CHAPITRE XXXIV
LE PAPILLON
lo ftono l’immigine drU' âBima di Pl«toBe eb> ToUtJ in eielo.
(Tradail d un^ intcrtpiioo grecque ; MoüitvK^n *«rriciii tN WracKiLiiAjm. t. n , p. St6
Après les génies aériens et les spiritualités , abordons le symbole le plus ingénieux que les anciens aient pu imaginer pour peindre aux yeux des sens la nature de l’âme. Toute imparfaite que soit encore cette image , il faut pourtant convenir qu’elle est des plus heureuses et qu’on n’a rien trouvé de mieux depuis la création de la fable de Psyché , fraîche et gracieuse invention qui nous sourit encore aujourd’hui. Dante appelait l’âme l'angelica farfalla , l’angélique papillon.
Parmi les monuments antiques recueillis par Winckelmann (1), nous voyons apparaître la tête de Platon , lo premier philosophe grec qui ait écrit sur l’immortalité de l’âme. Deux ailes de papillon y
(I) Sfcondr rdit. ,1. ii , ng. 169 rl 170.
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sont altaclices (1 j. Dans une autre planclie on voit un sage , platonicien sans doute , tenant un livre ouvert , et ayant devant lui , à ses pieds , une tête de mort sur laquelle est posé un papillon aux ailes déployées, emblème de la survivance. Winckelmann avance que , dans cette représentation , la farfalla n’est pas moins le symbole de l’immortalité de l’âme que celui de la séparation de l’âme d’avec le corps, soit d’avec la tête , qui est , suivant Platon , le siège de la partie raisonnable de l’homme ; mais nous osons plutôt y reconnaître la vie outretombe , car la tête humaine représentée n’est pas vivante , c’est une tête décharnée.
. Au reste , s’il nous était permis d’en chercher une explication dans le sens que nous semble présenter une tradition populaire recueillie dans le Bugey (département de l’Ain), où les Romains et les Grecs de Marseille ont exercé beaucoup d’influence, nous nous persuaderons aisément que le papillon est bien l’emblème de l’âme survivant à la destruction de l’être mortel. Les Anciens, observateurs profonds , avaient été frappés de la transformation de cet insecte qui , d’humble chenille, devient brillant papillon ; ils avaient aussi remarqué que , percé d'une épingle et restant sans nourriture , il vivait encore plusieurs semaines , comme s’il était audessus des nécessités ordinaires de la vie.
(1) Dans unr des belles salles funéraires du (iampo Sanlo de Bologne, en Ualie, j*ai vu avec plaisir que cette idée avait reçu imcjustc application sur un mausolée.
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Dans presque toutes les campagnes bugésiennes , lorsqu’un malade vient de rendre l’àme , on ouvre les fenêtres de sa chambre avec un empressement qui souffre peu de retard. Ce n’est point dans l’intention d’y purifier l’air : des paysans qui ne tiennent guère à respirer un air pur , même en état de santé , ne prendraient pas une précaution qu’ils regardent comme inutile ou superflue : ils pensent , mais sans l’avouer franchement que , lorsque la croisée est ouverte , l’àme s’échappe avec plus de liberté , et qu’elle sort immédiatement de la demenre terrestre pour s’envoler vers les deux. Ils -sont d’ailleurs intéressés à ce prompt départ , parce que l’âme ne rôdera pas autour d’eux pour les inquiéter de plaintes importunes , ce qui arrive quel-' quefois lorsque les survivans ont négligé de faire prier pour elle. Il n’est pas de veillée où l’on n’en cite maints exemples; nous n’en rapporterons qu’un seul.
Le chef d’une famille venait de trépasser. C’était pendant un des plus rudes hivers de ces dernières années. Le jardinier de la maison, connudans le pays [K»ur un esprit fort , un voltairien , se dirigeait tristement vers la serre chaude , en déplorant la perte d’un si bon maître. Il entre , ouvre les volets pour donner du jour à ses orangers , et voit tout à coup un papillon blanc qui voltige autour de lui. A cet aspect, il se jette à genoux; il ne doute pas qu’il n’y ait dans cette apparition quelque chose de surna-
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tiirel ; il joint les mains et s’écrie : « Ame de mon maître, est-ce vous ? Requiescas in pace ! Je ferai (lire une messe ; mais ne me tourmentez pas. »
 peine a-t-il prononcé ces paroles que le papillon disparait. Le jardinier retourne à la maison où il raconte son aventure aux autres domestiques , et leur fait partager son émotion. La maîtresse du logis dit en vain qpi’un papillon a pu éclore naturellement dans une serre chaude , même au cœur de l’hiver ; le jardinier jure ses grands dieux que ce phénomène ne s’est jamais vu. Tout le monde garde le silence , on ne veut pas fronder l’incrédulité de la dame. Celle-ci , trop affectée de sa douleur pour s’entretenir d’un pareil sujet , se retire. Deux jours après , on célébrait , à l’église paroissiale , une messe pour le repos de l’âme qui avait apparu sous la forme d’un papillon : c’étaient les gens de monsieur *** qui l’avaient demandée au pasteur de la paroisse, et toute la famille du défunt y assistait.
i:hapitrk XXXV.
.I.KS abeilles.
t*rotin«safrii mflh» rcrtecliâ dont ct««qu«r ltî« quidam aîKnU . aiqur hirc »»cuti .
