MYRIOLOGUE D'UN PÈRE SUR SON FILS
ait des fenêtres, afin qu’elle me laisse voir tes yeux et tes sourcils !
« Tu t’éloignes du voisinage et tu t’en vas loin du village ; tu t’en vas de notre maison !
« Viens, mon chéri, dans notre maison qui est en lamentation! (Dans notre maison) dont l'intérieur est enténébré, et l'extérieur appréhensif !
« Je teindrai en noir mes vêtements ; je prendrai des habits pareils à ceux du corbeau; j’errerai de ci de là en demandantt où est mon cher enfant — que j'avais.
« Si tu passes par ici au bout d’un an ou de deux ans, tu me verras en deuil et tu en sangloteras.
« Oh! parle-moi que je te parle à mon tour, que nous parlions des nôtres ! (de nos malheurs, de tout ce qui nous est arrivé). Que nous arrosions ensemble la terre noire de nos larmes.
« N’as-tu pas eu, Ô Charon, pitié de tout ce que tu m'as fait? Veux-tu de nouveau voir pour mon malheur mes yeux en pleurs ?
« On m'a donné deux coups de couteau l’un après l’autre ; l’un fut porté à mon cœur et l’autre sur ma tête ! »
(Recueïlli par Grégoire P. Papadopoulos, né à Plagia, village de Lesbos, élève de l’école primaire de Mételin.)
MYRIOLOGUE D’UNE MÈRE
E Suis en contemplation, et je m'étonne G moi-même que les montagnes ne se fendent # point lorsque je soupire.
« En marchant dans la rue, j'ai senti ton odeur agréable, jai compris, Ô malheureux! que les pieds de Panajote ont foulé cette terre.
« Habille-toi de ta culotte de couffe (1) et de ta ceinture d'Arabie ; sors du tombeau et promènetoi comme un pallicari (2)e
(1) Culotte de couffe, pantalon très large que les hommes et les femmes portent en Orient.
(2) Comme un héres — que tues! :
« Où étais-tu hier et avant-hier ? où étais-tu la nuit dernière ? J'ai allumé de l'huile, de la cire et des mèches dans la lampe.
« Garnissez mes collyva (1) avec des pièces d’or de vingt piastres (2), car il a acquis tout — ce que je possède — par son travail, et tout lui appartient. | |
« Lorsqu'on est venu m’annoncer ces tristes nouvelles, mon esprit s’est dérangé : il n’est plus dans ma tête.
« Garnissez mes collyva de pièces d’or de dix piastres, parce qu’il est un primat dans les villages de Ploumari.
VIT
« Je n’ai pas de mère pour me pleurer, ni de père pour prendre pitié de moi, ni frère ni sœur pour compatir à ma douleur.
(1) Blé cuit que l’on offre aux églises en mémoire des morts. (2) 4 fr. so c.
MYRIOLOGUE D'UNE MÈRE 275
« O Notre-Dame de Marigo, fais qu’il pousse un cyprès et que vienne notre Antoinette pour le saluer et s’en aller!
« Faites le tombeau de ma mère large et long: qu’il soit large pour qu’on y puisse remuer; qu’il soit long pour qu'on y file la laine; qu'il y ait une lucarne afin qu’elle y entre et en sorte !
« Quand tu iras, ma fille, vers la terre noire (1) et qu’on te demandera, dis que tu as des petits enfants à nourrir et que tu dois retourner.
« Reprends tes médicaments, docteur, et passe ton chemin, parce que tu n’as pu guérir la souffrance de mon cœur (2). »
(1) Le tombeau.
(2) Ce myriologue est fort joli, mais la bonne vieille qui nous l’a dit a dû en confondre une partie avec un autre de ces chants ; on voit qu’il est question d’abord d’un fils, puis d’une fille.
(Chanié par M"® Amersouda Marjoti Pazijannou, née à Plagia, village de Lesbos, âgée de 67 ans.)
MERE ERNENNENTEN