TRADITION HISTORIQUE
(Cantons de Villers et Morteau)
es protestants de la Suisse avaient ré* solu de pénétrer de force en Franche- Comté. Différentes familles, bannies de Besançon, à la prière de l'archevêque, par ordre de Maximilien II, s'étaient réfugiées à Neuchâtel, Montbéliard et Genève, auprès de leurs coréligionnaires ; elles furent l'âme d'un vaste complot, qui tendait à diriger en même temps plusieurs attaques sur Besançon,, pendant la nuit du 21 juin 1575, et à livrer cette ville aux réformés, qui de là devaient se répandre dans toute la province. Tandis que ceux de la principauté de Montbéliard se porteraient sur le quartier Battant, un corps de volontaires partis de Neuchâtel, avait pour mission d'escalader la porte de Varesco, actuellement porte Notre-Dame. Dans Tintérieur de la ville, un certain nombre d'afïiçlés devaient aussitôt se réunir à eux. Mais auparavant, ceux de Neuchâtel comptaient s'emparer de Morteau, s'y établir fortement et de
là correspondre avec la Suisse. Ce fut entre le Villers et Morteau, au gué de Sobey, que descendit une troupe bien armée, sous la conduite du baron d'Aubonne. Les habitants de Villers et de Morteau se hâtèrent d'accourir au cri d'alarme et de leur disputer le passage l'épée à la main. Une foule de laboureurs, s'élançant des fermes de Noël-Cerneux et des Fins, grossirent le bataillon, qui livra un combat acharné et sanglant. Surpris, accablés et perdant courage, à la vue de leurs compagnons étendus morts sur la place, les agresseurs s'enfuirent en désordre et se hâtèrent de repasser le Doubs. Un endroit, non loin de Villers, qui fut le théâtre de ce glorieux combat, a été appelé depuis cette époque Le Champ du sang. Ce fut à cette occasion que le parlement, votant de solennelles actions de grâces aux habitants de Morteau, les déclara Citoyens de Besançon.
La Dame de Volson
(Canton de Morteau)
£on loin du village de Fontenottes, se ^ trouve une petite éminence qui porte de Volson. Il y a bien longtemps qu'un sire de Volson, ayant son château sur cette hauteur, partit pour la croisade avec le saint roi Louis le neuvième, en laissant sa femme sous la garde de la Vierge. La châtelaine était sage et chaque jour elle priait la divine mère à laquelle son honneur et sa dignité d'épouse étaient confiés. Un jour un. jeune cavalier se présenta, disant qu'il venait de la part du sire de Volson apporter un message à la châtelaine. Il fut introduit et montra comme preuve de sa mission, un anneau qui ressemblait tellement à celui du sire de Volson, que son épouse s'y méprit. Elle accueillit favorablement l'étranger, qui prit d'abord les manières d'un protecteur, puis celles d'un maître, et enfin celles d'un séducteur audacieux. Un soir, se trouvant seul avec la dame de Volson, dans un appartement élevé, il s'approche de la châtelaine et ose Tétreindre
avec ardeur ; mais à ce contact, une vive flamme embrase aussitôt les vêtements de la dame, qui avait invoqué, dans ce péril, sa céleste protectrice. Le feu se communiqua, avec la rapidité de l'éclair, à tout l'édifice qui fut consumé en quelques minutes, avec ce qu'il renfermait. La violence de l'incendie fut telle que les murs très épais du château furent calcinés jusque dans leurs fondations, au point qu'aujourd'hui on ne peut en retrouver la moindre trace. La tradition ajoute cependant qu'on a vu durant des siècles, à l'heure de minuit, des flammes sortir de terre à l'endroit où s'élevait le manoir de Volson. On dit même encore dans la contrée que ce phénomène se renouvelle une fois chaque année, à la même heure et à la même date.
