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LE DRAGON ENNEMI DU SOLEIL ET DE LA LUNE

iVodanl la conjooctiou de U dliièioe lune avec le aoleil , le premier jour du cicle oommo ain mao , il y nil quelque chose qui mangea le soleil.

< Litue dcvcjis, en Chine, trad. par M. Pavtiiikh ].

Ailleurs , le grand dragon de la cosmogonie universelle — non plus celui qui rampe dans la fange de notre globe, mais celui qui déploie dans les cieux ses immenses anneaux, — alimente son estomac glouton aux dépens des corps lumineux. C’est lui, je le reconnais, qui veut manger le soleil et la lune chez les Chinois, quand ces astres s’éclipsent seulement pour nous (1). Armés d’ustensiles retentissants, ces braves gens qui aiment de tout leur cœur le soleil et particulièrement la lune (2); qui sentent d’ailleurs combien ils ont besoin de leur lumière pour se conduire, donnent un charivari unanime au monstre qui a saisi ces astres

(1) Uitt. gcn. det voyage», I. vi.

(2) Ils lui font dos f;âteaiix.

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chéris dans le ciel, afin de l’effrayer et de lui faire

lâcher prise (1).

Un soir, à la campagne , je contemplais , avec un certain groupe d’habitants du lieu, les progrès d’une forte éclipse de lune ; je ne fus pas peu stupéfait d’entendre des soupirs et des exclamations s'échapper autour de moi . Les yeux arrêtés avec intérêt sur le disque brillant, entamé par l’ombre de la terre, ces braves gens s’apitoyaient sur son sort : « Mon Dieu, s’écriait-on à voix basse, qu’elle est souffrante ! »

Je m’informai du sentiment qui avait dicté ces marques si vives de compassion, et je parvins à savoir que l'on croyait la pauvre lune en proie à quelque monstre invisible qui cherchait à la dévorer.

(I) Il Loi-siju'il arrive une écli|)sc de lune (dil Collin de Plant y. hictionnaire infernaC) , les Chinois idolâtres , voisins de la Sibérie, poussent dos cris et des hurlements horribles , sonnent les cloches , fnippent contre du bois ou des chaudrons, et touchent à coups redoublés sur les tyiubales de 1a grande pagode. Ils croient que le méchant esprit de l'air , Ararhuka , attaque la lune, et que leurs clameurs doivent l'elTrayer.

Il Les Talapoins , dil le même auteur, prétendent que c’est un dragon qui dévore la lune, et que, quand elle reparaît , c’est le dragon qui rend son dincr. — .Vu Pérou , on croyait la lune malade lorsqu'elle paraissait noire. Aussitôt qu'elle commençait à s’éclipser, ils faisaient un bruit terrible avec des trompettes , des cornets et des tambours ; ils fouettaient les chiens pour les faire aboyer, dans l’espoir que la lune , qui avait de l’affection pour ces animaux, aurait pitié de leurs cris, et s'éveillerait de l'assoupissement que sa maladie lui rausait. »

ET ÜE LA Ll'NE. 139

J’oubliais de dire que, sur la lin de l’éclipse, je m’aperçus à des exclamations d’une autre nature, que des poitrines oppressées éprouvaient du soulagement, et que chacun se retirait satisfait de l’issue du combat.

a Dans les vieilles inythologies germaniques, dit Collin do Plancy, deux loups poursuivent sans cesse le soleil et la lune ; les éclipses étaient des luttes contre ces monstres. Dans les Indes, on est persuadé qu’un démon aux griffes noires les étend sui- les astres dont il veut se saisir. Les Lapons sont convaincus aussi que les éclipses de lune sont l’ouvrage des démons. »

.Mais qu’avons-nous à dire des Chinois , des Talapoins et des Lapons ? Les Romains n’ont-ils pas aussi partagé ces bizarreries de l’esprit humain? Ne cherchaient-ils pas eux-mêmes à secourir la lune , dans sa détresse , par le son des trompettes et par le bruit du cuivre ? Lisez Juvénal (1).

Un ancien interprète a pensé que ce tapage nocturne avait lieu lors des éclipsés de lune , pratique superstitieuse condamnée par le Christianisme. Saint- Audoïn , dans la vie de Saint-Eloy , défend aux fidèles de vociférer lorsque la lune vient à s’obscurcir , attendu que , par l’ordre du Tout-

(I) ...Jam nruut liibtt>, iieino iii'ra fwjrl t'iia lolmrunli imlrril siicctirrere htnar.

( Sol. »ii ).

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