LE CHOEUR, MÉNÉLAS
JLE CHOEUR.
Chantre mélodieux, dont la voix gémissante fait résonner les bosquets touffus des vallons et les rétraites sacrées des Muses, accours, plaintive Philomèle ! préte-moi tes inflexions touchantes et douloureuses pour déplorer les malheurs d'Hélène et les calamiités dont elle fut la cause innocente. Gémissons sur les maux que Paris fit fondre sur Ilion, lorsqu'il quitta Lacédémone, et crut transporter en Phrygie l'épouse que Vénus avait accordée à ses désirs. ,
* Mënëlas reste sur la scène dans une entière inaction ; ce cbant est donc un entr'acte.
TRAGÉDIE D*EURIWDE. XI J
Combien de Grecs ont péri sous les I^urs d'Ilion , laissant leurs épouses dans le deuil et leurs maisons abandonnées! Combien de braves guerriers ont été submergés dans les flots sur les rivages de rEubée , trompés par les fanaux allumés pour les perdre , sur les rochers Gapharéens , lorsque, quittant une terre barbare, et presses du désir de revoir leur chère patrie, ils ramenaient Tindigne conquête que Junon mit entre leurs mains, une nuée, l'ombre d'Hélène, objet de tant de combats.
Qui peut, en observant la nature, dire s'il est un dieu qui régit l'univers ? C'est une obscurité impénétrable à l'homme, qui voit d'un côté tant de merveilles , et de l'autre tant de contradictions et de si étranges catastrophes. 0 Hélène ! tu es la fille de Jupiter : ce dieu, sous la forme d'un cygne , t'engendra dans le sein de la belle Léda ; et lu vois ton honneur injustement flétri! la Grèce te prodigue les noms de perfide , d'infidèle , d'impie! Il n'est rien de sûr parmi les mortels; mais la vérité règne parmi les dieux.
Insensés, qui cherchez au sein des combats le prix glorieux de la vertu , n'espérez pas terminer impunément par le fer les funestes travaux des mortels ! Si le sang répandu doit être l'arbitre de » leurs querelles , la discorde ne cessera pas de régner au sein des cités. C'est ainsi , ô Hélène ! que
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les Grec» ont ravagé la terre de Priam, tandis qu'ils pouvaient terminer par des paroles de paix la que* relie que ton nom avait excitée. Maintenant de nombreux guerriers sont devenus la proie de Pluton : la flamme dévorante , semblable à la foudre de Jupiter , a envahi les tours Jllion , et a répandu au loin la désolation et la ruine.