LE PÈLERINAGE DE SAINT JEAN CHRYSOSTÔME
Après avoir inutilement consulté plusieurs médecins, elle fit le pèlerinage au tombeau de saint Jean Chrysostôme. Elle en revint complètement guérie.
Les Arméniens prétendent que les reliques de saint Jean Chrysostôme ont été transportées dans le petit village arménien de Biséry. Ils y ont construit un grand couvent où ils vont en pèlerinage. Ils y continuent le sacrifice d’un coq.
(Conté le 14 seplembre 1886, par M. Panajote Paulidés, grec, né d Tocad, âgé de 19 ans, secrétaire dans une maison de commerce de Constantinople.)
se servait du chef du saint ainsi qu’il l’eût fait d’un vase à boire. Par son passage dans le crâne de Jean-Baptiste, l’eau prenait des propriétés merveilleuses et guérissait de toutes les maladies.
Le bruit de ce prodige se répandit au loin et bientôt les chrétiens affluèrent dans la maison du Juif. L’Israélite vendait l’eau bienfaisante à quiconque se présentait et il n’exigeait que la rémunération que l’on voulait bien lui accorder de bon cœur. Grâce à l’immense concours des pèlerins, le Juif acquit une grande fortune en peu d'années.
Un chrétien de la province de Trébizonde était en relations commerciales avec le possesseur du chef de saint Jean ; de temps à autre, il venait même chez son correspondant qui le traitait ainsi qu’un ami.
Or, le marchand chrétien avait vu chez le Juif le chef de saint Jean. Un jour il dit à son ami :
« Offre-moi ce chef sacré dont tu n’as aucun besoin ; je te le paierai ce que tu en exigeras.
— Que me demandes-tu? s’écria l’Israélite.
Ce chef est mon gagne-pain, et je ne saurais m'en dépouiller.
— Mais... lorsque tu seras mort ?
— Je le laisserai à mes fils comme un héritage plus précieux qu'aucun trésor du Sultan. »
Le marchand chrétien insista, mais il eut beau offrir des sommes fort considérables, le Juif ne voulut point consentir à lui céder la tête de saint Jean-Baptiste.
« Je l'aurai par ruse! se dit l’homme de Trébizonde. » |
Il remarqua que son ami renfermait soigneusement le chef de saint Jean dans un coffre de chêne, et ayant pris le dessin et les dimensions du coffre, il retourna dans son pays.
Quelques années plus tard, le chrétien revint chez PIsraélite sous le prétexte de régler avec lui certaines affaires de commerce. Il apportait une malle en tout semblable à celle de son ami. Après s’être entendu pour ses affaires, le marchand de Trébizonde prit congé de son hôte et emporta le coffre qu’il avait changé contre le sien.
Le chrétien ne partait point pour Trébizonde, mais pour une autre ville au bord de la mer dont le nom n’est point resté dans la tradition. Il fit un heureux voyage et put débarquer sans être inquiété.
Comme le marchand avait eu la précaution de renfermer un crâne vulgaire dans le coffre qu’il avait laissé au Juif, ce dernier ne s’aperçut point du larcin et continua à se servir du prétendu chef de saint Jean-Baptiste. Seulement les miracles ne se produisaient plus et les pèlerins se -plaignaient hautement disant :
« Ce n’est plus l’eau merveilleuse que tu nous donnais autrefois ! »
Le Juif réfléchit et finit par comprendre que son ami l'avait volé. Abandonnant ses affaires, il se mit à la recherche du chrétien de Trébizonde et il le rencontra aux environs d’Indgé-Sou (Césarée).
Le chrétien avait vu venir l’Israélite et il s'était empressé de cacher le coffre précieux dans une fosse creusée sous un massif de broussailles.
Le Juif arriva peu après, et s’emporta en reproches violents.
« Ce que tu as fait est très mal, dit-il; je t’avais recu comme un ami et comme un frère, et tu m'as volé le chef de saint Jean-Baptiste.
— Je ne t’ai rien volé, répondit le chrétien ; voici mes habits, prends la peine de les fouiller.
— ‘Tu m'as volé, te dis-je ! Je ne recevais que toi dans ma demeure ; quel autre m'aurait dérobé le chef du saint ?
— Voici mes hardes; vois si j'ai le crâne dont tu parles ! »
Le Juif se mit à fouiller les malles et les coffres du marchand, mais il ne trouva point ce qu’il cherchait.
« Peut-être, pensa-t-il, m’est-ce point lui qui nra volé ! À moins qu’il n’ait eu le temps de retourner à Trébizonde et de cacher la tête dans sa maison |! »
Et voulant s’en assurer, il accompagna le marchand dans la province de Trébizonde. Là encore ses recherches furent vaines.
