MÉNÉLAS, HÉLÈNE, THÉONOÉ, LE CHOEUR
THÉONOÉ.
0 Hélène! reconnais-tu la vérité de mes prédictions? ton époux est enfin rendu à tes vœux. Ménélas est devant mes, yeux, privé de ses vaisseaux y séparé du fantôme qu'il prit si long-temps pour toi. Infortuné! après tant de travaux, tu ignores si tu dois revoir ta patrie, ou finir ta vie en ces lieux. La discorde règne parmi les dieux ; ils s'assemblent aujourd'hui dans le palais de Jupiter; Junon, qui jusqu'ici fut ton ennemie, t'est devenue favorable et veut te sairver avec Hélène , afin que la Grèce , en la revoyant, apprenne que l'espoir d'un hymen trompeur a séduit Alexandre ^ , et a fait triompher Vénus. Mais celle-ci a résolu ta perte , afin qu'on ne puisse point lui re-
' Les prêtres égyptiens, au rapport de Plutarque; prenaient soin de purifier Tair qu'ils respiraient; le matin , ils le faisaient parfumer avec de la poix résine , et le soir , avec de la myrrhe.
* Le même que P&ris,
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procher d'avoir acheta, par cet hymen, le prix de la beauté. C'est de moi que ton sKjrt dépend. Je puis satisfaire Vénus, et te perdre en te découvrant à mon frère, ou, en ne te découvrant pointy> sauver tes jours et servir les intérêts de Junon : mon frère m'a ordonné de l'instruire de. ton arrivée 9 dèstpie j'en aurais connaissance. Parlez , que dois-je faire? dois-je révéler ce secret, et me mettre à l'abri de son ressentiment? *
HÉLÈNE
Princesse^! vous voyez à vos pieds une triste suppliante. Sur ce tombeau qui me sert d'asile, j'implore votre compassion pour deux infortunés. A peine , hélas ! ai-je retrouvé mon époux / que je me vois menacée de le perdre par le coup le plus cruel. Ne dites point à votre frère que cet époux est venu dans mes bras. Sauvez l'objet de mon amour, je tends vers vous des mains suppliantes : n'imimolez pas à votre frère les devoirs de la piété, et n'achetez pas à ce prix son injuste et perverse reconnaissance : car Dieu hait la violence. Il' ordonne que chacun possède les biens qu'il a acquis par des voies légitimes, et non par l'iniquité. Il feut abandonner les richesses qui sont le finit de l'injustice. Le ciel et la terre sont des biens com-
' Grec : O vierge !
I06 HÉLÈHE ,
muns à tous les hcmiines; tous ont droit d'ea jouir au lieu marque pour leur séjour ; mais nul ne doit envahir ce que d'autres possèdent , et user de force pour le ravir. C'est par Tordre des dieux, mais c'est pour mon malheur , que Marcure m'a transportée en ces lieux. Je fus confiée au roi votre père, afin qu'il me rendit à cet époux qui me redemande aujourd'hui : s'il meurt / comment recouvrera-t-il ses droits? comment celui à qui je fus confiée remplira-t-il un saint devoir? unira*t-il une épouse vivante à un époux devenu la proie de la mort ? Respectez les dieux et lesinânesde votre père» Veulen^ils s'emparer d'un bien qui ne leur appartient pas , ou vous ordonnent-ils de le rendre à son possesseur Intime? Je crois bien juger de leur dessein» 11 est donc de votre équité de suivre plutdt les volontés d'un père juste > que la violence d'un frère cruel. Vous que les dieux inspirent , qui possédez les pbis sublimes connaissances^ méconnaitrez*vous les devoirs de la piété et de l'obâssance filiale, ou les sacrifierez-vous à l'injustice d'un frère ? Rien n'est caché à vos yeux ; le pr^nt, Tavenir vous sont connus : quelle honte seriût-ce à vous d'ignorer les premiers principes de la justice? Délivrez une infortunée, délivrezmoi des maux où vous me voyez livrée; et, sans faire aucun sacrifice de votre bonheur , accordezmoi le droit d'y participer. Le nom d'Hélène est
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odieux à tous les mortels ; la Grèce retentit du bruit de mon infamie ; on publie qae j'ai aban*donne mon é{>ouXy pour habiter les]palais opulens des rois phrygiens. Si je retourne dans ma patrie^ on saura qpue ce sont les artifices d'une déesse qui ont causé tous les malheurs des Grecs ; on connaîtra que je ne suis point une perfide; mon honneur sera rël^abli; je donnerai un époux à ma fille , dont on dédaigne la main ; je ne viTrai ^us comme une malheureuse fugitive; je jouirai des biens que la fortune m'a destinés. Si la mort m'a? vait enlevé mon époux loin des lieux* ou le sort m'a reléguée ; je le pleurerais absent; mais lorsqu'il m'est r^iidu, le Verrai-je arradié d'entre mes bras pour être conduit au supplie»? Ah ! madame y laissez-vous plutèt toudbor par mes larmes : imitez les vertus de votre pare. G'est en formant leur cœur sur le modèle d'un père vertueux , que les enfans se couvrent de gloire.