‹ Traditions populaires de Franche-Comté; poésies, suivies de notes. VignettesChapitre 14 sur 14 · A MADEMOISELLE · texte numérisé non relu

A MADEMOISELLE

Je vous le dis d'un cœur coulril ; Adieu , messieurs les romantiques !

Ch. Kodier.

Ange charmant de poésie, 0 jeune fille au teint vermeil !

Long-temps je fus dans l'hérésie , Mais aujourd'hui j'apostasie , Pour te donner un bon conseil.

Ta voix qui doucement murmure, De ta belle âme écho sacré , INe demande qu'à la nature La note harmonieuse et pure Qui sort de ton luth inspiré.

Aussi fraîche que ton visage , Aussi douce que ton regard , Ta parole , élégante et sage, Ravit, comme un heureux présage.

L'homme , l'enfant et le vieillard.

Quand sur l'aile de l'espérance Ton cliant s'élève vers les cieux , Sur son vol notre âme s'élance , Et ravie elle se balance En des pensers délicieux.

Mais il faut changer de langage , Si tu veux t'immortaliser ; Malgré ta grâce et ton jeune âge , Sous le vieux classique bagage , Bel ange, il faut te déguiser.

Le vrai , le vrai seul est aimable :

Un jour le Maître nous l'a dit ; Mais il faut le donner en fable ; Le vrai tout pur est détestable ; Que de tes vers il soit proscrit.

Comprends les fleurs de rhétorique De nos modernes Despréaux ; Suivant leur saine poétique , Dans l'arsenal mythologique Va te choisir des oripeaux.

Car la poésie, à les croire, C'est aligner force impromptus.

Contes grivois, joyeuse histoire , Madrigaux et couplets à boire , Bien pommadés et bien pointus.

C'est l'Olympe, c'est le Parnasse , L'Amour qu'ils nomment Cupidon ; C'est Vénus qui trompe avec grâce Le vieux Vulcain qui l'embarrasse Et fait de Mars un Céladon.

C'est Déjanire et le Centaure, Le bel Apollon , les neuf Sœurs , C'est la fraîche et naissante Aurore Eveillant les filles de Flore , Et les inondant de ses pleurs.

C'est encor mille autres croyances Qu'aux vieux temps il faut emprunter.

Nos jours ont d'autres espérances ; Mais , par esprit des convenances , Garde-toi bien de les chanter.

De la Grèce et de Rome antique Que le culte encor soit le tien :

Plus de simplesse évangélique; Un seul Dieu!... c'est trop prosaïque ; Tout bon poète est né païen.

]/d foi (jui biMva (on cnliuice , Il faut l'abjurer dans tes vers.

Pour le manteau de la science , Jette ta robe d'innocence , Et sur Pégase fend les airs.

Monte , nmonte vers l'Empyrée -, Là-haut Pliébus règne toujours, Et de ses rayons enivrée.

Sans rougir, chante Cythôrée , Les Jeux , les Ris et les Amours.

Lors de la palme académique Tu verras s'enlacer ton front; Et tu pourras , muse classique , Narguant la secte romantique , Prendre ta place au double mont.

iTa tîier^e ttc Eemjjnot.

La pompa bumana lu sabes

Que engendra ambirion inalquisla.

Romancero.

Au val Je Remonot tout devenait plus sombre ^~ ; Par-delà ses grands bois pleins de lumière et dombre , Le soleil lentement venait de s'abaisser; Et déjà surgissant des cimes helvétiques, De l'astre de la nuit les lueurs fantastiques Sur le cristal du Doubs commençaient à glisser.

C'était un de ces soirs si beaux dans nos montagnes. Quand le calme est au ciel et la paix aux campagnes ; Heure embaumée et fraîche après un jour de feu.

L'onde se plaint alors mollement au rivage , Et la brise , berçant les ileurs et le feuillage, Porte comme un encens leurs doux parfums à Diou.

Chariot, jeune berger, orphelin du village , Formé par le malheur qui mûrit avant l'âge, Assis sur un rocher, était là qui rêvait. Devant lui ses chevreaux errant dans la prairie , Foulaient d un pied mutin Iherbe grasse et fleurie , Tandis que gravement un vieux bouc les suivait.

