‹ Traditions populaires de l'Asie MineureChapitre 11 sur 116 · LES DÉMONS ONT PEUR DES FEMMES · texte numérisé non relu

LES DÉMONS ONT PEUR DES FEMMES

dans le cœur de la fille du roi; le prince offrira de grandes récompenses à celui qui pourra guérir sa fille, mais personne n’y réussira. Tu te présenteras à la cour, disant que tu es un grand médecin des îles lointaines. Dès que tu seras entré dans la chambre de la princesse, nous sortirons du cœur de la jeune fille et nous irons nous installer dans celui de la fille du grand-vizir. Seulement prends garde ! Ne t’avise point de guérir cette dernière par ta présence, quelques récompenses que l’on te promette, car, à peine serionsnous sortis du cœur de la jeune fille que nous entrerions dans le tien. Te voilà averti! »

L'homme enleva la grosse pierre et les démons sortirent. Dès qu'ils se furent éloignés, leur libérateur — comme bien on le pense — referma le puits, se souciant fort peu de reprendre la vie commune avec sa femme.

Le lendemain on apprit que la fille du roi était atteinte d’une maladie inexplicable que nul ne pouvait guérir. La princesse n'allait pas tarder à mourir et le roi en était désespéré. On envoya chercher les plus habiles médecins étrangers ; leur science fut inutile. Alors, le roi fit publier par des hérauts qu’il donnerait des récompenses de la plus haute valeur à qui guérirait sa fille.

L'homme au puits se présenta au palais et fut

conduit dans la chambre de la princesse. À peine se fut-il montré, que les démons sortirent du cœur de la fille du roi et allèrent se loger dans celui de la fille du grand-vizir. La princesse était guérie. Son sauveur reçut une récompense extraordinaire.

L'enfant du grand-vizir fut atteinte à son tour de la maladie dont avait souffert la fille du roi. Et pour elle aussi on fit venir inutilement les médecins du royaume et ceux des pays lointains. Alors on se souvint de l’homme qui avait guéri la fille du roi. Le vizir lui offrit de grandes récompenses ; mais, par crainte des démons, le nouveau docteur refusa. Le ministre le fit enlever par des soldats et le fit conduire au palais. L'homme était embarrassé.

« Aussitôt que les démons m'auront aperçu, pensait-il, ils sortiront du cœur de la jeune fille et je serai possédé ! »

Tout à coup, il lui vint une excellente idée. Courant dans la chambre de la malade, il dit à voix basse, mais de façon à être entendu par les démons :

« Je ne suis pas venu pour vous faire quitter le cœur de la jeune fille, mais pour vous prévenir que ma femme est sortie du puits, et qu’elle accourt pour vous demander des robes et des bi- . joux. »

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Dès que les démons eurent appris que la femme venait de se mettre à leur recherche, ils n’eurent rien de plus pressé que de déguerpir et de s’en aller loin, bien loin, par delà les monts et les vaux.

(Lndgé-Sou ; Asie-Mineure.)

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