HÉLÈNE, MÉNÉLAS, LE CHOEUR
LE CHOEUR
Jamais, sans la justice, il n'y eut de bonheur vëritable ! C'est sur elle qu'il faut fonder son salut et ses espérances.
Mënëlas, la princesse nous sauve la vie; profitons de ses conseils, et cherchons ensemble les moyens de nous dérober aux coups qui nous menacent.
ItÉNÊLAS.
Tu vis depuis long-temps dans ce palais : les serviteurs du roi doivent t'étre affîdés.
HÉLElfl.
As-tu formé quelque dessein ? je sens déjà renaître mes espérances.
MÉNÉLlS.
Il faut les engager a nous céder un char. / hélèhe.
J'y réussirai peutnâtre ; mais où dirigerons-nou» notre fuite , au milieu d'une terre barbare , et qm
112 HéLÈIŒ>
nous est inconnue ? Ton projet est impossible à exécuter.
MÉNÉLAS
Vois si je ne pourrais point me cacher dans » le palais , et de ce fer acéré percer le cœur du
tyran?
HJÊLÈNS.
Sa sœur y consentirait-elle? garderait-elle le silence? laisserait-elle périr soir frère?
HÉNÉLAS.
Lors même que nous pourrions fuir , nous n'ayons point de vaisseaux : celui qui nous a portés sur ce rivage est devenu la proie des flots.
Ecoute, et daigne examiner si une femme peut ouvrir un sage avis : consens-tu de passer pour mort?
MÉNÉLÂS.
C'est un augure sinistre; mais si cet artifice est propre à nous sauver, je consens que tu l'emploies.
HÉLÈNE
Je paraîtrai aux yeux du tyran la. tête rasée, et j'exciterai sa compassion par mes larmes et par mes sanglots.
TRAGÉDIB d'eURIPIDE. 1x5
MÉNÉLAS
Quel effet salutaire espères-tu de cette feinte?
HÉLÈNE
' Je le conjurerai de permettre que je rende les honneurs de la sépulture ^ à mon époux, qui a péri dans les flots*
MÉNÉLAS
Je veux qu'il te l'accorde . Après avoir érigé un monument à ma mémoire y comment fuirons-neus sans vaisseau?
HÉLÈNE
Je lui demanderai de m'en accorder un pour faire dans la mer les cérémonies funèbres.
ménélIs.
Fort bien ; mais s^il t'ordonne de l'ensevelir dans la terre, tout ton projet est renversé.
' Ayant ces mots on lit un vers que les interprètes expliquent ainsi: <c Je prétexterai un ancien usage. » Mais le grec semble dire autre chose , et de bons critiques mettent ce yers dans la » bouche de Mënëlas en le traduisant ainsi : a II y a dans ce discours quelque chose qui sent la simplicité du yieil âge. » Ils croyent que l'artifice d'Hélène mal compris d'abord , parait à Ménélas trop simple et presque puéril.
^ Dans un cénotaphe.
ii4. ^lèhe,
HÉLÉITE.
Je lui répondrai qu'il est contraire aux lois de la Grèce , d'ensevelir sur la terre ceux qui sont morts dans les flots.
* MÉNÉLAS
Le succès doit couronner cet heureux artifice. Je monterai avec toi sur le vaisseau pour jeter à la mer les offrandes mortuaires.
HÉLÈNE
Sans doute ^ il faut que tu m'accompagnes^ avec le reste de tes compagnons échappés du naufrage.
Si j'atteins le vaisseau avant qu'il ait levé l'ancre, chacun de nous, armé de son épée, se tiendra près de l'un des matelots.
Reposons-nous sur ta valeur, et puissent ensuite les dieux nous accorder un vent favorable !
MÉNÉLAS
Oui , j'attends d'eux cette faveur : ils iAett!t«ït lin â mëà ti^àvàùx. Mais àe (^ûi dii*âs-tù q^tie tu tiens la nouvelle de ma mort ?
HÎÊLlfîilJE.
De toi. Tu affirmeras que tu as vu périr le fils d'Atrée , et que tu as échappé setil du naufrage.
TllAGÉDIE d'eURIPIDS. 1^5
MÉKÉLAS.
Ces vétemens , formes des débris d'un naufrage , ne confirmeront c[ue trop bien mon récit.
HÉLÉHE.
Ils nous seront utiles, plus que ceux dont tu as regretté la perte. C'est à l'excès de ta misérç <jue nous devrons notre salut.
MÉirÉLAS.
Dois- je te suivre dans le palais? ou dois- je demeurer auprès de ce mausolée?
SÉLÈNE.
Demeure : si le tyran voulait te maltraiter , tu s^ais protégé par cet asile et par ton épée. J'entre dans le palais; je vais couper ces boucles qui flottent sur mon front , revêtir des vêtemens lugubres , et Êdre ruisseler le saiigde mes joues. Cet instant va décider démon sort; si jesuis découverte, jt péris dans les supplices ; si }e réussis , }e rentre dans m^ paftrie, fe sauve mon ^oux. Vénérable Junon, %)ouse de Jnpiter, jebe un regard propice sur un conple infortuné qui t'invoque î Nous t^otdons des maiiLs suppliantes vers ce séjour brillant qui Vhonore de ta présence. Et toi , Vénus , qui dus le prix de la beauté au désir que conçut Paris de
It6 HÉLÈNE,
posséder ma main ; fille de Dioné, cesse de conjurer ma perte : contente-toi' des maux que tu m'as fait souffrir. N'est-ce pas assez que mon nom soit diffamé chez les Barbares? si tu veux me faire périr, que du moins je meure dans ma patrie. Es-tu donc insatiable de maux ? te verra-t-on toujours avide de fureurs , de trahisons et de crimes , et les tendres amours se baigner dans le sang? Si tu exerçais ton empire avec plus de douceur, tu serais la déesse la plus aimable et la plus adorée.