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LA FORTUNE ET LE BUCHERON E7T

de plus pressé que de retourner avec leur trésor chez leur maitre, le bûcheron de la forêt.

La femme, voyant rentrer ses bêtes pesamment chargées, et craignant de les voir succomber sous le faix, alla prévenir son mari.

« Vite, mon ami, lève-toi; voici nos mulets qui, je ne sais trop comment, sont rentrés dans la cour, rapportant des sacs remplis d’une matière si pesante que j'ai bien peur que nos bêtes en soient accablées.

— Femme, je t'ai dit déjà que je ne me lèverais pas; je reste couché. »

La bonne femme, ne pouvant faire entendre raison à son obstiné mari, sortit dans la cour, et, prenant un couteau, se mit en devoir de couper les liens qui retenaient les sacs sur le dos des animaux. À l’instant, une pluie de pièces d’or, de sequins, de piastres, de medjidieh, se répandit sur le sol avec un joyeux carillon. Les sacs en débordaient, et à droite ét à gauche, partout, la cour m'était qu’un tapis d’or bien plus précieux que les tapis de Smyrne ou de l'Inde.

« Un trésor! mon Dieu! s’écria la femme. »

Et elle courut dans la chambre du bûücheron.

« Mon ami, vite, lève-toi. Tu as bien eu raison de ne pas aller à la forêt et d’attendre la Fortune dans ton lit. La voici venue. Nos mulets sont tout chargés de pièces d’or. Tout l’or du

monde est dans notre cour. Nous sommes plus riches que les plus riches. »

En un instant, le bücheron fut levé, et il courut dans la cour où il resta un instant comme ébloui par le scintillement des sequins et des piastres d’or.

« Vois-tu, ma chère femme, s’écria-t-il enfin, n’avais-je pas raison de rester dans mon lit à attendre la Fortune? Elle est si capricieuse! courez après elle, vous ne l’atteindrez point ; restez à l’attendre, elle viendra vous rejoindre. »

(Conté à Lesbos, en mars 1883, par Omer-Eflendi, originaire de Lesbos, âgé de 30 ans, et orfévre de son état.)

cesse par ses exigences, demandant tantôt de riches vêtements, tantôt des colliers, tantôt des bijoux et des pierreries.

À la fin, l’homme se décida à se débarrasser de sa femme.

« Ma chère amie, lui dit-il, j’ai trouvé quelque part tout ce que tu me demandes : de riches vêtements, des colliers précieux, des bijoux et des Piéirériése"

— Dites-moi, s’écria la femme, où se trouvent ces choses charmantes ?

— Viens avec moi! »

L'homme conduisit sa femme vres un puits où le Démon avait élu domicile.

« C’est ici, dit-il. Je vais descendre dans ce puits.

— Non point, descends-moi plutôt, implora la femme.

— Je ne le veux pas.

— Je t'en prie, mon cher époux ! »

Le mari finit par consentir; il descendit sa femme dans le puits, laissa tomber la corde, prit une grosse pierre et boucha l’ouverture du trou. Puis, tranquillement, il rentra chez lui, tout heureux d’être débarrassé de son exigeante moitié.

Ce même soir, les démons revinrent au fond du puits qui leur servait de demeure. Ils furent fort étonnés de voir qu’une jeune femme y était enfermée. Les démons, charmés par le ravissant visage de la belle, s’écrièrent :

« Que veux-tu de nous ? »

Et elle de demander aussitôt des bijoux et des

pierreries, des vêtements précieux et des colliers d’or. D’abord les démons s’empressèrent d’obéir, mais la femme se montrait de plus en plus exigeante, et elle ne trouvait jamais rien d’assez beau pour elle. Ainsi que le mari, les diables se lassèrent.

Le troisième jour, l’homme vint au bord du puits pour savoir si sa femme était bien morte. Les démons, avertis de sa présence, le prièrent de les débarrasser de leur compagne, et ils lui promirent toutes sortes de récompenses.

« Ote la grosse pierre qui bouche lentrée du puits, dirent-ils, et tu gagneras beaucoup d’argent. — En sortant de ce puits, nous entrerons

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