K«ao apibua partem divin» et hau«lu<
^♦•Inrro» dtterr.
(ViRCiLR. G«orig.. hb. IT ).
J.eaaocitfut croyaient que l« miel venait de l'aif au >lr« a«lrc^ . et qu'il elail dèp<HMi luir dfv Heur* ob Ira atK>illfb ne fai*aienl que le recueillir.
( Note de« quatre prore«9. tradurt. deViRULR).
Frappés du inerveilleu.v spectacle que présente une ruche, et du type de gouvernement sage (1) que fournissent aux hommes ses habitants, certains auteurs, dit Virgile, ont avancé qu’il y a dans les abeilles une partie d’essence divine. Les
(1) On ne cmi^ii.iil pas aiitrpfuis de qualifier ainsi le régime établi dans chaque ruelie. \ relie époque , les communistes ii'avaienl pas encore eu d'indigestion pour avoir abusé de pareille nourriture.
• Chei rlUa . Ie« *ujet« unlavrnt letirv fortune* ,
• l.c« rnfanU »unl commun* tr* ricbe«»c* rommuric». •
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anciens les appelaient nymphes , et révéraient en elles la virginité.
Ne soyons donc pas surpris des égards que s’attire si justement ce peuple modèle , de la part de ceux qui offrent des états à ses colonies. On ne les regarde pas comme des insectes qui suivent aveuglément les lois invariables de l’instinct, on leur accorde plus que cela , on leur suppose même une âme , car on les associe , en plus d’une occasion , à la solidarité et aux sentiments de la société humaine.
Par exemple , l’abeille a une noblesse de cœur qui ne lui permet point de passer par vente à d’autres maîtres qu’à ceux qu’elle a adoptés; elle ne souffre pas non plus l’offense du rapt ; mais elle consent volontiers au libre échange et au présent d’amitié dont elle est l’objet. Les abeilles volées ne profitent jamais aux coupables , elles retrouvent bien vite le chemin de la mère-patrie. Les abeilles livrées par un maître mercenaire s’expatrient , on ne les revoit plus. Celles de leurs compatriotes qui sont restées à la métropole boudent ce maître sacrilège , cessent de s’intéresser à sa fortune , ou partent pour la terre étrangère.
On assure qu’au moment où le domaine passe à des héritiers, si ces derniers ne jouissent pas d’une bonne réputation , les ruches sont bientôt abandonnées par leurs hôtesses. Aussi , a-t-on soin , pour éviter ce malheur , de se rendre auprès de leur
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ruche , de les prier de ne pas s’éloigner, et de leur promettre qu’on aura pour elles les mêmes égards qu’auparavant (1).
L’abeille est vierge ; elle veut qu’on s’observe en sa présence. Aussi punit-elle par une piqûre toute personne grossière qui se permet un jurement ou quelque mauvaise plaisanterie dont la pudeur aurait à rougir. On a remarqué aussi que les abeilles ne prospèrent jamais dans une maison où la bonne intelligence et les bonnes mœurs ne régnent pas. Quel exemple ! Au pays de Gex, 'quand le chef de la maison meurt , dit M. Depery, il est bon que celui qui lui succède courre remuer les ruches, aûn d’avertir 1a peuplade qu’elle a un nouveau maître ; autrement, vous verriez ces établissements industriels périr en peu de temps.
Quand une douce harmonie règne entre le rucher et la maison, il est aisé d’en voir les bons effets. Les abeilles s’affectionnent tellement à la communauté des hommes , qu’elles s’attristent des événements qui l’affligent, et elles se trouveraient on ne peut plus humiliées, si on ne leur faisait pas porter le deuil de la mort du chef de famille, comme les enfants et les domestiques. De quelle manière eston parvenu à connaître leur susceptibilité sur ce point, c’est ce que personne n’a pu nous apprendre ; mais il n’y a rien de plus certain qu’elles l’ont
(I) J. -B. Saigne. />e.« Erreurs et des Préjugés, (. i , p. 530-
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dit à hie» des gens , puisqu’en plusieurs provinces on se conduit en conséquence avec elles. (]e n’est pas seulement dans le Lyonnais , dans la Franche- Comté, dans la Bresse , dans le Bugey , dans toute la Bourgogne que ces opinions ont cours , elles sont aussi répandues au pied des Pyrénées et dans la Normandie (1). On attache un morceau d’étoffe noire au rucher, et les abeilles, en corps de nation, portant ainsi le deuil , ne périssent pas dans l’année. Quelquefois , on pousse les attentions envers ces intéressantes consortes , jusqu’à enterrer dans leur Jardin , ou en face de leur résidence , un des habits du défunt , pour les faire en quelque sorte participer à ses funérailles.
Une jeune dame des environs de Lyon, dont l’esprit élevé n’avait pu se plier à cette petite superstition , et qui avait voulu , à la mort d'un de ses parents , s’affranchir de la coutume du pays , fut plus qu’étonnée de voir quinze ou vingt ruches périr, chez elle, dans le courant de l’hiver où l’on se trouvait. En vain prétendit-elle que le froid les avait tuées ; les paysans disaient d’un air incrédule qu’ils s’y attendaient , et que la rigueur de la saison n’y était pour rien. La jeune dame, chérie dans .son village , était d’ailleurs très-sûre que la malveillance était absolument étrangère à cet accident.
(1) , mijllitf rt trnilil. rir» Prov. th Fronrr , piir .Alfred
dr Nnre.