LA PERDRIX ET LE FILS D'ALI
— Que veut dire ceci? se demandèrent les émissaires. Sans doute quelqu’un est caché dans le creux de ce vieux peuplier; peut-être c’est Hassan-Housséin — que Dieu le confonde au dernier jour! »
Et courant vers le peuplier, ils y trouvèrent l'ennemi qu'ils poursuivaient depuis la Grande bataille.
Hassan-Housséin fut massacré sur-le-champ, et les Infidèles s’en allèrent, abandonnant le cadavre.
Lorsque les émissaires se furent éloignés, la perdrix s’approcha de l'endroit où venait d’être égorgé le fils du gendre du Prophète.
Et la perdrix trempa ses pieds et son bec dans le sang du serviteur de Dieu.
Depuis ce jour, la perdrix fut maudite ; pour sa honte éternelle, ses pattes et son bec restèrent rougis du sang d'Hassan-Housséin.
Il est donc ordonné de ne point nourrir à la maison la perdrix dont les pieds et le bec sont marqués du sang innocent; et c’est acte méritoire devant Dieu et devant les hommes que de donner la chasse aux perdrix rouges.
Par contre, il est blämable de poursuivre la perdrix grise.
Ce gentil oiseau, après le meurtre d'Hassan- Housséin, fils d’Ali, injuria les Infidèles persécuteurs en leur criant :
« Givit! Givit ! »
Ce cri, qui est celui de la perdrix grise, se prononce djifit ! djifit ! et ce mot veut dire en turc et en arabe :
« Israélite ! israélite ! »
Le nom de Juif est l’insulte la plus grossière que l’on puisse donner à une créature de Dieu.
(Conte en 1885, à Indgé-Sou (Césarée), par Ali-Osman, laboureur, ancien soldat, âge de 45 ans.)