L’Israélite s’entêta, et resta un an, puis deux ans, trois ans et quatre ans dans la demeure du chrétien. Désespéré enfin, il prit le parti de quitter la ville et de retourner dans son pays natal.
Lorsque le Juif fut parti, le marchand de Trébizonde revint à Césarée et fouilla l’endroit où il pensait avoir enfoui le coffre et le chef de saint Jean-Baptiste ; il n’avait pas bien remarqué cet emplacement sans doute, car il ne put retrouver la malle. Après des fouilles infructueuses, il se résolut à faire construire une chapelle sous l’invocation de Jean-Baptiste de la Décollation.
Quelque temps après la construction de l’édi-
fice, saint Jean se montra en songe à un moine et lui indiqua l'endroit précis où étaient déposées la malle et la tête.
« Je veux, ajouta le saint, que l’on me construise une chapelle souterraine au lieu où le marchand de Trébizonde a enfoui mon chef. »
Le moine retrouva la tête de saint Jean. On agrandit la chapelle primitive, et le désir de Jean- Baptiste se trouva accompli. -
Depuis on a édifié une église sous l’invocation de saint Charalampos, au-dessus de la chapelle souterraine de saint Jean.
On assure que l'architecte de cette dernière église eut soin d’enlever le chef de saint Jean.
On fait deux solennités dans le monastère de saint Jean ; la première, le 29 août (v. s.), jour consacré par l'Église grecque pour la Décollation de Jean-Baptiste; la deuxième, le Jeudi-Saint, jour de l’institution du lavement des pieds.
Ces deux jours, une foule immense arrive.de tous les points de l’Asie Mineure, de Konieh (Iconium), d’Adana, de Nigdé, d'Angora et de SIvas.
Les pèlerins sont logés dans des chambres que le couvent met à leur disposition ; le monastère leur offre aussi, trois jours durant, toutes les commodités de la vie; les animaux des pèlerins sont nourris également aux frais du couvent.
L’archevêque de Césarée offre un grand banquet à tous ceux, quels qu’ils soient, qui sont accourus à Indgé-Sou.
Le Jeudi-Saint, un évêque lave le pied droit à douze prêtres, en imitation de Jésus-Christ lavant les pieds des Apôtres. A leur tour les prêtres lavent le pied droit de l’évêque.
L'eau dont on vient de se servir passe pour un remède souverain contre toutes sortes de maladies. Aussi les -pieux pèlerins s’empressent-ils d’y tremper un coin de leurs mouchoirs.
Les chrétiens, et les Turcs même, conduisent au monastère les individus et les animaux atteints de quelque affection grave. Il est d'usage de ne se rendre à l’église Saint-Jean qu'après avoir fait un vœu. Ces pèlerinages se font en toutes saisons.
Les chrétiens et les Turcs racontent une infinité de miracles opérés par le chef de Jean-Baptiste.
(D'après le récit de M. Théodore Thopdjou, praticien, âge de 42 ans.)
x une dizaine d'heures au sud d’Indgé- ÉéSou (Césarée), est un petit village du Ÿ nom de Hassa-Queui qui possède une église consacrée à sainte Macrine. Bien que la fête de la sainte se célèbre le 25 (?) janvier (v.s.), en plein hiver, elle ne manque pas d'attirer un grand concours de pèlerins venus de Konieh, d’Adana, de Césarée et de Nidgé. On mène à Hassa-Queui toutes les personnes souffrantes. Il n’est pas rare d’y rencontrer des Ottomans qui y conduisent leurs chameaux malades, ou leurs bœufs ou leurs chevaux.
Les pèlerins font par trois fois le tour du tombeau de sainte Macrine qui se trouve à l’intérieur de Péglise.
Lorsqu'une personne ou un animal tombe malade, il faut faire un vœu à sainte Macrine ; par ce vœu on promet soit une somme d’argent, soit une valeur en nature. Ceux qui n’accom-
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plissent point leur vœu ne peuvent parvenir à faire trois fois le tour du tombeau ; ils sont arrêtés par une force supérieure, et serrés entre la muraille et la châsse de sainte Macrine (1).
Les miracles qui s’opèrent chaque année à Hassa-Queui sont nombreux. Nous n’en citerons que quelques-uns.
Maria-Sava Philippidou, tante de M. Nicolaïides, âgée de 55 ans, fit le pèlerinage de Hassa-Queui, il y a une trentaine d’années. Elle vit une femme arrêtée, sans qu’elle püt faire un mouvement, entre la muraille et le tombeau de sainte Macrine.
Le prêtre qui dessert l’église s’approcha de la malheureuse :
« Quel est ton vœu, ma fille ? demanda-t-il. »
La pauvre femme l’avait oublié.
