‹ Traduction du "théâtre des Grecs", Volume 10Chapitre 42 sur 101 · SCÈNE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE

MERCURE y seul.

Atl-as , qui de son dos d'airain sillonne le ciel , antique palais des dieux, fut père de Maïa , déesse à qui \e dois la naissance. Je suis Mercure , et mon office est de servir le grand Jupiter. J'arrive à Delphes : c'est dans ce temple placé au milieu de la terre, qu'Apollon dévoile aux yeux des mortels les choses présentes et futures. Ce dieu , touché de la beauté de Creuse, fille d'Erechthée, roi d'Athènes, surprit cette jeune princesse dans l'antre de Maera , près de la citaaellé de la guerrière Pallas^ que cette ville fameuse reconnaît pour sa protectrice , et la força de céder à sa passion. Il l'aida ensuite à cacher aux yeux de son père le fruit de cet amour secret. JLe jeune enfant, dès

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Finstant de sa naissance, fut porte par Créûsr dans la même grotte où le dieu Favait rendue mère ; elle Fenfertna dans une corbeille arrondie, semblable à ceUe où Minerve avait caché le.jeune Erichthonius; et, comme en confiant ce. prince à 1^ garde des filles d'Àglaure', la déesse avait mis près de lui deux dragons prêts à le défeiidre, Creuse voulut qud son fils fàt entouré de figures semblables , suivant ainsi Fusage de ses ancêtres , imité par tous les desc!endans d'Erechthée ^; puis, enfermant dans la même corbeille quelques omemens précieux , elle exposa ce fils à la mort.

Aussitôt Apollon m'adresse cette prière : <( 0 frère tendrement chéri , vole dans la cité fameuse, dont le peuple est issu de la Terre, et que Minerve protège : une grotte creusée dans le roc ofirira bientôt à ta^^vue un jeune enfant dont je suis le père 9 recois-le dans tes bras, apporte-le dans ce temple avec la corbeille qui le renferme, sans toucher aux tapis dont il est enveloppé ; pose-le à Feutrée de mon sanctuaire : je veillerai sur sa destinée. » Impatient de servir un frère et de lui

* Femme de C^crops. Ses trois fiUes se nommaient Aglaure , Hersé et Pandrose.

' « Qui élèvent leurs enfims parmi des lerpens d'or , ou en* » richis d'or. » On voit, parce passage et un autre ci-après , que les Athéniens couvraient le berceau des enfans de figures de dragons dorés , et leur en faisaient des colliers.

TRA^GÉDIE d'eURIPIPE. 8O9

prouver mon affection par mon zèle, je trans* porte l'enfant et le panier entrelacé^ je le pose sur les marches du temple, et j'entr'ouvre la corbeille ^ afin de laisser voir ce qu'elle contenait. Aussitôt que le soleil pousse ses chevaux dans la céleste carrière, la prophétesse entre dans le sanctuaire^ et ses yeux sont frappa de cet objet nouveau ; elle s'étonne, elle s'indigne qu'une citoyenne de Delphes ose ainsi profaner le temple, en y portant le fruit d'un criminel amour. Elle aurait rejeté loin d'elle cette créature innocente , si Apollon n'eût attendri son cœur en faveur d'un enfant infortuné : elle le prend ; elle l'élève , sans savoir que son père est le dieu qu'elle sert, et sans connaître la mère qui l'a fait naître. Le jeune enfant luimême ignore son origine ; il est nourri dans le sanctuaire; il y trouve pendant les premières années de sa vie les amusemens de son âge, et une occupation digne d'un âge plus avancé ; car les citoyens de Delphes l'ont établi gardien des trésors, et lui ont confié le soin des choses sacrées. Tandis qu'il exerce ici cet emploi honorable , un événement imprévu force sa mère à prendre un époux. Le feu de la guerre s'allume entre les A.théniens et les habitans de l'Eubée ». Xuthus ,

' Les Chalcodontides. On appelait ainsi les habitans de l'Eubée du nom d'un de leurs rois yaincu par Amphitryon.

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fils d'Éole et roi des Ach^ens, fait pencher là for* tune en faveur des premiers, et quoique étranger, il obtient la main de Creuse pour prix de cet important service. Après plusieurs années d'un mariage stérile, ils viennent aujourd'hui consulter l'oracle , pressés par le désir de se voir renaître dans leur postérité. C'est Apollon qui dirige ces événemens; il veille sur son fils, et veut le donner à Xuthus , comme s'il était issu de ce prince, afin qu'il retrouve sa mère , et qu'il vive au sein de l'opulence, sans trahir cependant le secret de sa naissance. Apollon veut que la Grèce l'appelle Ion , et qu'il donne son nom aux colonies asiatiques. . '

J'aperçois le fils du dieu qui s'avance ; il tient dans ses mains des rameaux de laurier pour orner les portes du temple : je me retire dans les bosquets sacrés, d'où je veriiai s'exécuter les ordres du destin. Ion, c'est moi qui le premier des dieux t'appelle de ce nom, que tu ne dois plus quitter.

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