Fondation de l'Eglise de Fontenotte
(Canton de Morteau)
§ANS une des vallées sauvages de Montlebon, sur la rive droite du Doubs, un vieillard, Jean-Claude Billod, gardait ^ seul sa maison isolée. Ses trois fils étaient absents. Une bande de Suédois s'a-
battit sur la ferme, et après l'avoir pillée, les cavaliers, attachant le vieux père à la queue d'un cheval, l'emmenèrent dans la direction de Morteau. Les trois fils, de retour, devinent ce qui s'est passé et courent aussitôt, armés jusqu'aux dents, pour leur couper le chemin. Cachés derrière un bloc de pierre devenu fameux sous le nom de Pierre du Serment, ils jurent d'ériger un oratoire à la Vierge Marie, s'ils parviennent à sauver leur père. Quand les six cavaliers ennemis parurent, trois tombèrent frappés parles balles des fils de Billod, qui ensuite s'élancèrent sur les trois autres, les désarçonnèrent, et les tuèrent après une courte lutte où ils furent vainqueurs.
L'oratoire s'éleva dans ce lieu et devint V Eglise de Fontenotte.
La Tête de Jean Calvin
Bassins du saut du Doubs (Canton de Morteau)
près avoir éprouvé un chagrin de cœur, Amaury se fit ermite et alla s'enterrer tout vivant dans une grotte qu'il avait trouvée parmi les rochers dans l'en-
ceinte dèsquels le Doubs est encaissé en amont de sa chute. fAprès bien des années passées dans la contemplation et la prière, le pieux ermite mourut. On l'enterra près de sa retraite et une grande croix fut posée sur sa tombe par les bénédictins de Morteau. Elle y resta jusqu'à un soir de l'été 1530, époque à laquelle des pêcheurs, revenant du saut du Doubs, arrêtèrent leur barque au pied du rocher pour réciter un De prof midis. Quel fut leur étonnement, en levant les yeux, quand à la place de la croix de l'ermite, ils virent un feu qui la dévorait, et autour, une bande de démons qui attisaient la flamme, en se démenant d'une façon hideuse. Lorsque la croix fut consumée, Satan lui-même détacha un gros quartier de pierre et en écrasa la tombe de l'ermite. C'est ce bloc de rocher que l'on voit s'allonger menaçant sur le bord de la montagne, et comme cette masse s'arrondissait en tête colossale, qu'elle riait et grimaçait horriblement, les démons se mirent à hurler :
« Ceci est la tête de Jean Calvin. »
La Fille du Fondeur
(Canton de Morteau)
Jjjjjj^N fondait alors une cloche pour l'église ijl^ de Morteau nouvellement construite : chacun, suivant l'usage de ce temps-là, y venait jeter dans le fourneau une pièce d'argent, afin que la cloche en fusion eût un son argentin. Une femme riche, mais détestée, que l'on avait surnommée la Bribranbran, fut repoussée durement par le fondeur, au moment où elle s'approchait du fourneau pour y jeter un écu. — « Retire-toi, femme maudite, lu*i dit le fondeur ; aux yeux de Dieu, l'obole du pauvre a plus de prix que Fécu du mauvais riche, et le tien pourrait porter malheur à mon fourneau. » La Bribranbran se retira en disant qu'elle saurait bien faire sonner la cloche pour la fille du fondeur.
Guillaume, le fondeur de cloches, était allemand d'origine. Son père et sa mère étaient venus en Suisse, où ils exercèrent honorablement la profession qu'ils apprirent à leur fils. Guillaume naquit à Berne, le jour même où son père coulait dans le moule le gros bourdon
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de la cathédrale qui pesait, dit-on, plus de 200 quintaux et qui demandait les efforts réunis de huit hommes pour être mis en mouvement. On dit que les parrains et marraines du bourdon furent aussi ceux de l'enfant. Quand il fut en âge, Guillaume se maria avec une française de Morteau, et il transporta son industrie dans le pays de sa femme, qu'il perdit lorsqu'elle donna le jour à une jolie petite fille. Tout le monde aimait la petite Marie, Tunique consolation de son père.
Elle avait sept ans lorsque son père fondait la cloche de la paroisse de Morteau.
