LE MARCHAND ET LE SERPENT
de l'été; mais quand vient l’hiver il coupe mes branches pour se chauffer. C’est un ingrat :
étouffe-le ! »
Le marchand demanda un autre juge. Ce fut le Bœuf.
« Le fils de l’homme me fait tirer sa charrue durant l'été; mais l’hiver venu ïl oublie mes services et il ne me nourrit que de paille. C’est un ingrat ; étouffe-le !
— Prenons un autre juge ! dit l’homme. »
Ils allèrent encore et rencontrèrent un Renard.
Le Renard se gratta l'oreille.
« Je ne comprends pas bien, dit-il. Voyons, Serpent, glisse-toi dans le sac que l’homme porte sur ses épaules.»
Le Serpent, sans comprendre, entra dans le sac.
Aussitôt le Renard fit signe au marchand de lier le sac et de tuer le Serpent. L'homme s’empressa d’obéir et le Serpent mourut.
« Par reconnaissance, dit le marchand, je te donnerai, ami Renard, un coq et deux poules. »
Le lendemain, l’homme enferma un lévrier dans son sac et s’en alla rejoindre le Renard.
« Ami Renard, dit-il, approche-toi du sac dans lequel j'ai mis tout ce que je t'avais promis hier.
— Je me méfie, dit le Renard, je me méfie du fils de l’homme, car il est ingrat. Je crains que
tu n’aies enfermé quelque machine dans ton sac ; aussi je ne m’en approcherai point. »
Le marchand ouvrit le sac et il en sortit un lévrier qui s’empressa de courir après le Renard. Il réussit même à le saisir par sa longue queue traineuse, balayeuse de sentiers. Le Renard abandonna sa queue, et tout tremblant, se réfugia dans un coin sombre du moulin.
« Sile meunier me voyait, dit le Renard, il m'aurait bientôt mis en pièces. »
Le meunier l’entendit; il accourut et tua le pauvre Renard.
(Conte à Indgé-Sou (Césarée), en 1886, par Nicétas V. Nicolaïdes, âgé de 12 ans.)