Près du pâtre soudain s'agite la teuillée -,

De ses distractions son âme est réveillée.

— Il écoute... il a peur... et respire plus bas.

A ses yeux apparaît une Dame aux longs voiles.

Au front majestueux et couronné d'étoiles ,

Qui glissait sur le sol , sans y poàer ses pas.

Est-ce donc une reine ? est-ce une fée , un ange ? Car il est dans son port quelque chose d'étrange -, Mais sa lèvre n'a pas le rire des lutins. Brillante de l'éclat de la Rose mystique , L'ineflable douceur de son regard pudique Commande le respect et l'amour des humains.

Comme elle se liâtait , son long manteau d'hermine Se prend et s'embarrasse aux pointes d'une épine ; Et l'obstacle semblait en ce lieu l'attacher. Lorsque le pâtre accourt , et d'une main soigneuse Dégage les longs plis de la mante soyeuse Et si riche qu'à peine il osait la toucher.

Alors la noble Dame : — « Enfant, ton obligeance

Mérite gratitude et noble récompense -,

Tu l'auras : — devant toi vois la Reine du ciel !

Fais un vœu , — car là-haut mon pouvoir est immense

Ton vœu s'accomplira; choisis avec prudence...

Veux-tu du paradis le bonheur éternel ! » —

Le pâtre à ce grand nom se prosterne , et s'écrie : — « Mère des orphelins, salut à vous , Marie î... » — L'ivresse du bonheur lui fait perdre la voix. Il s'était dit souvent : Heureux qui dans la vie Peut obtenir le sort et le lot qu'il envie !... Maintenant il rêvait embarrassé du choix.

Céleste conseiller, l'ange doux et fidèle

Qui berce notre enfance à l'ombre de son aile ,

Et, quand Theure a sonné, porte notre âme à Dieu,

Inspirait à son cœur le penser salutaire

De demander le ciel pour terme à sa misère.

Et sa lèvre s'ouvrait pour exprimer ce vœu...

Mais le diable était là, lui sifflant aux oreilles :

Deviens riche , Chariot , et tn feras merveilles I

De l'or, (le l'or, de Tor ! ami , n'hésite pas :

Quand la vieillesse vient , quand la mort nous réclame ,

N'est-il pas toujours temjis de songer à son âme ?...

Le plus sur est d'abord d être heureux ici-bas.

Et Mammon l'emporta ! — Chariot , baissant la vue , Bégaya d'une voix honteuse et tout émue:

— « Madame, puisqu'ici vous daignez m'assistcr, Pardonnez ! — mais toujours nourri dans l'indigence , J'ai rêvé quelquefois le luxe et l'abondance : —

Je suis si jeune encor ! — je voudrais en goûter. »

— « Soit I — repartit la Yierge , et puisse ton envie De quelque amer regret n'être jamais suivie !

Tu seras satisfait. — Tu vas avoir de l'or.

Il est non loin d'ici , dans la même vallée.

Sur la rive du Doubs, une grotte isolée

Où veille un noir Dragon pour garder un trésor ^'k

Ose y descendre. — Armé de ce pieux rosaire ,

Du monstre tu pourras enchaîner la colère ,

Et braver sans péril et sa grilîe et sa dent-,

C ir tu sais qu'il est dit par la voix du prophète ,

Que du serpent Marie écrasera la tête. —

Tu vaincras en mon nom ! — pars , sois ferme et prudent. »

Or, chers lecteurs, il faut que je vous dise Par quel hasard , et pour quelle entreprise La Vierge ainsi s'atardait dans les bois. Près Remonot , dans un roc séculaire , Il est un antre obscur et solitaire , Où le sabbat se tenait autrefois 4.

Le Doubs , ceignant les abords de la roche , Vers l'orient en défendait l'approche -, Tout à l'entour , dans les airs suspendus , Des rocs à pic dès leur base à leur cime , De ce détroit ne faisaient qu'un abîme Qui fascinait les regards éperdus.

Mais , certain jour , un vieil anachorète ,

Cherchant encor plus profonde retraite ,

Fit de sapin un immense escalier

Qu'il su.spendit aux parois du cratère :

Comment ? — La chose est pour nous un mystère ;

Car l'œuvre était d'un saint et d'un sorcier.