Tout était prêt. Le père avait mis tout son art et ses soins à confectionner le moule souterrain. Il ne restait plus qu'à y faire arriver le métal en fusion. La petite était curieuse et voulait voir l'opération. Guillaume lui défend de toucher à certain appareil du fourneau, et s'éloigne un instant pour appeler différentes personnes désireuses d'assister à l'exécution de son chef-d'œuvre.
Mais pendant ce temps, Marie, désobéissant à son père, approcha un bâton de l'appareil, l'ouvrit et le métal en fusion coula dans le moule. Elle poussa un cri d'effroi. Guillaume accourt et, voyant le bronze couler, porte dans sa colère un coup si violent à sa fille qu'elle tombe morte. Le malheur était consommé. Il
n'est pas possible de décrire le désespoir du malheureux père.
Disons cependant qu'après que le métal fut refroidi, quand on voulut le dégager du moule de terre, au lieu d'un objet informe que Guillaume pensait rencontrer, il trouva une cloche admirablement faite, sans le moindre défaut. Et la première fois que cette cloche dut sonner, ce fut, hélas ! pour annoncer l'enterrement de la fille du fondeur.
On se rappela les paroles de la Bribranbran, et la mauvaise réputation de cette femme s'en augmenta. Un jeune homme, cependant, fut tenté par sa fortune et n'eut pas honte de l'épouser, quoi qu'elle fût extrêmement vieille. Comme elle mourut fort peu de temps après ce ridicule mariage, un chansonnier du pays composa sur la Bribranbran des couplets qui sont venus jusqu'à nous et que l'on chante encore aujourd'hui dans la région de Morteau.
Voici la chanson de la Bribranbran ou de la Vieille de Morteau
A Morteau i a-t-une vieille, Qu'a passé quatre-vingts ans La Bribranbran, Branbran la vieille, Qu'a passé quatre-vingts ans La Bribranbran !
- 5*2 — Jean Droguet qui la courtise, Crut qu'elle n'avait pas vingt ans La Bribranbran, Branbran la vieille, Crut qu'elle n'avait pas vingt ans La Bribranbran !
Jean Droguet, si tu m'épouses, Tu seras riche marchand La Bribranbran, Branbran la vieille, Tu seras riche marchand La Bribranbran!
Tu auras quatre-vingts vaches, Et autant d'argent vaillant La Bribranbran, Branbran la vieille, Et autant d'argent vaillant La Bribranbran !
Il lui regarda dans la bouche : Il n'y trouva que deux dents La Bribranbran, Branbran la vieille, Il n'y trouva que deux dents La Bribranbran!
L'une faisait crique, craque, L'autre en faisait tout autant La Bribranbran, Branbran la vieille, L'autre en faisait tout autant La Bribranbran !
Il lui regarda dans l'oreille :
La mousse poussait dedans La Bribranbran, Branbran la vieille, La mousse poussait dedans La Bribranbran!
Le mardi se fit la noce, Le mercredi l'enterrement La Bribranbran, Branbran la vieille, Le mercredi l'enterrement La Bribranbran!
Chez Bonaparte
(Canton de Morteau)
OM que porte bien singulièrement une masure française, mélancoliquement assise au bord de la rivière. Les explications ne manquent pas. Les uns prétendent qu'après 1815, les patriotes de la Chaux -de -Fonds, alors très bonapartistes, s'obstinaient à appeler la terre de France Empire de Bonaparte, et que l'appellation demeura en dépit du temps et de son cours changeant. D'autres disent que, par antithèse, on donna sous Napoléon Ier ce titre qui fait rêver des Tuileries et de Saint-Cloud, à la plus humble des bicoques. La cabane reste debout dans le val riant et ignoré; sa façade de bois roussi se reflète dans le courant limpide, tandis que la foudre et les flammes ont dévoré les palais.