« Je donnerai un chandelier d'argent, un vase précieux... dit la femme. »
Mais quelque chose qu’elle offrit, la sainte n’acceptait point.
À la fin, la femme se ressouvint de son vœu.
(x) Le tombeau de-sainte Macrine est à quelques pouces seulelement de la muraille et ne laisse qu’un étroit passage où s’empilent les pèlerins.
Elle avait promis une ocqui (1) de petits oignons. Sur l'instant elle se trouva libre et elle put continuer la procession autour du tombeau de sainte Macrine.
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Les malades et ceux qui ont fait des vœux passent la nuit dans l’intérieur de l’église où ils dorment aussi tranquillement que chez eux.
Sainte Macrine visite les plus pieux des pèlerins endormis. Ceux qui sont honorés de cette visite sont guéris de leurs maladies, ou voient leurs souhaits accomplis.
Maria-Sava Philippidou désirait passer une nuit dans l’église. Elle y arriva à une heure fort avancée et ne put trouver une place où se coucher, tant la chapelle était remplie de dormeurs. A force de chercher, M.S. Philippidou trouva un endroit écarté où une femme venait de se coucher avec son fils possédé du démon.
« Mon enfant ne vous fera pas de mal ! assura la femme. »
La tante de M. Nicolaïdes se plaça sur l’escalier qui servait de lit à la mère et à son fils.
Le sommeil vint bientôt. Mme Philippidou,
(1) Une ocqui, c’est-à-dire environ 1,300 gramimes.
bien que dormant profondément, entendit un bruit de conversation et y prêta attention.
Un des interlocuteurs disait :
« Avancez-vous ; marchez sur le ventre de cette femme.
— C'est dommage, disait l’autre: la tête de son enfant n’est pas encore formée. »
ÆEn même temps, elle sentit que quelqu'un marchait sur son ventre. Maria Philippidou se réveilla et ne vit personne. La mère et l'enfant dormaient toujours. La tante de M. Nicolaïdes était alors enceinte de quelques mois.
On assure que lors de la fête et durant quelques heures, le tombeau de sainte Macrine se met en sueur. Les pèlerins y trempent un coin de leurs mouchoirs. Ces mouchoirs sont conservés et passent pour guérir de toutes sortes de maladies.
M. Cosmas Mystyli-Oglou, né à Samoursacly (village de Césarée), âgé de 46 ans, épicier à Constantinople, nous racontait que, lors de son pèlerinage au tombeau de sainte Macrine, il y a vingt-quatre ans, il avait entendu dire aux habitants de Hassa-Queui qu’un torrent impétueux avait menacé de détruire l’église de la sainte. En ce moment, une jeune fille merveilleusement
belle, vêtue de sa seule chevelure qui lui cachait tout le corps, s’avança vers le torrent. Aussitôt les eaux prirent une autre direction et l’église fut sauve. On chercha la jeune fille, mais elle avait disparu.
Lors de ce même pèlerinage, Cosmas Mystyli- Oglou vit une jeune femme riche de Sinasson que ses parents avaient amenée à Hassa-Queui, afin que sainte Macrine la délivrât du démon.
En apercevant le tombeau, la jeune femme possédée entra dans une violente colère; elle cracha sur les murailles et sur la châsse, et se mit à crier :
« Je brûle ! je brûle! Vous avez incendié la maison |! que votre maison s'écroule sur vos têtes ! »
Ce ne fut qu’à grand’peine que quatre hommes vigoureux parvinrent à lui faire faire trois fois le tour du tombeau. À la fin, elle tomba évanouie. Ses parents lui apportèrent un lit sur lequel elle passa la nuit.
. Vers le matin, la jeune femme s’éveilla; on lui lia les mains et deux prêtres récitèrent des prières à son intention.
« Je brûle! je brüle! cria-t-elle encore. Vous avez fait écrouler la maison! Que votre maison
s'écroule sur vos têtes ! Je m'en vais! je m'en vais ! Voici que je pars ! »
En disant ces mots, elle s’évanouit et ses parents la remirent sur le lit.
* Quand elle s’éveilla au bout de deux heures, elle était guérie.
Un des primats d’Indgé-Sou, nommé Nicolas Lavrin-Oglou, âgé de 68 ans, fit le pèlerinage de Hassa-Queui, il y a une vingtaine d’années.
Arrivé entre la muraille et le tombeau de sainte Macrine, il ne put ni avancer ni reculer. Il se souvint d’avoir promis, dix ans auparavant, une demi-livre turque, soit onze francs cinquante. Aussitôt il put continuer la procession autour du tombeau.
On assure communément que le tombeau de sainte Macrine est vide ; l’architecte aurait enlevé le corps de la sainte. Le tombeau ne serait donc qu’un cénotaphe.