Traduction du "théâtre des Grecs", Volume 10
Vje n'est plus ici Hélène à Troie; c'est Hélène en Egypte. Pour développer cette étrange histoire , et le sujet de la pièce, je vais suivre le prologue, où Hélène elle-même en fait l'exposé; le reste se connaîtra peu-à-peu par la suite des actes.
Cette histoire est fort confuse. Hérodote la rapporte fort au long (Euterpey liv. H, c. t 1 2 , et suiv.) teUe qu'il l'avait apprise des prêtres d'Egypte. Euripide y ajoute des traditions fabuleuses. Pour faire voir la différence de l'historien avec le poète , je ne puis mieux faire que d'alléguer ici l'extrait que M. Rollin a donné de ce morceau d'Hérodote , dans son excellent abrégé de Y Histoire ancienne des Égyptiens y etc. Paris, 1760, à l'article de Protée, page i4i :
ce Protée était de Memphis , où du temps d'Hé- » rodote, on voyait encore son temple, dans lequel » il y avait une chapelle dédiée à Vénus l'étran- ^ gère. On conjecture que c'était Hélène. Du » temps de ce roi, Paris le Troyen, retournant » chez lui avec Hélène qu'il avait ravie, fut poussé X I
2 HÉLÈNE
M par la tempête à une des embouchures du Nil , » appelée Ganope. De là il fut conduit à Memphis » devant Protée , qui lui reprocha fortement Ift » crime et la lâche perfidie dont il s'était rendu » coupable, en enlevant la femme de son hôte, et « avec elle tous les biens qu'il avait trouvés dans » sa maison. Il ajouta qu'il ne s'abstenait de le » faire mourir, comme son crime le méritait, que » parce que les Egyptiens évitaient de souiller » leurs mains du sang des étrangers : qu'il retien- M drait Hélène avec toutes ses richesses, pour les » restituer à leur légitime possesseur : i^que pour w lui , il eût à sortir de ses. Etats dans l'espace de >ï trois jours; faute de quoi, il serait traité comme M ennemi. Pâtis continua sa route et arriva à Troie» » L'armée des Grecs l'y suivit de près. Elle com- » mença par sommer les Troyens de leur rendre » Hélène, et toutes les richesses qu'on avait em- » portées avec elle. Ils répondirent que ni cette » princesse, ni ses biens n'étaient dans cette ville. » Quelle apparence en effet, remarque Hérodote, » quePriam, ce vieillard si sage, eût mieux aimé >> voir périr sous ses yeux ses enfans- et sa patrie, » que de donner aux Grecs une satisfaction aussi u juste que celle qu^iis lui demandaient? Mais ils » eurent beau affirmer avec sernuent qu'Hélène » n'était point dans la ville, les Grecs, persuadés » qu'on se moquait d'eux , per$i5tèrent ofiiniâtré-
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TRAGÉDIE d'eURIPIDE, 5
» ment à »e les point croire : la divinité, ajoute » encore le rnéme historien , voulant que les » Troyens, parla destruction entière de leur em- » pire, apprissent à l'univers que les dieux vengent » les grands crimes d'une manière éclatante , Mé- » nélas à son retour passa en Egypte chez le roi » Protëe, qui lui rendit Hélène avec toutes ses » richesses. Hérodote prouve, par quelques pas- » sages d'Homère, que le voyage de Paris en Egypte >• n'était point inconnu k ce poète. »