La Roche du Moine
(Canton de Morteau)
u milieu des bois qui, de plusieurs côtés, environnent la ville de Morteau, on aperçoit, debout sur un banc de pierre, un monolithe qui représente l'exacte image d'un moine, le capuchon sur le front, les mains jointes sous le manteau. On raconte qu'au temps où le peuple de ce canton commençait à se relâcher de sa première ferveur, et à s'écarter des pieux enseignements du prieuré (i), un moine, qui s'était retiré dans ce bois solitaire, pleurant et gémissant sur ces indices d'irréligion, pria le ciel de donner à ceux auxquels il avait dévoué sa vie, et qui déjà étaient ingrats, un signe durable pour leur rappeler à qui ils devaient leur première instruction et les éléments de leur prospérité. A la place même où le moine avait fait cette prière, on vit apparaître cette statue de pierre, qu'une main invisible semblait élever comme
(i) Morteau doit son origine à un prieuré de Tordre de Cluny, qui y fut fondé au XIe siècle par les sires de Montfaucon.
un monument impérissable à la mémoire des pieux architectes du cloître, des missionnaires de la foi et de la civilisation dans cette âpre contrée.
Notre-Dame de Bonnevaux
(Canton de Mouthe)
uprès du village de Bonnevaux, un jour, un colossal quartier de rocher détaché de sa base, roula du haut de la montagne et se précipita comme uneavalanche vers la vallée. Un laboureur était en ce moment assoupi avec un jeune enfant au bord de la route. Ni l'un ni l'autre n'entendit le bruit effroyable que produisit là chute de cette masse de pierre, et le roc, lancé comme la foudre, s'arrêta miraculeusement auprès d'eux. Pour conserver le souvenir de cet événement, on a placé dans ce rocher une statue de la Vierge. Les gens du pays la montrent avec respect aux étrangers en leur racontant cette légende.
La Fée aux pieds d'Oie
(Canton de Mouthé)
N jeune forgeron nommé Donat, garçon de bonne mine, osa se présenter un jour dans la Ba u m e-aux-Fées de Vallorbe. Une des fées ne prit pas trop mal sa témérité ; car, éprise pour lui d'une vive passion, elle lui promit de l'accepter pour époux, et de lui faire partager ses trésors. Elle ne mettait qu'une condition, c'est qu'il ne la verrait que lorsqu'elle jugerait convenable de se montrer, et qu'il ne la suivrait jamais dans aucune partie de la caverne que dans celle où ils se trouvaient au moment de cet entretien.
L'heureux garçon souscrivit sans peine aux engagements qu'exigeait de lui cette charmante protectrice.
Tout alla bien pendant une quinzaine. La fée avait donné à son amant deux bourses : chaque soir elle mettait dans la première une perle et dans la seconde une pièce d'or.
Cette union ne pouvait durer. Donat, malgré le serment qu'il avait fait, brûlait de pénétrer le mystère dont s'environnait sa mai-
tresse. Le seizième jour, après avoir pris ensemble, comme à l'ordinaire, à midi, un excellent repas, la fée entre dans un cabinet voisin pour y faire sa sieste. Sitôt que l'impatient Donat la croit endormie, il entr'ouve doucement la porte., La belle sommeillait sur un lit de repos. Sa longue robe était un peu relevée,. ''L'indiscret ! Que voit-il ? A sa grande surprise, il voit que la fée a les pieds faits -comme :ceux d'une oie !... En ce moment de déconvenue une petite chienne, cachée sous le lit, se :met à japper. La dame se réveille. Elle aperçoit le curieux, qui cherche en vain à se dérober à sa vue ; lui adresse les plus vifs reproches ; le chasse de la grotte, et le menace des •plus terribles châtiments, si jamais il révèle ce :qu'il a vu. s ^ De retour à la forge, Donat,. malgré là 'leçon qu'il vient de recevoir, raconte son aventure à ses camarades. 5 Ceux-ci le traitent d'imposteur. Pour prouL ~ver qu'il dit vrai, il ouvre ses deux bourses-. Quel est son ébahissement ! Dans celle qui devait renfermer des pièces d'or? Donat nè trouve que des feuilles de saule ; dans cellè où la fée avait mis des perles, il ne trouvé -plus que des baies de génévrier ! Donat confus abandonna le pays le jour même. On dît c|ue les: fées disparurent vers le même temps-
Le Luton de Chanvans
(Canton de Mouthe)
^ L y a encore des follets ou lutons dans ^y$J les fermes de Chanvans, près de Mouthe et sur le sommet du Rizou. Ce sont eux qui ont enseigné l'art de fabriquer ces bons fromages de crème, que nulle part on ne fait aussi savoureux ; leurs soins affectueux font toujours prospérer la ferme où ils se sont établis : ils en sont les bons génies.
