DIVINATION PAR LE CHAPELET
ï ee qui peuvent annoncer et prédire à ceux S#% qui viennent les consulter, s'ils auront des nouvelles heureuses ou malheureuses de leurs parents ou de leurs amis qui se trouvent loin du pays et même à l'étranger. “+
Le foyer tient toujours dans la main un long cha: pelet tout usé par l’usage; il en forme par hasard trois petits cercles et il en compte tous les grains.
Si les grains des trois cercles, comptés séparément, sont impairs, la personne consultante aura des. nouvelles de ses parents et de ses amis ;
Si les grains pris séparément sont pairs, la personne ne recevra point de nouvelles ;
Si les grains de deux cercles sont impairs et les grains du troisième pairs, les nouvelles viendront mais n'auront que peu d'intérêt;
Si les grains de deux cercles sont pairset ceux du troisième impairs, les nouvelles seront fâcheuses.
Nes
THÉODORE THoPDJou, le praticien, condui- AVAfisait — il y a huit ans — une! de ses con-
BE + naissances pour visiter un vignoble à vendre dans le voisinage. Après avoir examiné cette vigne, l’ami du praticien demanda à voir celle de M. Thopdjou.
On était au mois de mai et le soleil était brülant. Les deux hommes se reposèrent à lombre auprès d’une muraille. L’ami du praticien se mit à compter les grappes d’un supérbe pied de vigne, n’en exceptant que celles qui se trouvaient aux extrémités des sarments. Il en compta quarantedeux.
« Voilà, dit-il tout à coup, voilà une vigne que je veux acheter. Quelle abondance ! quelle richesse ! quarante-deux grappes sur un seul cep! »
Le temps était magnifique, venons-nous de dire. Au même instant, le ciel se couvrit de
nuages, la foudre gronda, l'ouragan se déchaïîna, la grêle tomba avec violence et détruisit la récolte du vignoble.
L'année suivante, la vigne donna des grappes comme à l'ordinaire ; le cep que l’ami de M. Théodore Thopdjou avait admiré ne produisit rien pendant six ans. Il fallut que le praticien détruisit l'effet du mauvais-œil en attachant un morceau de pain bénit au cep ensorcelé. Alors le cep produisit du raisin.
Il y a six ans, les vignes étaient vendangées déjà depuis quelques jours. M. Théodore Thopdjou, le praticien, seul était en retard. Quelques voisines lui exprimèrent le désir d’aller voir sa vigne.
« Je ne puis leur refuser:ce: plaisir, pensa : le praticien ; autrement mes voisines penseront que je veux épargner les quelques grappes de raisin qu'elles cueilleront au passage. »
Malgré cela, M. Th. Thopdjou craïignait le mauvais-œil de ses voisines.
Il les emmena dans son vignoble le jour de la vendange. Les voisines placèrent à distance les charges (vases) à remplir.
« Il est inutile, leur dit le praticien, de mettre les charges aussi éloignées les unes des autres. Placez les trois vases sur la première division. »
Les femmes se mirent à vendanger et remplirent d’un seul cep de vigne une charge d’âne, c'est-à-dire 70 à 75 kilogrammes de raisin.
C'était le meilleur cep du vignoble.
Les: voisines s’écrièrent :
« Quel cep merveilleux ! Voyez, il a donné une charge de raisin ! »
Le cep ne donna plus jamais un seul grain de raisin.
M. Théodore Thopdjou vendit, il y a dix ans, à un cultivateur turc, un. taureau de quatrième année que le fermier attela avec un buffle pour cultiver ses champs
Il vint à passer un wuphti — docteur de la loi musulmane — nommé Hadji-Béï.
« Grand Dieu ! quel robuste taureau ! s’écria. le muphti. Il peut labourer attelé avec un buffle ! »
Sur l'instant, le taureau tomba raide mort.
Le praticien avait deux jumeaux de six mois que sa femme conduisit à l’enterrement d’un prêtre mort il y a dix ans.
Une femme dont les enfants mouraient en
bas âge, la nommé Pélagia Boyadji-Kiz, âgée actuellement de $o ans, s’écria en voyant l’un des jumeaux :
« Quel bel enfant ! Et combien sont heureuses les mères qui possèdent de si jolis garçons!» Aussitôt l'enfant se mit à pleurer et à crier. Au bout de cinq jours, il mourut.
La fémme du praticien, n'ayant pas fait de feu chez elle, alla chez une de ses voisines pour faire bouillir le lait de ses moutons. Lorsqu'elle eut achevé cette opération, elle versa le lait dans deux vases de terre qu’elle emporta chez elle. A peine fut-elle rentrée, que les vases se défoncèrent et que le lait fut perdu.
Le mauvais-œil de la voisine avait causé cet accident. Cette dernière femme était jalousé de ce que le lait de la femme du praticien était cent fois meilleur que le sien.
Lorsque l’on commence à traire les brebis ou les vaches, on fait cailler le premier lait et on va l’offrir aux voisins qui n’en ont point.
Un jour, la femme du praticien offrit à sa voi-
sine du lait caillé si épais et si crémeux qu’on pouvait retourner le vase sans renverser le lait. Le soir même la meilleure brebis rentra malade à la maison; ses mamelles étaient gonflées par. une affection particulière qui ne pouvait venir que du: mauvais-œil de la voisine. Le leaders la bre-. bis mourut.
VIT
Le praticien avait un grand nombre de ruches
qui lui donnaient un miel excellent. Il ne faut point laisser compter ses ruches par un étranger, par crainte du mauvais œil. Aussi, lorsque les employés des contributions indirectes arrivaient pour la taxe, M. Théodore Thopdjou les priait de ne point aller compter ses ruches, et il leur en déclarait honnêtement le nombre exact.
: Un jour, un employé inflexible ne se rendit pas à ses prières et, une à une, compta les ruches du praticien. Cette année-là, M. Thopdjou perdit soixante ruches. Au bout de trois ans, il ne lui en restait pas une.