imparfait et borné de l’être infiniment parfait.