‹ Traditions populaires comparéesChapitre 8 sur 386 · GÉNIES INTERMÉDIAIRES · texte numérisé non relu

GÉNIES INTERMÉDIAIRES

<i Aussi , lors môme qu’il rejetterait toute autorité religieuse , l’esprit no saurait être satisfait de cette brusque interruption dans la chaîne des existences. Dominé par les lois de l’analogie , il s’indigne de voir cesser tout à coup la progression qu’il a suivie dans les régions inférieures; il ne peut comprendre comment Dieu , après avoir formé une échelle si douce à monter, depuis l’atome jusqu’à l’homme , n’en ait pas continué les degrés qui doivent conduire de l'homme à lui. La création lui semble alors une œuvre tronquée comme un pont qui manquerait de ses principales arcades. Il ne sait avec quels êtres combler l’intervalle, avec quels anneaux il peut terminer la chaîne; mais il croit qu’il doit y en avoir, et il n’est content qu’après les avoir trouvés.

Ici , comme dans mille autres circonstances où l’esprit humain se débat .sous un besoin impérieux qu’il est impuissant à satisfaire , la révélation vient à .son secours. De même que la science lui a montré l’enchaînement progressif des êtres inférieurs , de même la foi déchire le voile étendu sur sa tête , et lui fait contempler, dans les régions supérieures, cette brillante hiérarchie d’intelligences qui s’élèvent graduellement , de perfections en perfections, depuis l’homme jusqu’à celui qui est la perfection suprême. L’échelle mystérieuse de Jacob redescend du firmament sur la terre ; des myriades d’anges en remplissent Jes degrés ; les séraphins , les ché-

ENTKE l'homme ET DIEU. O

riibiiis , les dominations et les trônes font résonner les voûtes du ciel de leurs sublimes cantiques. A la clarté de la foi, les anneaux de la chaîne brisée se retrouvent, l’analogie se continue, l’espace se remplit, et l’esprit humain se repose satisfait, car la religion , qui a aussi horreur du vide , a peuplé pour lui rimmcnsité.

« On s’est beaucoup moqué de celte croyance aux Génies intermédiaires, sans faire attention qu’on tournait en ridicule , non seulement la religion , mais l’humanité tout entière qui les a reconnus, puis la raison elle-même dont les lois les exigent, et sans pouvoir alléguer, pour nier leur existence, que ce puéril motif : « on ne les voit « pas. >< Mais quoi de plus absurde , quoi de plus fatal à la vérité que jle nier des faits ou des êtres uniquement parce qu’ils ue tombent pas sous nets moyens de connaître!

« Si, avant l’invention du microscope, quelqu’un se fût avisé d’aflirmer qu’au-delà des plus petits êtres perceptibles à l’œil existait une série d’organisations innombrables, admirablement pourvues, étonnamment variées et composant , en quelque sorte , un nouveau monde bien plus peuplé et non moins beau que celui des organisations visibles; que, dans les pores du corps humain , que dans une smqtle goutte d’eau, vivaient, se mouvaient, s<t nourrissaient e( se reproduisaieul des milliers d’êtres semblables; .si, avant l’invention du télcs-

0 CÉMES I>TERMÉ1)IAIRES, ETC.

cope , un hoinme eût osé dire : par delà les planètes et les étoiles que nos regards peuvent saisir, il y a des niyriades d’étoiles dont chacune égale au moins notre soleil ; des planètes comme notre terre et peut-être plus étendues encore, sont emportées et réchauffées dans le tourbillon do ces soleils nouveaux dont chacun est aussi le centre d’un monde ; et il y a de ces mondes non pas des millions , ni des milliards , mais une quantité qu’aucun nombre no peut représenter, et que nulle intelligence humaine ne saurait concevoir; si disons-nous, avant qu’on eût inventé ces précieux instruments scientiüques , quelqu’un eut osé tenir un pareil langage, n’aurait -il pas été regardé comme un insensé ? Et cependant , tout ce qu’il eût alors avancé , la science et la philosophie le proclament aujourd’hui hautement. Or, la religion est pour l’homme , lorsqu’il a la vue trop courte , ou qu’il veut plonger ses regards dans des profondeurs inaccessibles, ce que les instruments scientifiques sont pour les organes naturels , quand ils se trouvent trop faibles ; elle lui découvre des vérités que, sans elle, il aurait à jamais ignorées. «

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