Ces petits êtres habitent les endroits retirés, des antres, des trous de rochers, des fermes isolées. Ils paraissent à l'Ascension. Dès que la neige est tombée, ils s'échappent et se cachent dans leurs retraites, avec des provisions choisies, qu'ils ont su dérober. Ils aiment le fromage, la crème, le lait. La bonne ménagère leur donne toujours la première part, car ils sont fort serviables. Ils battent en grange toutes les nuits, ramassent des fagots de bois, fauchent les prés quand tout le monde dort, aident à tous les travaux de la campagne. On les voit le soir danser au clair de la lune ; mais il faut les respecter, car ils sont
très espiègles. Surtout il faut bien se garder de leur faire des malices, comme ce paysan qui chauffa le roc où un de ces nains aimait à s'asseoir, et comme cet autre villageois qui scia la branche d'arbre où venait percher un luton. A partir de ce moment, les vaches de ces deux hommes ne donnèrent plus de lait ; leurs champs ne donnèrent plus de moissons*
Légende de Mouthe
(Canton de Mouthe)
'était une croyance universelle au moyen-âge que la fin du monde devait arriver vers l'an iooo. Les hommes attendaient avec effroi le jugement dernier que semblaient annoncer les effroyables calamités qui précédèrent et suivirent cette date fatale. Sur les soixante-treize années qui s'écoulèrent de 987 à 1059, ^ y en eut quarante-huit de famines et de pestes. Ce fut vers l'an 1077 que saint Simon de Crépy descendant de Charlemagne, quitta la cotte d'armes pour prendre le cilice et se retira pour apaiser la colère céleste par les plus grandes austérités dans les solitudes du Jura. Il établit sa
retraite non loin de la source du Doubs. Là y la hache à la main, il se fit au milieu d'une» épaisse forêt de sapins, qui s'étendait depuis les Rousses jusqu'aux rochers du Mont d'or, vme place au soleil et un rustique abri, où il vécut de fruits sauvages et de légumes. Suivi bientôt de quelques disciples, il défricha cette contrée et y fonda un prieuré sous le nom de Muttua ou Motta, qui veut dire Maison dans les bois. Telle est l'origine de Mouthe, village important au XVIe siècle, suivant ce passage de Gilbert Cousin : « Mota est instar Oppidi p'âgiis, Dubii fluminis quem leniter prœteriens interfluit. » Le village de Mouthe ressemble à une ville ; il est très remarquable en raison de la source du Doubs, rivière qui le baigne à son passage.
La bonne Dame blanche
TRADITION II I STORIQUE
. (Canton de Mouthe)
UGUES de Châlpn avait épousé Blanche s de Genève. Cette charitable; princesse appelée -dans nos montagnes la bonne Dame blancJre^ touchée de; compas-
sion de voir les femmes de sa terre réduites au pain d'orge et d'avoine pendant leurs couches, fit à l'abbaye de sainte Marie une fondation en vertu de laquelle les révérends devaient livrer à chaque femme gisante du village de f Abergement et de Remorey, pour les aider pendant leur g'ésine, le nombre de michottes de froment du poids d'une livre*
L'Epileptique de Boujailles
(Canton de Levier)
^^harles-le-Chauve ayant envoyé à Ifls* Rome en 864, des messagers chargés
Ih^/j de rapporter les reliques de saint Urbain et de saint Tiburce, ils passèrent en revenant par Pontarlier et Boujailles. Un habitant de ce village, sujet dès son enfance à de fréquentes attaques d'épilepsie, .recouvra entièrement la santé, en touchant le cercueil renfermant ces reliques.
