LES MÊMES , LE CULTIVATEUR
LE COLTIVATEUK.
Que vois- je? Qui sont ces étrangers arrêtés à la porte de ma demeure? Quelle raison les amène vers cet asile champêtre? Quel secours peuventils attendre de moi? ( à Electre. ) Il ne sied pas à une femme de s'entretenir ainsi avec de jeunes Sommes.
66 ELECTRE
ELECTRE
Cher époux, ne livrez pas votre cœur à d'injurieux soupçons. Vous allez savoir l'objet de cet entretien, .Ces étrangers sont envoyés par Oreste pour m'instruire de sa destinée... (à Oreste et à Pylade, ) Etrangers , excusez son erreur.
LE CULTIVATEUR
Que vous ont-ils appris? Vit-il encore et jouitil de la clarté du jour?
ELECTRE
Ils m'assurent qu'il est vivant, et leur récit n'excite point ma défiance.
LE CULTIVATEUR
Se souvient-il des malheurs de votre père? songe-t-il à vos infortunes?
ELECTRE
Je l'espère. Mais un fugitif est un faible secours.
* * LE CULTIVATEUR
Dans quel but Oreste a-t-il envoyé ces étrangers en ces lieux?
Pour s'informer de mon sort.
LE CULTIVATEUR
Ils ont pu voir une partie de vos malheurs^ et
TRAGÉDIE d'eFRIPIDE. 67
apprendre de votre boucKe ce qui n*a pu frapper leurs regards.
ELECTRE
Ils savent tout. Je ne leur ai rien caché.
» LE CULTIVATEUR
Pourquoi donc tai*der à leur ou;^'ir la poite . de ûotre demeure ? — Entrez , ô étrangers ! en échange des heureuses nouvelles que vous nous apportez , i^ecevez les dons de l'hospitalité , tels que je puis vous les oflFrir. — ■ Que les esclaves qui vous suivent portent dans cet asile les fardeaux dont ils sont chargés '. — El vous, qui venez de la part de celui qui nous est si cher , ne vous refusez pas aux témoignages de notre amitié ; si la pauvreté y met des hornes , voi^ verrez du moins qu'ils sont sincères 2.
ORESTE
Electre , au nom des dieux , est-ce là cet époux qui vous a respectée par égard pour votre frère ?
' Grec : Seruiteurs , pot tez dans la maison les vases de ces ètran" gers. Le mot grec qu'on traduit [>ar vase , a un sens ; lus général «t peut signifier toute espèce de bagage. Au reste , on voit par ce qui suit, que le cultivateur s'adresse aux serviteurs de la suite d'O reste et de Pylade.
* Suivant une correction de Ganter , adoplëe par Bornés et M\ugrave, il faut traduire : « Quoique pauvre, je vous mon-^ * trerai ub coeur qui n'est point dégénéré. »
68 ÉLECTllE ,
ELECTRE
C'est lui-même , oui , c'est lui qu'on nommé mon époux.
, ORESTE
Dieux ! Il n'est donc point de règle sûre pour juger de la vertu! La confusion et le trouble régnent dans le cœur des mortels. J'ai vu les fils d'un père généreux tomber dans le néant , les fils des méchans se montrer bons et vertueux , la famine régner dans l'âme du riche , une âme noble et magnifique dans un coi'ps indigent.,. Gomment donc! juger les hommes sans erreur où trouver de sûrs garans de la vertu? Est-ce à Plutus qu'il faut s'adresser? C'est consulter un juge corrompu. Est-ce à ceux qui manquent du nécessaire? L'indigence a ses infirmités, elle enseigne le mal par l'organe du besoin. Est-ce au milieu des armes qu'il faut chercher la vertu?.... Et qui peut affirmer, en voyant une lance, que celui qui la porte est vaillant?.... Il vaut mieux abandonner ce jugement au hasard et ne point se fier à de tels garans. Voyez ce simple cultivateur; il ne jouit point d'un rang élevé parmi les Argiens ; il n'est point né d'une maison dont la gloire puisse enfler son orgueil; il est tiré du sein de la multitude, et il découvre à nos yeux les plus nobles sentimçns. Ne reviendrez-vous point de votre égarement, ô
TUÀGÉDIE d'eURIPIDE* 69
VOUS; qui êtes séduits par de vaines opinions? N'apprendrez-vous point à juger les mortels par leur conduite, à n'honorer que ceux qui sont nobles par les mœurs et par le caractère? Car c'est par de tels hommes que les Etats et les familles sont gouverna avec honneur. Des corps robustes , vides de cœur et de sens , ne sont qu'un vain ornement des places publiques : car même au feu du combat , le bras le plus fort ne garde pas mieux son rang que le plus faible ; c'est le courage et J*Jionneur qui arrêtent le guerrier.
N 'hésitons point d 'accepter l 'hospitalité qui nous est oflferte. Le fils d'Agamemnon qui nous envoie en ces lieux , est digne de votre amitié , et présent ou absent , il s'y montrera sensible. Vous donc , fidèles serviteurs, entrez dans cette maison et suivez les ordres qu'on vient de vous donner ; car cet homme pauvre met plus d'empressement à exercer envers nous les devoirs de l'hospitalité , que s'il vivait dans l'opulence. Je me félicite d'être accueilli dans sa maison. Je préférerais toutefois de voir votre frère favorisé de la fortune, vous conduire dans le palais fortuné des Atrides. Peutêtre cet heureux jour luira-t-il à nos yeux. Les oracles de Loxias sont immuables, et je méprise la divination des mortels '.
'Hveut dire, je crois, qu'il méprise les projets d'Égisthe et ié Ciytemnesue.
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