Du haut du roc le fragile édifice, Par cent degrés menait au précipice Où le reclus vivait seul avec Dieu.

Noble guerrier, dans ce sombre oratoire Il immolait les amours et la gloire , Pour acquitter fidèlement un vœu.

Là , de la Vierge une image divine , Par lui conquise aux champs de Palestine, Avait pour dais son pennon de couleur ; Son casque d'or couronnait la 3Iadone-, Son bouclier lui faisait comme un trône, Sa brave épée , une garde d'honneur.

Depuis ce jour , dans la grotte sacrée , iVul n'approchait de l'image adorée , Qu'il ne revînt plus sage ou plus heureux. L'eau qui baignait les pieds de la statue , Aux yeux éteints rendait soudain la vue , Et guérissait les tourments des lépreux.

Dans les hameaux sa projjice influence Faisait fleurir la paix et l'abondance.

Et sur nos champs répandait ses trésors. Les malheureux, pour calmer leur misère. Lui confiaient , comme on fait à sa mère , L'un son espoir, un autre ses remords.

Lorsque l'ermite eut terminé sa vie , Un tel trésor dut exciter l'envie ; Faible des grands et des moindres esprits, En tous les temps ce défaut fut de mise -, Et l'on va voir que , même dans l'Eglise , Les gros toujours ont mangé les petits.

Un lier Abbé qui portait crosse et mître , A Mont-Benoît convoque son chapitre '9 : — « C'€St grand'pitié , dit-il d'un air hautain , Qu'un noir rocher loge si noble Dame ! Pour notre autel, frères , je la réclame... — Et nous irons la quérir dès demain. » —

Il commandait en parlant de la sorte -, Car ses archers n'allaient pas de main morte , Quand lui prenait désir de guerroyer.

Donc, un matin, on enleva limage.

Et ce jour-là plus d'un dans le village Sentit ses yeux tout prêts à larmoyer.

De Mont-Benoît la riche cathédrale Beçut alors , en pompe triomphale , La Vierge, amour de nos bons paysans.

On la plaça dans un beau tabernacle , Et pour avoir d'elle au moins un miracle , En son honneur on prodigua l'encens.

Mais vain espoir I — les i>iicres payôos Que bourdonnaient les l»'vres ennuyées D'un chantre oisif, il'un moine vaniteux , jXe valaient pas, pour la douce Marie , Ces ujots (lu cœur quen sa grotte chérie Lui murmurait souvent le malheureux.

Et cependant au vallon solitaire Chacun croyait avoir perdu sa mère, Chacun pour tous prévoyait des malheurs! Kt dans la grotte à tous les vents ouverte. Jadis si pleine , aujourd'hui si déserte , Tous à l'envi venaient verser des pleurs.

Marie au ciel prit pitié de leurs larmes :

— «Mettons, dit-elle, un terme à leurs alarmes, Il est si doux de vivre en des cœurs purs ! » — Lors descendant sur la verto prairie

Où s'étalait l'orgueilleuse abbaye , Avec mystère elle en franchit les murs.

Et là, sa main ravit , par un miracle , Sa noble image au brillant tabernacle...

— Quand le berger la rencontra le soir , C'était l'instant où , du ciel desrendue , L'Immaculée emportant sa statue,

A Reuonot allait rendre l'espoir.

2(il

La Vierge disparut dans des flots de lumière ;

Si Chariot n'eût jeté sa face contre terre ,

La céleste clarté l'aurait frappé de mort...

Il croit sortir d'un rêve, et courant hors d'haleine,

Plus léger qu'un chevreau qui bondit dans la plaine,

Il arrive à la grotte au merveilleux trésor.

Il traverse sans peur l'immense péristyle -, La résiae enflammée entre ses mains scintille , Torche ardente ravie aux sapins de nos bois. — Cependant quand il vit aux parois de la voûte Lantre noir et béant où s'engouffre la route , Il se prit à trembler — et se signa trois fois.

Mais il voulait de l'or! — Dans ces longues coulisses

Le voilà qui se traîne au bord des précipices ;

Il est prés de céder au vertige fatal...

Quand il parvient enfin à la salle dernière-,

Là, tout resplendissait de l'étrange lumière

Qui jaillissait des murs d'un palais de cristal !