L'Aveugle de Frasnes
(Canton de Levier)
|n raconte à Frasnes qu'un particulier de cette commune ayant osé, pendant la révolution, crever avec la pointe de son y sabre les yeux d'une image de la Vierge, vénérée dans ce pays, ne tarda pas à perdre lui-même l'usage de ses yeux et à se voir condamné à une longue cécité.
La Marâtre de Chalamon
(Canton de Levier)
Y^l|]p)ux con^ns sud-ouest de Tarrondissei^ilh ment de Pontarlier, au-dessus de l'art- ' - ^ cienne voie romaine qui, de cette ville, conduisait à Salins, on voit les restes de la tour de Chalamon.
Aloïse d'Usie épousa Roger de Chalamon; ils eurent sept enfants et Aloïse mourut. Roger de Chalamon se remaria. La nouvelle
châtelaine fut une marâtre sans pitié pour les pauvres enfants d' Aloïse. Du fond de sa tombe, celle-ci entendit les gémissements de ces infortunés. Elle pria Dieu de permettre qu'elle les revit. Dieu, touché de sa prière, lui accorda cette grâce. Aloïse sortit de son tombeau et revint au château de Chalamon. On y tenait fête; mais les pauvres enfants d'Aloïse y gé^missaient dans la solitude et l'abandon. Après les avoir reconnus, consolés et bercés tendrement sur ses genoux, elle manda Roger de Chalamon qui parut, suivi de la femme étrangère : « Je t'ai laissé, lui dit-elle, les fruits de nos amours et devant toi leur marâtre les maltraite. Je te les ai laissés dans de moëlleuses couchettes et je les retrouve étendus sur la paille, mourants de froid et de faim. Tremble, Roger, que Dieu ne te punisse. Souviens-toi de la visite que je te fais. S'il faut encore que je revienne, je reviendrai ; mais alors, malheur à toi! » Cette apparition changea les sentiments de Roger et de sa nouvelle épouse, et les enfants d'Aloïse n'eurent plus à souffrir des cruautés de leur marâtre.
Le Château de Sombacour
(Canton de Levier)
Sombacour, on aperçoit encore sur une montagne élevée les débris d'un antique château, qui a appartenu à l'illustre maison de Joux. On présume qu'il fut construit dans le XIe siècle pour protéger les habitants qui viendraient s'établir a Fentour. Les débris épars sur le terrain témoignent que son étendue était considérable, et qu'il était susceptible d'une longue défense.; Il aura sans doute été détruit en même temps que celui de Goux, durant les guerres du comté de Bourgogne sous Louis XL . Une vieille tradition populaire qui se retrouve dans plusieurs autres localités de notre province, rapporte qu'un trésor immense est caché dans les souterrains de ce château et qu'un esprit infernal en est le gardien.
La Légende de Sept Fontaines
(Canton de Levier)
utrefois, le village de Sept Fontainest bâti en amphithéâtre sur la pente du mont Maillot, a été ainsi nommé à cause des sept sources qui s'étageaient les unes au-dessous des autres le long de Tunique rue du village et faisaient l'orgueil des habitants par l'abondance et la pureté de leurs eaux.
Une légende rapporte qu'un saint, les uns disent saint Nicolas, patron de la paroisse, les autres disent saint Claude passant par là, sous le costume d'un pauvre pèlerin, ayant été sept fois éconduit de sept maisons différentes, comme il demandait humblement qu'on lui fit l'aumône d'un verre d'eau, les sept fontaines tarirent dans la même journée, les unes après les autres, et, bien que ce village soit aujourd'hui privé d'eau, il a conservé, comme par dérision, ou en punition de l'inhospitalité de ses habitants, le nom de Sept Fontaines.