Escarbouclos en fou , vivantes pierreries '»%

Topazes et saphirs, au ciel des galeries

Se suspendaient en lustre, ou pavaient le chemin.

Et le pâtre ébloui voit à ses pieds paraître.

Plus pressés que les grains sur l'aire de son maître ,

D'énormes amas d'or ! — il y porte la main...

Le Dragon tout à coup de sa izucule enflammée Vomit des tourbillons de soufre et de fumée , Déroule ses anneaux, s'élance rugissant... Mais au cou tortueux de l'horrible Cerbère Le malin chevrier jette le saint rosaire ; Le monstre sur le sol expire en gémissant.

Tu triomphes , Chariot ! — sous ton mantel champêtre Tu vivais d'un pain noir, et qu'épargnait ton maître; Que tu vas être heureux avec ces monceaux d'or ! Ta fortune, il est vrai , sent le soufre et le diable ; Mais qui partagera tes plaisirs et ta table , ]V'ira point s'enquérir d'où te vient ton trésor...

Quand le rustre eut goûté le fruit de la richesse.

Il rêva les honneurs, il rêva la noblesse -,

Car plus il acquérait, plus il était tenté.

Et bientôt grand seigneur , pour sa fortune immense /

Pour son luxe , son faste , et sa noble élégance,

Charles du Remo^ot à la cour fut vanté.

Et cependant son cœur restait vide... Une femme Peut-être comblera Tabîme qu'en son âme A follement creusé l'ardente ambition !

Pauvre , il aimait jadis une pauvre bergère Qui consolait son cœur en l'appelant son frère... Mais à Charles le riche il fallait un grand nom.

Il le veut, il l'obtient. — Puissance merveilleuse. L'or ouvre devant lui toute porte orgueilleuse ; Pour frayer son chemin, l'or sait tout aplanir. Et le pâtre Chariot aujourdhui gentilhomme, Oublieux des amis qu'il laissa sous le chaume , Au sang d'un haut-baron dès demain va s'unir.

Pages , varlets , vassaux , dans la grotte bénie Se pressent tous ensemble à la cérémonie : L'évêque a proclamé cet hymen glorieux.

Les plus nobles seigneurs à Charles font escorte ; Tandis qu'une bergère , à genoux sur la porte. Seule priait pour lui , des larmes dans les yeux.

Mais parmi cette foule insolemment heureuse, Pas un n'eut un regard pour la pauvre pleureuse; Charles même, l'ingrat! feignit ne pas la voir. Fier de presser la main de sa noble compagne , Il monte l'escalier qui mène à la montagne. Enivre du bonheur que lui garde le soir.

Ainsi de la fortune il atteignait le iiiîte , Quand, roulant des degrés, il se brise la tôtc !... Kpouse et faux amis , tout fuit épouvanté. — 3Iais la pauvre heruére à genoux sur la porte, Le malin fut trouvée, à côté de lui , morte, Etreignant dans ses bras son corps ensanglanté.

Mon oncle capucin , nous contant cette histoire , En finissant disait d'un accent solennel : — a De cet exemple , enfants, gardez bien la mémoire Il n'est jamais trop tôt pour demander le ciel. » —

îlcwrie.

Wor nnr die Wahrheit sicht hat ausgclebet. Uhi.and.

Piii voUc già por dir lo labbra apwsi ; Toi rimasc la voce in niez/o il polio.

PlïTRAROlIF..

Ou ! qui me les rendra, mes pensers de jeunesse, Mes rêves de bonheur , mes accès de tristesse , Et mes désirs trompés , mais toujours renaissants ? Mon Dieu! qui me rendra la naïve espérance, Le bonheur inconnu vers lequel on s'élance , Et qu'on rêve à vingt ans?

Eh quoi ! serais-je vieux ?... et pourtant les journées N'ont pas encor pour moi ramené trente années , Et voilà que déjà , prématuré vieillard , Je sens s'éteindre en moi le feu de poésie -, Et quand revient des vers la douce fantaisie, Je dis : 11 est trop tard I

Car à quoi bon chanter quand on n'est plus poète , Quand le cœur est muet , quand on vit de la tète , Kt qu'on sait ce que vaut le bonlieur d'ici-bas? Comme un ange déclui dont la bouche blasphème , On est tenté cent fois d'outrager le ciel même Qui promet tant et ne tient pas I

J'ai vu, pour détromper mes premières croyances, Le riche dédaigner les obscures souffrances Du pauvre l'implorant et lui criant : J'ai faiml Sans doute il oubliait, plongé dans la mollesse. Que Dieu dans les cœurs durs a maudit la richesse. Et qu'il faudra mourir demain.

J'ai vu l'homme employant limposture et la ruse. Calme, et sans passion qui lui serve d'excuse , Prendre un plaisir infâme à torturer un cœur. 3Ialheur à la beauté qu'il choisit pour victime ! Comme un dieu malfaisant il la pousse en l'abîme , Et l'abandonne en son malheur.

J'ai vu le fds ingrat insulter à son père , L'orphelin délaissé croupir dans la misère ; Les hommes désunis et pleins d'iniquité. Rejetant du pasteur la robe d'innocence , J'ai vu l'homme de Dieu nous prêcher la licence > En l'appelant la liberté.

Voilà pourquoi mon âme au doute abandonnée , Sous le poids du réel sommeillant consternée , IN'achève point le vers qu'elle allait enfanter-, Pourquoi désabusé d'illusions chéries, JVe pouvant ressaisir mes douces rêveries , Je vis sans croire et sans chanter.

Cependant je voudrais les retrouver encore , Ces rêves séduisants qui charmaient mon aurore , Plaisirs mystérieux d'un solitaire enfant I Je voudrais , je voudrais , dans leurs vagues caprices , D'un bonheur qui n'est plus retrouvant les délices. Me sentir revivre un moment !

A toi mes premiers vers , à toi , belle nature ! Comme un amant volage abjurant son parjure , Je reviens t'apporter mon culte et mon encens -, Ne me reproche point un dédaigneux silence -, J ai maudit bien souvent ma trop longue impuissance ; Car je t'aime , car je te sens !

Oh ! que le jour est beau , la nuit majestueuse ! Qu'il est doux de la voir , calme et silencieuse , Endormir les forêts sous son dôme étoile ! Lorsque je la contemple en sa magnificence , Il me semble toujours qu'à mon intelligence Dieu se montre plus dévoilé!

Cest son nom que j'entends quand la vague murmure ; Le long bruissement du vent dans la ramure , C'est une voix qui prie et chante l'Éternel. La lune suspendue en la voûte éthérée , C'est le flambeau divin , c'est la lampe sacrée Du sanctuaire solennel.

Oui , tout te rend hommage , ô puissance suprême ! Pour l'univers entier tu n'es plus un problème -, Et l'homme , Ihomme seul nîrait son créateur ! Ingrat, qui ne sent point, dans son erreur stupide, Qu'il nest rien ici-bas qui puisse emplir le vide Que ton oubli creuse en son cœur !

Oh ! trop heureux vraiment l'homme plein d innocence , Qui n'a point pris pour guide une vaine science , Et place son bonheur à vivre tout en toi ; Qui , marchant dun pas sûr en sa route tracée , ]\'a qu'un vœu sur la terre , un but , une pensée : Connaître, aimer, suivre ta loi !

C'est là le vrai secret d'un bonheur sans mélange ; Ainsi l'homme s'élève, et sort de cette fange Où trop souvent , hélas ! misérable il s'endort Et content de lui-même , au-dessus de l'envie , À sa juste valeur il estime la vie , Et sans pâlir pense à la mort.

Mais , pour toucher ce but , il faut courage et force -, De l'arbre de la vie il faut , brisant l'écorce , En extirper le ver qui lui ronge le cœur; Il faut , d'un feu divin alimentant la flamme ^ Des combats de la chair et des doutes de l'âme Sortir triomphant et vainqueur.

Aussi n'est-ce pas moi qui pourrais y prétendre : Moi qui , faible entre tous , dès l'âge le plus tendre Me suis laissé bercer au gré de tous les vents-, Moi qui , même aujourd'hui , comme un soldat infâme . Succombe sans combattre , et qu'un regard de femme Agite , et fait rêver longtemps.

PQ Demesmay, Auguste

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